Le droit de vote pour les femmes a été obtenu dans l’hexagone après un siècle de lutte féministe. Comment pensez-vous que les femmes le perçoivent aujourd’hui?
Pour ma part, j’ai toujours cru que la femme avait les mêmes droits que les hommes depuis Eve. Est-ce que cela vient du fait que je sois issue d’une famille de pêcheurs dans laquelle les hommes sont absents et où les femmes gèrent le quotidien. Dans la mesure où c’était un droit acquis, je ne le voyais pas comme une lutte qui a duré un siècle, je l’ai appris après.
Et je pense qu’aujourd’hui les femmes ne savent pas grand-chose de ce qui les a amenées à voter.
Il s’agit d’un droit reconnu par et pour l’institution française. Comment vous situez-vous en tant que citoyenne basque et dans cette mesure, quel sens donnez-vous à cet acte ?
Je me présente sur les listes municipales abertzale depuis 30 ans. Je le vois comme un acte qui me permet de montrer mes opinions politiques et d’aller à l’encontre des opinions imposées par le pouvoir en place.
La politique du Pays Basque nord a toujours été gérée par la droite. Aujourd’hui en tant que citoyenne basque, je pense aux femmes du Pays Basque sud qui ont le droit de vote, le droit de se rendre aux urnes mais qui ne pourront pas voter pour leurs idées puisque les partis les représentant ont été illégalisés. Tu parles d’une démocratie !
Remplissez-vous votre devoir de citoyenne en vous rendant aux urnes ?
Oui je remplis ce droit, pas ce devoir, ce droit. Et ce même si parfois je préfère m’abstenir que de voter pour ces "gugusses".
Est-ce votre mère qui vous a transmis cette conscience politique ? Comment se comportait-elle vis-à-vis de ce bouleversement social ?
Ce n’est pas ma mère qui m’a transmis une conscience politique car elle était très catholique. A cette époque, l’église distribuait des listes de livres et d’auteurs interdits. Parmi eux Colette, je ne parle même pas de Simone de Beauvoir. Elle était de ces femmes qui ont connu la guerre de 40 et qui avaient envie de se comporter comme une femme-mère de ses enfants. Elle ne revendiquait rien au niveau de la lutte ou du bouleversement social. Il ne fallait pas étudier et faire un bon mariage. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait, même si j’ai fait des études, un "bon" mariage. Mais j’ai ouvert les yeux, mon bon mari était l’opposé de ce que j’étais. J’avais trop de choses à faire, notamment ouvrir une librairie engagée où l’on pouvait trouver des titres tels que Toutes les mêmes de Claude Michel, La femme postiche et La femme bonniche de Claude Alzon ou 18 millions de bonnes à tout faire aux Collections Points Chauds.
Mon engagement féministe est venu par un engagement tous azimuts et global.
Comment à votre tour avez-vous transmis la conscience politique à vos enfants, plus particulièrement à vos filles ?
Tout d’abord, je ne leur ai pas demandé leur avis ! (rire) Ils suivaient. Pour mon fils, c’était naturel que le combat des femmes et le partage des tâches fassent partie intégrante du quotidien. C’est la mère qui transmet le combat social. Pour mes filles cela a été d’autant plus naturel. Et les jours d’élections je les amenais avec moi pour leur montrer que l’acte politique fait partie de la vie.
Comment pensez-vous qu’elles le transmettront à leurs enfants, vos petits-enfants ?
J’espère qu’elles le transmettront de la même façon. Mais j’ai l’impression que les femmes de 20 ans (âge de ma plus jeune fille), voient cela comme acquis et ont une image de la femme qui régresse : celle de petites poupées dont le but est de plaire aux mecs. Pour elles la contraception, l’avortement, le vote, c’est acquis. Je ne suis pas sûre que les gamines qui sortent aujourd’hui du lycée descendraient dans la rue pour défendre ces droits. Mais dans cette société individualiste, c’est un recul de tous les combats que l’on peut observer.
Quelle serait la prochaine avancée que pourrait faire la société pour le droit des femmes ?
Ce serait des droits très "simples" : égalité du salaire pour travail équivalent à celui des hommes, que les sociétés et institutions créent des crèches sur les lieux de travail, le droit de travailler sans se prendre la tête voire octroyer des allocations parentales aux pères.
Un petit mot sur la parité ?
C’est du pipeau.