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Le JPB > Pays Basque 2008-04-02
Michel Berhocoirigoin / Président de Laborantza Ganbara
"On se pose en permanence la question : quel est le durable dans l’action que nous menons ?"

Créée le 15 janvier 2005, Laborantza Ganbara, la chambre d’agriculture alternative, mène depuis une politique qui vise à favoriser le maintien et l’installation des petits exploitants, à promouvoir une agriculture de qualité et à favoriser le développement local. La chambre alternative, portée par le syndicat agricole basque ELB, répond aux besoins spécifiques de l’agriculture locale, faite de petites exploitations, pour la plupart en zone de montagnes. Michel Berhocoirigoin, le président de Laborantza Ganbara, nous explique comment ce pari audacieux porte au quotidien les fruits du développement durable.

L’agriculture du Pays Basque peut-être qualifiée d’"exception agricole" et Laborantza Ganbara n’a pas attendu la Semaine du développement durable pour agir. Quel est, à votre sens, le vrai développement durable ?

Le développement durable, c’est ce qui, dans les processus de production (agricole ou industrielle) intègre les trois dimensions : économique, sociale et environnementale. Le développement durable n’est pas la seule dimension environnementale. C’est aussi la dimension sociale et l’efficacité économique, la capacité de créer de la valeur ajoutée. A Laborantza Ganbara, on essaye de travailler dans le durable dans tous les chantiers que l’on met en ¦uvre.

Des temps forts comme cette semaine ou des journées thématiques permettent évidemment d’attirer l’attention mais ce n’est pas tout. On n’est pas quittes avec un moment ponctuel de l’année. Nous nous posons en permanence la question "quel est le durable dans l’action que nous voulons mener ? "

En quoi l’agriculture du Pays Basque nord est-elle particulièrement durable ?

Au Pays Basque il existe des modèles d’agriculture intensive mais ils ne sont pas dominants. On peut dire que globalement on se situe dans une logique d’agriculture paysanne et durable. On constate par exemple que les systèmes d’élevage, secteur majoritaire au Pays Basque, sont liés au sol. Les animaux sortent, entretiennent la nature et les espaces, et ont en même temps une activité de production. Ça, c’est un aspect de la durabilité : l’élevage utilise le territoire pour la production.

Autre aspect, on a sur un territoire restreint des exploitations nombreuses et un taux d’installation plus élevé qu’ailleurs. Notre agriculture a la possibilité de faire vivre des actifs nombreux. La relève est assurée par de nouvelles générations, c’est un système qui fonctionne dans le temps, c’est encore de la durabilité. C’est ainsi qu’on respecte l’environnement et qu’on maintient l’emploi.

Vous avez pour but de renouer le dialogue entre le monde paysan et les consommateurs. Durable est-il forcément synonyme de qualité ?

Nous défendons le choix de faire de la qualité avec un cahier des charges exigeant plutôt qu’une production de masse. Ainsi nous avons trois et bientôt quatre AOC, soit plus de la moitié des démarches : le vin d’Irouléguy, le fromage de brebis Ossau-Iraty, le piment d’Espelette et le porc basque élevé en plein air, et des projets encore en gestation comme les pommiers à cidre ou le piment doux.

Les deux éditions de Lurrama, foire agricole durable, sont deux succès qui changent les habitudes de consommation et qui légitiment l’action de Laborantza Ganbara ?

Le succès de Lurrama n’est pas un hasard. Ce n’est pas un salon agricole banal. C’est véritablement la connexion entre les paysans et les citoyens au sens large. On veut y faire passer le message que l’agriculture paysanne et durable c’est l’avenir du territoire. Cet avenir passe par les choix d’achat des consommateurs. Ils doivent se sentir responsables de leurs achats, et pas seulement le temps de Lurrama. Chacun peut agir individuellement, adhérer à des associations de consommateurs, dans les quartiers, faire des choix politiques. On a le droit de poser la question aux élus : "Avec mes impôts, quel type d’agriculture allez-vous soutenir?".

Lurrama crée du lien, des dialogues, des débats. Mais quand le salon ferme ses portes, il faut transformer l’essai le reste de l’année. Si les gens souhaitent aller plus loin.


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