Débat houleux sur les conditions de culture des OGM au Parlement
·Un climat de suspicion et d’accusations a marqué le débat des députés sur le projet de loi polémique des OGM
Les députés ont commencé mardi l’examen du projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés dans un climat de suspicion, se lançant des accusations jugées inacceptables par le président de l’Assemblée Nationale.
Jean Lassalle, le député UDF qui représente une partie de la population basque dans le territoire français, a évoqué le climat extrêmement tendu des débats. Il estime que sur la politique des OGM "on fait le jeu d’une petite minorité que sont les céréaliers. On ne peut pas jouer les apprentis-sorciers sur un sujet que l’on ne maîtrise pas encore."
Chez les Verts, Noël Mamère a salué "l’action déterminée et courageuse des faucheurs volontaires" d’OGM, qui ont été traités de "voyous" par Christian Jacob (UMP), ex-ministre et ex-syndicaliste agricole.
Le président Bernard Accoyer a également reconnu hier que les députés avaient subi "tous les jours" des pressions de la part de lobbyistes au sujet des OGM, sans dire de la part de qui. Il a ajouté que les journalistes sont aussi "l’objet de pressions quotidiennes". Le 8 février, les sénateurs avaient adopté un texte qui garantirait "le droit de produire avec ou sans OGM" sans cependant répondre aux difficultés de coexistence avec les cultures classiques.
La victoire des AOC
L’opposition a revendiqué mercredi soir une "victoire politique" face à la majorité UMP en faisant voter un amendement qui encadre fortement selon elle l’utilisation des OGM, notamment dans les zones d’appellation d’origine contrôlée (AOC). Cet amendement prévoit que "l’utilisation des OGM ne peut se faire qu’en respectant non seulement l’environnement et la santé publique mais aussi les structures agricoles, les écosystèmes régionaux et les filières commerciales qualifiées "sans OGM". Il a été voté dans le cadre de l’article 1er du projet de loi. "Cet amendement, c’est la victoire des AOC" s’est réjoui le socialiste Arnaud Montebourg en ajoutant que des députés de la majorité, élus de zones AOC, avaient aussi soutenu l’amendement. Parmi eux, Jean Lassalle.
Deux Etats, deux cas
Les Etats français et espagnols sont tous deux européens, globalement soumis à la même législation sur les OGM et ont des surfaces agricoles à peu près équivalentes. Or, depuis 1998, l’Etat espagnol cultive des OGM à grande échelle, 60 000 hectares en 2006, contre 5000 hectares semés la même année sur le territoire français. Selon Inf’OGM, organisme de veille citoyenne, on peut expliquer cette différence de trois façons. La première, les actions de la Confédération Paysanne, de Greenpeace, la Conférence des citoyens de 1998, dont la médiatisation des OGM aurait entraîné la réticence des consommateurs et stoppé l’élan de développement des agriculteurs. La deuxième, le gouvernement espagnol a encouragé les semenciers dès 1998. Enfin, l’écart pourrait trouver une justification dans la différence de composition sociologique des campagnes françaises et espagnoles. La population paysanne espagnole, vieillissante, ne serait pas aussi ouverte aux alternatives de type agriculture bio que sur le territoire français.
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