Max Roméo à l’Atabal et à contretemps
·L’auteur de War ina Babylon en concert à Biarritz après une vie en dents de scie et sans aucune concession sur son reggae
Pour l’adepte du son roots ou le simple amateur de reggae, l’album War ina Babylon est l’incontournable des discothèques, fussent-elles numériques. Preuve, s’il en fallait, que ce bon vieux Max Roméo résiste au temps aussi sûrement qu’une galette de vinyle.Pourtant, plus de trente ans après ce tube planétaire, le papy du contretemps, qui sera ce soir sur la scène de l’Atabal, a bien failli tomber dans les oubliettes de l’histoire et ne doit son revival qu’à l’engouement que suscite le reggae depuis les années 90. Après une carrière en dents de scie, ce vétéran du reggae a repris depuis 2004 la route de tournées harassantes.A 61 ans, Max Roméo pourrait être pathétique comme ces fantômes que d’autres exhibent pour vendre un bout de légende. Songez qu’il a frayé avec Bob Marley, Lee Perry et toute la clique des artisans bricolos qui ont inventé cette musique quand l’idée n’existait pas.Mais si Max Smith, de son vrai nom, sort aujourd’hui du placard, c’est davantage pour gagner sa soupe que pour la vendre. En contrepoint, sa voix emblématique permet de remettre quelques pendules à l’heure, en restant à la marge d’une scène reggae changeante.Et de distiller la bonne parole comme un souriant salaire, après avoir retrouvé la foi dans les volutes rastas, malgré un farouche hérétisme hérité d’une éducation stricte chez les évangélistes. De cet enseignement, il a gardé une propension pour la rébellion, mais aussi un goût pour la ligne droite.Ce n’est pas lui qui a changé au gré de sa vie de succès et de déboires, mais le goût des autres.Rude boy dans les années 60, proche du People National Party (PNP) jamaïquain de Michael Manley au début des années 70 puis taxé de "communiste" quelques années plus tard, avec il est vrai, l’album Revelation time estampillé d’une faucille et d’un marteau, Max Roméo reste un rasta belliqueux dont l’immarcescible militance est source de création.Ce moine guerrier n’a au fond jamais désarmé depuis qu’il a déclaré la "Guerre à Babylone" en 1976.Pas même dans ses premières chansons provocantes, comme Wet dream (1969), dont le texte salace fut rapidement censuré sur les ondes anglaises.
Engagement
Engagé politiquement, sa chanson Let the power fall on i deviendra le thème de campagne du parti de Michael Manley en Jamaïque. Ce qui n’empêchera pas cet esprit libre d’écrire également la première chanson anti-PNP, contre Manley, dans No Joshua no. Prêchant le retour de l’homme noir en Afrique, comme tout bon Rasta, Max Roméo ouvrit cependant une longue parenthèse dans sa carrière en trouvant refuge en 1978 aux États-Unis, comme beaucoup d’autres chanteurs jamaïquains. Une période difficile pour l’artiste, en partie plombée par son engagement.La comédie musicale qu’il écrit sous l’intitulé Reggae, est beaucoup trop sociale et politique pour le public de Broadway. Il reviendra finalement dix ans plus tard dans la petite île caribéenne, aux sources de son inspiration.C’est là qu’il reprend de plus belle les compositions, avec un regain d’optimisme dans le son lourd qui le conduira plus tard, à force d’audaces, à accommoder le contretemps du reggae à de la musique italienne acoustique. C’était en 2000.Depuis, Max Roméo a publié deux compilations et un album de fort belle facture intitulée The coming of jah.Preuve que le gars n’en démord pas et ne se contente pas en tout cas d’une vague nostalgie de bête de foire.Et si cette fois, à Biarritz, il présente un Best-of, c’est plutôt pour rappeler l’origine de son monde à contretemps aux adeptes de la scène reggae actuelle, comme un joyeux contre-pied dans les reggae parties.
Ú Concert
Max Roméo.Jeudi 7 février.21h.Atabal.Biarritz.Tarifs 14 et 18 euros.
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