Oskar Bizkai et Anaiz Funosas / membres d'Askatasuna
Le sac sans fond de la répression
Il était une fois un peuple, petit mais aux grands rêves, dont les habitants se levaient jour après jour dans la peur. Ils vivaient dans la peur parce que deux grandes ombres les menaçaient constamment de leurs griffes. Il est vrai que ce n'était pas chose nouvelle ; cela faisait des années que ces griffes attaquaient le secteur de ce peuple qui revendiquait son droit à décider. Tout le monde ne comprenait pas cet engagement envers et pour le peuple, et ces deux ombres se servaient de cela, empêchant, sous l'apparence de deux États, ce petit pays de décider de son avenir. Elles commencèrent à mettre dans un grand sac toutes les dynamiques qui, au prix de gros efforts et de beaucoup d'imagination, construisaient quand même le futur de ce lieu appelé Euskal Herria. Dans ce sac, elles jetèrent aussi des jeunes de Baxe-Nafarroa qui s'inquiétaient de la situation des prisonniers politiques basques, le coût plus qu'élevé du logement, la spéculation autour des terres qui les avaient vus naître, l'extension de la langue et de la culture de leurs ancêtresŠ
Peu de temps après, elles y ont ajouté les serveurs et les gérants d'un bar où l'on respirait un air populaire et qui offrait de nombreuses activités (concerts, discussions, théâtreŠ) à ses clients. Mais le sac ne semblait pas avoir de fond. Un des États commença à s'inquiéter du bon accueil fait par le peuple à de jeunes agriculteurs qui cultivaient leurs terres de façon écologique, qui aidaient et encourageait les plus jeunes à poursuivre la dure vie de laborari et -le plus grave !- qui refusaient de faire du profit avec les terres de leurs ancêtres. Comme si ça ne suffisait pas, ils avaient créé Laborantza Ganbara comme la meilleure façon de faire face à leurs problèmes. Total, eux aussi finirent dans le sac, mais sans leurs tracteurs, parce qu'il fallait laisser de la place pour les suivants qui oseraient se lever contre le système créé par ces ombres. Pendant ce temps, l'autre État remplissait le sac lui aussi avec des sigles de partis politiques, de journaux, d'organisations populaires ainsi que leurs membres. Le peuple pensait que le sac était sur le point d'exploser mais il se trompait. Il y avait encore de la place. Les suivants à le vérifier faisaient partie d'un groupe qui malheureusement avait déjà une longue expérience des différentes formes de répression : les réfugiés. Les ombres ne pouvaient tolérer que ce groupe, auquel elles avaient déjà appliqué la guerre sale, la déportation (agur eta ohore Endika!), l'expulsionŠ, décide en plus de vivre librement dans son pays. Autrement dit, la désobéissance et l'insoumission finirent aussi dans le sac.
Pour le peuple, le message était clair : se retrouveraient dans ce sac tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, refusent d'être engloutis dans le système créé par les deux États. Car en fait, ce sac n'a pas de fond. Leurs rythmes respectifs sont différents mais leurs intentions finales sont de plus en plus ressemblantes.
Ce conte n'aura pas de fin heureuse si, entre tous ceux qui sommes menacés d'être jetés dans ce sac, nous ne construisons pas un mur, basé sur la dénonciation et la protestation, qui puisse freiner cette répression dont l'objectif final est l'assimilation d'Euskal Herria et de ses citoyens.
À Askatasuna, au-delà des différences, nous sommes convaincus qu'il est possible de créer ce mur et nous sommes décidés à faire des pas vers l'union des forces avec d'autres secteurs pour, à nous tous, pouvoir donner une fin digne et cohérente à ce conte. Les rêves peuvent devenir réalité à travers la lutte. Que le mur qui a été élevé contre la Transnavarraise serve d'exemple. Le peuple s'est uni dans la lutte et a arrêté la construction de la route. La solidarité sera l'un des composants essentiels de ce mur. Pour cela, nous lançons un appel à prendre part aux mobilisations à venir, parmi lesquelles figure notamment la mascarade de procès des six agriculteurs qui aura lieu ce jeudi 21 février à 14h au Tribunal de Bayonne et les rassemblements des derniers vendredis pour le respect des droits des prisonniers politiques basques.
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