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Le JPB > Sujet à la une 2008-02-19
575 élus ruraux pour la relaxe des six prévenus de l´affaire Kako
·Le syndicat ELB et le GFAM Lurra ont réuni en leur faveur les signatures de 58 maires et de plus de 500 élus ruraux

Les abords du tribunal de Bayonne seront sans doute difficilement accessibles ce jeudi après-midi. Les six personnes mises en examen après les échauffourées survenues le 17 janvier à Saint-Palais lors du Comité Technique de la Safer comparaîtront pour répondre notamment des accusations de "violence en réunion" et de "dégradation" (lire ci-dessous). Déjà lors de leur interpellation le 30 janvier dernier, quelques centaines de personnes s’étaient réunies à Ainhice Mongelos et à Bayonne. Cette fois, le syndicat ELB et le GFAM Lurra ont également recueilli les signatures de 575 élus ruraux dont 58 maires demandant la relaxe des six prévenus et soutenant même l’acquisition de la ferme Kako par le GFAM Lurra et Fred Larrañaga.

Les paysans d’ELB seront à la barre du tribunal correctionnel de Bayonne jeudi pour un dossier qui ne devait être que purement agricole à la base. Le 17 janvier, plus de 200 paysans étaient rassemblés à Saint-Palais pour soutenir l’installation d’un jeune couple d’agriculteurs, Jasmine et Fred Larrañaga, sur la ferme Kako d’Ainharp. Quelques heures plus tard, le combat devenait celui d’une foule refusant l’expulsion de ces mêmes agriculteurs après un avis de la Safer leur préférant une autre candidate (lire ci-contre).

"La décision de la Safer a provoqué la colère et la stupéfaction des manifestants. Après une brève bousculade avec les gendarmes dont on a du mal à comprendre la présence pour une simple réunion de la Safer, une discussion a eu lieu entre membres de la Safer et représentants d’ELB et du GFAM", estime Christian Harlouchet, secrétaire général d’ELB.

Du côté de la Safer, de la FDSEA, de la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques, on dénonce plutôt des actes de violence injustifiables. Deux gendarmes auraient été légèrement blessés dans la mêlée. Et ce sera le président de la République en personne qui attisera le dossier en amalgamant, lors d’une visite à Pau, l’attentat meurtrier attribué à ETAà Capbreton et la manifestation de Saint-Palais. Les termes de "terroristes", "mafieux", "racistes" et "Basques" seront allégrement associés sans que l’on puisse distinguer lequel est attribué à qui.

La FDSEA refuse que l’on assimile ce dossier à un règlement de comptes syndical. Pourtant, du côté d’ELB, on est persuadé que l’affaire de Kako est symbolique de par le fait qu’il s’agit de régler la succession d’un militant historique du syndicat basque, Joseph Godement. Les décisions prises par la Safer ne seront d’ailleurs pas toujours très compréhensibles (lire ci-dessous).

"Le jour du Comité Technique de la Safer, nous avons demandé à ce qu’une délégation soit reçue. Le paradoxe est que les forces de l’ordre ont refusé l’accès à ceux qui voulaient le dialogue et ont protégé ceux qui le refusaient", estime Mizel Dunate, l’un des six prévenus. Qualifiant le vote réalisé ce jour-là par la Safer de "provocation et de guet-apens tendu aux paysans", il a ajouté que "ce qui ne devait être qu’une installation a pris des proportions démesurées avec des conséquences humaines que personne n’imaginait".

Il a ainsi raconté comment les six personnes qui seront jugées jeudi ont été "arrêtées comme de vulgaires criminels, à 6h du matin par une dizaine de gendarmes".

"Cela a aussi été une journée traumatisante pour nos familles pour nos enfants qui s’en rappelleront toute leur vie, pour nos épouses dont certaines ont été réveillées par l’arrivée des gendarmes dans leur chambre", a déclaré Mizel Dunate au nom des six prévenus. "Nous dénonçons ces procédures tout comme le fait que le procureur a décidé de prolonger de 24 heures notre garde à vue alors que les interrogatoires étaient terminés dès 16h le premier jour", a-t-il ajouté.

ELBa également affirmé que la position prise par la Safer le 17 janvier était "illégale" et que les manifestants voulaient avant tout l’empêcher. L’organisme s’était en effet prononcé pour l’achat de toute la propriété Kako (33 hectares de terre, des bâtiments agricoles et une maison d’habitation) sachant pourtant que la maison était habitée et que cela l’empêchait de se porter acquéreur sur cette partie du bien.

"Ce ne sont pas six personnes qui devraient être jugées jeudi mais 250", a déclaré Jean-Paul Duhalde, responsable d’ELB. "Si la profession veut apaiser la situation, elle doit installer des jeunes et non les expulser", a-t-il ajouté.

Hier, le syndicat a annoncé avoir recueilli le soutien de 575 élus ruraux dont 58 maires. Une pétition leur a été soumise par laquelle chacun "soutient l’acquisition par le GFAM Lurra du foncier de la ferme Kako, refuse l’expulsion d’un couple de paysans et de son troupeau des terres qu’il travaille et demande la relaxe des six inculpés dans l’affaire Kako". Le syndicat espère encore réunir d’autres noms et présenter le tout parmi ses arguments jeudi. Plusieurs personnalités pourraient également témoigner à l’audience qui pourrait se transformer en procès de l’installation à la ferme Kako. Le GFAM Lurra a également rappelé que sa campagne de souscription avait déjà réuni le soutien de 1200 porteurs de part pour l’achat du foncier de la ferme souletine. De son côté, la fondation Robles Arangiz a exprimé sa solidarité aux six militants.

