Gara: Latest news - Printed edition  |  Le Journal |  Documents
Google
EUS | ES | FR | ENG
 » PRINTED EDITION
  - Index
  - Sujet à la une
- Basque Country
- Local
- Opinion
- Culture
- Sports
 » DOCUMENTS
 » Hemeroteka
Le JPB > L'opinion > Un coup d'oeil sur 2008-04-11
So-Ann - Agoravox
Compensez, plantez... réfléchissez !

S’il y a bien une mode en ce moment, c’est celle du bilan carbone. On veut faire attention, on se renseigne, et si on va un peu trop vite, hop, on fait un p’tit bilan sans même comprendre qu’il faut avant tout réfléchir à toute la logique de l’activité que l’on souhaite compenserŠ On veut partir faire le tour du monde pour "ramener les bonnes pratiques du DD" (développement durable), eh bien soit ! On prendra l’avion à gogo et on compensera hein !Š Votre boîte veut s’y mettre ? Il y a de fortes chances qu’elle accepte de compenser plutôt que de regarder plus loin dans son fonctionnement, c’est plus simple de compenserŠ un peu comme l’arbre qui cache la forêt n’est-ce pas !

Mais justement, parlons-en de l’arbre et de la forêt, car c’est aussi à la mode, du coupŠ Bah oui, certains modes de compensation proposent de "replanter pour sauver la planète" et on vous offre des arbres à tout va ! Le PNUE (Programme des Nations-Unies pour l’Evironnement) propose "Un milliard d’arbres pour la planète", la ville de Paris propose "Un arbre, un Parisien", Yves Rocher a lancé son programme "Plantons pour la planète", et on en passeŠ

En réalité, comme le soulignait justement Sylvain Angerand (Chargé de la campagne Forêts aux Amis de la Terre) il y a quelque temps déjà dans Libé, "l’idée est qu’en grandissant, un arbre capte du C02, l’un des principaux gaz à effet de serre, permettant donc d’en atténuer l’impact sur le réchauffement climatique. Ainsi les émissions de C02 émises par nos activités (industrie, transport, chauffageŠ) pourraient être compensées par des plantations d’arbres".

Or, "une simple règle de trois permet d’abord de se rendre compte que si l’on voulait compenser les émissions mondiales de CO2, à l’horizon 2020, il faudrait convertir presque un quart des terres émergées, aujourd’hui utilisées pour d’autres usages comme l’agriculture, en plantations d’arbres. Autant dire qu’il ne resterait pas grand-chose pour cultiver et nourrir la planète ! De plus, le bénéfice en termes de stockage de C02 d’une plantation d’arbres peut-être discutable. Par exemple, en zone tempérée, une prairie stocke environ 10 GtC/ha (giga tonne de carbone par hectare) dans la biomasse aérienne mais surtout 290 GtC/ha dans le sol soit un total d’environ 300 GtC/ha alors qu’une forêt ne stocke qu’environ 150 GtC/ha (50 GtC/ha dans la biomasse aérienne et 100 GtC/ha dans le sol)."

Mais bien plus : "En plantant des pins du Mexique (Pinus patula) dans les Andes, un écosystème différent de celui dont ils sont originaires, ces arbres ont appauvri et desséché le sol. Les pertes en matière organique n’ont pas pu être compensées par les aiguilles de pins car les micro-organismes capables de les dégrader n’existent pas dans ce nouvel écosystème. Au final, la quantité de carbone relâchée par le sol est supérieure à celle stockée par les arbres !"

Sans parler des conflits engendrés par ces plantations avec les communautés locales, "qui se sont vu interdire l’accès à ces terres pour faire pâturer leur bétail". Et "là est l’autre problème que posent ces plantations : de quel droit réquisitionne-t-on la terre dans les pays du sud pour planter des arbres et absorber les émissions excessives des pays du Nord ?"

Car "la décision de planter des arbres n’est que rarement prise par les populations locales, au mieux, elles sont consultées pour approbation. Rares sont les pays du sud qui ont planifié des politiques de boisement et reboisement et, pourtant, nombreux sont ceux qui voient arriver les planteurs d’arbres qui veulent sauver la planète. Par exemple, le projet "Un arbre, un Parisien", piloté par l’ONF International, prévoit la plantation d’arbres dans des communes du centre du Cameroun alors que c’est dans le nord du pays, dans la zone la plus sèche, que les besoins en plantations sont criants. Ce choix n’a pas été retenu car le stockage de carbone aurait été moindre, mais cela n’empêche pas pour autant de prétendre qu’il s’agit d’un développement qui correspond aux besoins des populations".

Sachez par exemple qu’"en Amérique Latine, chaque année une journée internationale d’arrachage d’arbres est désormais organisée pour protester contre les plantations massives d’eucalyptus. Non seulement, ces plantations privent les paysans de terres cultivables pour se nourrir, mais en plus, l’eucalyptus, qui est un arbre à croissance rapide, absorbe tellement d’eau qu’il assèche les rivières et les privent d’eau potable, d’où son surnom d’"arbre de la soif".

Enfin, avec un tel exemple on risque de dire encore que les écolos sont chiants et jamais contents, mais il incarne la preuve même des dérives pouvant prendre place actuellement alors que les choses s’accélèrent (assez ?) en termes de protection de l’environnement. A voir "Développement Durable" partout, certains retiennent surtout le "Durable" et oublient le "Développement" avant ! On intègre la moitié de la logique et "pouf", on arrive à des contradictionsŠ Chacun pour sa pomme, chacun pour son arbre !

Notez surtout que les Amis de la Terre espèrent que le nouveau mécanisme de "déforestation évitée" (dont l’objectif est de compenser financièrement les Etats qui s’engagent à ralentir la déforestation) saura vraiment assurer, dès 2012, la protection des dernières forêts naturelles et la reconnaissance des droits des populations qui en dépendent". Car, petit rappel de taille: pour la FAO, "les monocultures d’arbres à croissance rapide sont comptabilisées au même titre que des forêts primaires. Ce qui explique, par exemple, que la Chine a une surface forestière en pleine extension avec des plantations massives de peupliers transgéniques ! Comment peut-on applaudir lorsque l’Indonésie annonce, juste avant la conférence de Bali, la plantation de soixante-dix-neuf millions d’arbres de seulement deux espèces (l’eucalyptus et le teck) alors que, pendant la même journée, dans le même pays, ce sont près de 7 000 hectares de forêts naturelles, riches de plusieurs centaines de millions d’arbres, de plantes et d’animaux d’espèces différentes qui disparaissent ? Va-t-on verser un financement pour avoir ralenti la déforestation à un pays qui rase ses forêts naturelles pour y planter du palmier à huile, considéré par la FAO comme un arbre ?" Allez, on va dire que la révolutronc est en marche, mais on va surtout continuer à être vigilants contre ces dérives au sein même de la bonne intentionŠ


Print
 
...More news
Pays Basque
"Il y a un problème de qualité d´eau en Amikuze"
Pays Basque
Comment la cuisine basque survit à la mondialisation : du "glocal" dans nos assiettes
Sports
Le Tau valide son billet pour Madrid
Pays Basque
Les salariés de Turbomeca de Tarnos et Bordes maintiennent la pression
Culture
L’histoire de Mauléon revisitée par Tokia
Sujet à la une
Le Conseil général trébuche dès la première séance, tenue hier
  © 2006 Baigura | Contact | About us | Advertise Sarean zer |