Roméos et Juliettes : Shakespeare est soluble dans la danse hip-hop
Le festival Suresnes Cités Danse a créé jeudi soir Roméos et Juliettes, une pièce de Sébastien Lefrançois, l’un de ces chorégraphes issus du mouvement hip-hop ayant acquis la maturité artistique pour se mesurer au chef-d'¦uvre de Shakespeare. Le spectacle, qui bénéficie d’une musique enregistrée spécialement et finement composée par Laurent Couson, constitue la première création répétée dans le cadre de Cités Danse Connexions, le nouveau "pôle de production, diffusion et transmission de la danse hip-hop", structure unique en France et dont Sébastien Lefrançois est le "chorégraphe associé". Cet artiste de 38 ans, qui a fondé en 1994 à Cergy-Pontoise sa propre compagnie (Trafic de styles), n’en est pas à ses débuts. Mais c’est la première fois qu’il se frotte à une pièce du répertoire, la tragédie Roméo et Juliette (1595), qui a déjà inspiré nombre de chorégraphes, tels Rudolf Noureev, Angelin Preljocaj et, pour son West Side Story, Jerome Robbins. Sébastien Lefrançois a évidemment relu Shakespeare à sa façon. Le pluriel du titre (Roméos et Juliettes) évoque la diversité des regards qui alimentent son travail. Tous ses collaborateurs apportent leur touche à cette aventure inédite de façon plutôt inattendue et réussie. Giulio Lichtner signe une scénographie simplissime (des cubes noirs, de larges rectangles blancs ou marbrés) mais qui se réinvente à l’infini, donnant forme moyennant quelques transformations manuelles à vue au logis des Capulet, à l’autel où le mariage des amants de Vérone est célébré, à la tombe de Tybalt.Quant aux costumes de Mario Faundez, ils jouent subtilement sur les codes vestimentaires du mouvement hip-hop (sportswear, pantalons baggy...), enrichis de clins d’¦il à la Renaissance italienne (collerettes, capes, couvre-chefs, etc.). Le spectacle révèle surtout que Sébastien Lefrançois a pu travailler en profondeur sans se limiter aux cinq interprètes qui composent sa compagnie mais en faisant appel à huit jeunes danseurs, un comédien et un circassien, pour enrichir une danse qui se nourrit des arts du mime et du cirque. Son écriture a la vertu de ne jamais chercher la virtuosité pure mais de prendre des formes variées et complexes, expressives et finalement très théâtrales : le vocabulaire hip-hop, bien présent, n’est pas ici une fin mais le moyen de raconter une histoire. Il s’épanouit autant dans l’étreinte amoureuse des deux amants que dans l’affrontement entre bandes rivales. C’est tout juste si l’on regrette que le chorégraphe n’ait pas donné davantage de liberté apparente à ses interprètes via l’improvisation, indissociable de l’énergie du hip-hop. Les danseurs se rattrapent cependant aux saluts en donnant libre cours à leur nature de breakers et "smurfers", devant une salle conquise.
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