ELB et le GFAM organisent un rassemblement devant le tribunal à partir de 13h30.



Kako : deux ans de procédure pas toujours compréhensible
L’affaire de la ferme Kako d’Ainharp ne peut vraiment être expliquée sans un retour sur ces deux dernières années. En janvier 2006, Fred Larrañaga y arrive pour aider Joseph Godement, responsable syndical d’ELB, qui doit être hospitalisé. Malheureusement, le militant décède. Sa femme reprend les rênes de l’exploitation en fermage et salarie Fred Larrañaga. La propriétaire des lieux Maite Errecart décide au même moment de vendre la ferme. Plusieurs candidats à l’achat viennent la visiter dont Gilles Gachen, berger sans terre et sa compagne Lydia Lahargou, Stéphane Desplas, éleveur de lacaunes venant du Gard, la famille Muller originaire de Montpellier et bien d’autres. La propriétaire met la ferme entre les mains de la Safer qui lance un appel à candidatures. Gilles Gachen ne donne pas suite, les familles Desplas et Muller oui. A l’automne 2006, la Safer choisit M. Muller, M.Desplas n’ayant pas pu fournir les justificatifs nécessaires (entre autres, aucune laiterie ne veut collecter le lait de son troupeau de race Lacaune, interdit en AOC Ossau-Iraty). Coup de théâtre en décembre, M. Muller se désiste sans aucune explication et il n’y a donc plus de candidat à la reprise de Kako. De ce constat démarre le projet de Fred Larrañaga de succéder à Anne Godement. Il devient chef d’exploitation de Kako le 1er janvier 2007 et sollicite le GFAM Lurra pour l’achat des terres. Le groupement étudie le projet de l’agriculteur et décide en mars 2007 d’engager une campagne en sa faveur. Le dossier est déposé à la Safer qui laisse entendre qu’il s’agira d’une simple formalité puisque l’appel précédent s’est soldé par un échec. Néanmoins, au lieu d’agir dès le comité technique du 6 juillet 2007, la Safer laisse traîner l’affaire jusqu’en septembre où elle décide de lancer l’appel à candidatures pour l’ensemble du bien, bien que Fred ne soit intéressé que par les terres et malgré le constat que la maison, habitée, ne pourra donc être achetée. L’appel à candidatures est lancé le 10 octobre. Fred Larrañaga y répond logiquement, M. Desplas se représente aussi. S’ajoute M. Escot qui se désiste au dernier moment en faveur du GFAM, et Lydia Lahargou, arrivée hors délai. Celle-ci déclare toutefois par écrit qu’elle se désiste aussi en faveur du GFAM.

Le 3 décembre, au lieu d’étudier les deux seules candidatures validées, les membres du Comité Technique repoussent leur décision au 17 janvier, permettant ainsi la validation de la candidature hors délai. Au passage, un organisme technique, qui se rétractera plus tard, met en cause les capacités professionnelles de Fred Larrañaga.

Un paysan d’ELB propose alors à son syndicat, à la FDSEA et aux deux candidats en course de se réunir pour tenter de trouver une solution amiable. La FDSEA est la seule à refuser.

Le 17 janvier, le comité technique vote par six voix contre cinq en faveur du projet Lahargou sans même que, selon ELB, les dossiers techniques et financiers des différents candidats ne soient examinés. Cet avis provoque la colère des 200 paysans rassemblés à l’extérieur et les débordements qui seront jugés jeudi. Trois jours plus tard, la Safer se dessaisit du dossier, constatant (à nouveau) que la maison est habitée et qu’elle ne peut donc l’acheter.



Six prévenus, cinq ans encourus
Cinq paysans et une salariée agricole comparaîtront jeudi à 14h30 à la barre du tribunal correctionnel de Bayonne. Les éleveurs et militants d’ELB Mizel Dunate d’Ayherre, Beñat Etcheto, de Saint-Just-Ibarre, Jean-Michel Ayçaguer d’Ossès, Frantxua Irigoien, militant historique du syndicat, en charge des questions ovines durant de nombreuses années et ancien président de la coopérative laitière du Pays Basque (CLPB), Fred Larrañaga, éleveur sur la ferme Kako à Ainharp et candidat à son achat et Virginie Brunet, salariée de la fromagerie Azkorria de Musculdy devront répondre des accusations de "violence en réunion ayant entraîné une interruption de travail de moins de huit jours". Suivant les prévenus, les chefs d’inculpation de "dégradation", d’"outrages" ou de "vol" (un képi, des menottes et des bâtons de gendarmes avaient été perdus dans la bousculade). Lors de la garde à vue de 48h subie par les six paysans, le procureur avait indiqué que les peines encourues pouvaient aller jusqu’à cinq ans de prison.

Hier, les prévenus ont déclaré qu’ils attendaient que le tribunal prononce une relaxe en leur faveur. Plusieurs témoins devraient se succéder à la barre tandis qu’un rassemblement de soutien pourrait réunir plusieurs centaines de personnes à l’extérieur comme ce fut le cas lors de leur interpellation.


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