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Le JPB > Sujet à la une 2008-01-31
Les six paysans d’ELB restent en garde à vue
·Ils ont été interpellés hier au petit matin suite aux heurts avec les gendarmes lors de la manifestation de St-Palais

Les six militants d’ELB et du GFAM arrêtés hier par les gendarmes ont passé la nuit en cellule. Comme l’avait laissé entendre Nicolas Sarkozy lors de sa visite à Pau puis ELB lundi dernier, le coup de filet a bien eu lieu en réponse aux échauffourées avec les gendarmes présents lors de ma manifestation du 17 janvier dernier à St-Palais. Sitôt la nouvelle connue, plus de 200 paysans se sont réunies devant Laborantza Ganbara à Ainhice-Mongelos hier matin avant de prendre la direction de la gendarmerie de Bayonne devant laquelle ils sont restés jusqu’à 19h.

Les forces de l’ordre se sont présentées chez les paysans dès six heures du matin hier. Quatre membres d’ELB ont été arrêtés à Ossès, Ainhice Mongelos, Ayherre et St-Just-Ibarre. A Ainharp, les gendarmes ont emmené Fred Larrañaga, le paysan de Kako que les manifestants étaient venus soutenir le 17 janvier à St-Palais. Une jeune femme, fromagère à la coopérative Azkorria de Musculdy complète la liste des six personnes arrêtées hier.

En fin de journée, le procureur de Bayonne a décidé de prolonger la garde à vue des interpellés. Patrice Michel décidera ce matin de la suite qu’il donne à ce dossier. Des qualifications de "violence volontaire en réunion", d’"outrage", de "dégradation" ou de "vol" (les gendarmes ont perdu des effets militaires dans la bousculade) pourraient être retenues contre les personnes arrêtées. Les peines encourues peuvent aller jusqu’à 5 ans de prison. Aucun élément relatif à des propos racistes (que Nicolas Sarkozy avait avancé à Pau) ne figure dans la procédure. "En l’état ces qualificatifs ne sont pas retenus. Si cela avait été parfaitement établi, une ou autre personne aurait pu être placée en garde à vue sous ce qualificatif mais ce n’est pas le cas", a assuré le procureur.

S’agissant de la forme, habituellement utilisée par le tribunal antiterroriste de Paris, Patrice Michel a indiqué qu’il s’agissait d’une "procédure de droit commun tout à fait normale et habituelle". Les maisons des paysans ont été rapidement visitées. Fred Larrañaga serait le seul des six à avoir été menotté. "Il n’y a rien de choquant à ce qui a été fait", a commenté le procureur.

"Scandaleux"

Ce n’était évidemment pas l’avis des paysans mobilisés hier. "Nous étions à St-Palais pour empêcher qu’une décision illégale soit prise. Les gendarmes, eux, étaient là pour protéger cette injustice", a déclaré Michel Oçafrain, responsable d’ELB. Il a rappelé que le comité technique de la Safer avait choisi ce jour-là de soutenir la candidature d’un berger sans terre pour l’achat de la ferme Kako et non celle de Fred Larrañaga, qui exploite pourtant la ferme depuis deux ans. "La Safer savait qu’il y avait un bail sur ce bien et qu’elle ne pouvait donc pas l’acheter, malgré tout, elle est passée outre, c’est pour cela que nous sommes intervenus", a ajouté le paysan en rappelant que l’organisme s’était finalement dessaisi de l’affaire quatre jours plus tard.

"C’est scandaleux. Tout cela conforte l’idée de la manipulation", a indiqué de son côté Marie-Claire Leurgorry du GFAM. "On essaie de rendre criminels des gens qui ont refusé l’expulsion d’un paysan et qui ont dénoncé une prise de décision illégale protégée par des gendarmes", a-t-elle ajouté.



De Lasserre à LAB
Interrogé hier sur l’arrestation des six paysans, le président du Conseil général Jean-Jacques Lasserre n’a pas voulu faire de commentaires. Il a seulement déclaré que les propos tenus par Nicolas Sarkozy à Pau "manquaient de sensibilité locale". De son côté, Barthélémy Aguerre s’est dit "confiant en la justice". Le conseiller général d’Amikuze a souhaité que le maximum d’agriculteurs s’installent. "Mais que ce soit Pierre, Paul ou Jacques, tant qu’il a la capacité d’exploiter, c’est pareil. Les responsables doivent faire des choix et après on s’y plie", a-t-il estimé.

Se disant "surprise de l’attitude de l’Etat français face à un syndicat agricole qui défend sa profession", la coalition EH Bai a déclaré que les arrestations d’hier et les déclarations de Sarkozy "montrent que tout événement en Iparralde prend une tournure politique". LAB a aussi apporté son soutien aux paysans et dénoncé "les mensonges et manipulations qui servent les intérêts du pouvoir et des défenseurs de l’agriculture productiviste".


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