Les dispositifs d´aide alimentaire d’urgence s´arrêtent... et après ?
·Avec la fin de l’hiver, les dispositifs d’urgence ferment leurs portes et renvoient les bénéficiaires vers le système D
A l’heure ou certains se demandent s’ils vont plutôt manger bio, équitable ou durable, beaucoup se demandent tout simplement ce qu’ils vont manger. En effet, les dispositifs d’urgence mis en place durant l’hiver par les associations d’entraide sociale ferment les uns après les autres et renvoient SDF, familles dans le besoin, bénéficiaires des minima sociaux et travailleurs pauvres vers le système D.
Bien que le nombre de Rmistes ait baissé de 10% en Pays Basque nord passant à 4 305 bénéficiaires, force est de constater que les besoins alimentaires sont toujours là et que la population touchée par ces aides d’urgence change, avec de plus en plus de salariés paupérisés. Face aux carences de l’Etat dans ce domaine, ce sont les associations d’entraide sociale qui doivent assumer cette tâche. Une tâche saisonnière puisque ces associations, pour leur majorité, ne fonctionnent, comme pour le logement d’urgence, que l’hiver. Une tâche de plus en plus difficile alors que le niveau de collecte a sensiblement baissé cette année, avec comme raison principale avancée par les associations, la baisse du pouvoir d’achat.
Banque alimentaire
La Banque alimentaire est l’organisme qui s’occupe de collecter les denrées et les redistribue toute l’année aux associations qui les acheminent ensuite vers les publics visés. Elle fait face elle aussi à une conséquente baisse de la distribution, de 8% par rapport à l’année dernière. 24 associations distribuent des denrées à 3500 bénéficiaires. La collecte annuelle faite devant les supermarchés permet de réunir 13% des besoins, les grandes surfaces en assurent 54%, l’Etat et l’UE 14%, les organisations territoriales régionales, 9%. Yvette Miremont, secrétaire à la Banque attribue cette baisse à différents facteurs. Avec l’arrivée de nouveaux pays, l’UE répartit l’aide par quotas et donne donc moins à chacun (- 28 tonnes en 2008). Des grandes surfaces partenaires historiques, avec les normes sanitaires de plus en plus exigeantes, donnent moins. Le Géant Casino du BAB n’a ainsi rien donné pendant 4 mois, à cause de travaux en interne, ce qui représente une baisse de 85 tonnes. Yvette Miremont note le même facteur de baisse de collecte que les autres acteurs: la baisse du pouvoir d’achat, avancée en premier lieu par les donateurs déficients. Ce qui fait que la Banque a déjà distribué les 604 tonnes qu’elle a récoltées. Bien qu’elle bénéficie de subventions de la DDASS, du Conseil général et des communes (celles du BAB versent de petites subventions), la Banque doit faire face à des frais de fonctionnement importants : pour le stockage et le transport par exemple. Elle lance un appel aux bénévoles éventuels en vue de rajeunir l’équipe.
Fermeture de la Table du soir
A Bayonne, la Table du soir, qui tous les jours entre la mi-novembre et la fin mars, sert un repas chaud à qui en fait la demande vient, comme chaque année, de fermer ses portes. Ce sont7500 repas qui ont ainsi été servis par une équipe de bénévoles motivés, soit une soixantaine de repas quotidiens pouvant monter jusqu’à 80 certains jours. Les denrées proviennent de la Banque Alimentaire, de commerçants qui donnent ou vendent à prix réduits et d’associations qui fournissent les denrées ou prennent en charge la fabrication des repas. Cette année, les bénévoles ont d’autant plus mal vécu la fermeture, que celle-ci a coïncidé avec une aggravation des conditions climatiques, avec la recrudescence du froid et de la pluie. Les charges (loyer, eau, électricité) sont assumées par la ville de Bayonne, l’association ne salarie qu’un employé à mi-temps sur les quatre mois d’hiver. Aucune subvention publique ne vient compléter le dispositif. Christiane Saint-Paul, présidente de l’association de la Table du Soir, souhaiterait que les missions de l’association "durent au minimum plus longtemps, voire toute l’année". Au niveau du public reçu, la présidente note que s’il vient de nombreuses personnes vivant dans la rue, il y a de plus en plus de personnes âgées, ou de salariés à temps partiel, "qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts". Pour manger, si certains prendront un repas à midi à l’association Atherbea, les personnes en difficulté n’auront d’autre choix que de se tourner vers les aides ponctuelles de la Croix Rouge ou du Secours catholique qui distribuent au cas par cas des colis alimentaires. La Table du soir est la seule association à fonctionner autour de la devise "si tu as faim, tu viens". Les autres associations demandent en effet des justificatifs de revenus pour fournir une aide.
Christiane Saint Paul se demande "jusqu’où peut aller le bénévolat ?" Car l’association, quand elle a été créée, "sur la base d’une réaction émotionnelle un soir d’hiver", n’avait pas vocation à durer (comme les Restos du C¦ur). Si l’objectif de ne pas pérenniser ce type de structures reste louable, sa présidente souhaiterait néanmoins améliorer les conditions d’accueil.
A moins, que d’ici à l’année prochaine, les pouvoirs publics prennent les mesures adéquates pour que les précaires aient accès à une alimentation saine toute l’année.
Baisse de la collecte aux Restos du C¦ur de Garazi
A Saint-Jean-Pied-de-Port, la distribution des Restos du C¦ur, a débuté le 6 décembre et prit fin le 27 mars. Là aussi, les précaires n’ont plus qu’à se tourner vers les associations caritatives que sont la Croix Rouge et le Secours catholique, bien que les Restos continuent, au coup par coup, à distribuer des colis alimentaires aux personnes envoyées par les Assistantes sociales. 83 familles représentant 175 personnes ont bénéficié cette année de l’aide alimentaire distribuée par les Restos. Ce qui représente une augmentation de 3%.Une autre distribution aura lieu en juillet, une période qui voit arriver de nombreuses personnes en difficulté sur ce secteur. 30 bénévoles assurent la collecte et la distribution. La Mairie de Saint-Jean-Pied-de-Port met à disposition le local et paie les charges. Une partie de la collecte vient des stocks hexagonaux des Restos, de la Banque alimentaire, le reste vient de particuliers généreux, des recettes du concert des Enfoirés et de la collecte centrale, organisée chaque année. Celle de début février a été décevante puisque la récolte est passée de 1,4 tonne de denrées en 20007 à 800 kg en 2008.
"Ce que nous disent les gens devant les supermarchés, est que ceci est dû principalement à la baisse du pouvoir d’achat", souligne Henri Sapparat, responsable des Restos du C¦ur de Garazi. Le CCAS (Comité communal d’action sociale) de la commune verse 760 euros de subventions qui servent à acheter des denrées alimentaires. La Communauté des communes vient de décider de construire un bâtiment dédié aux Restos. "On constate qu’il y a de plus en plus de salariés pauvres qui viennent, constate Henri Sapparat . En dix ans d’activité, c’est l’année la plus pénible que j’ai vécue, je n’ai jamais vu autant de gens démoralisés et autant de crises de larmes. Le moral de cette population est très atteint".
Il y a trois ans, face au constat de gens allant depuis Saint-Palais à Saint-Jean-Pied-de-Port, la cité amikuztar s’est dotée d’un centre de distribution. Son public est passé de 40 à 70 familles.
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