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La fiction française cherche l’émulation
·En pleine renaissance et dans une période de bouleversements, la fiction française doit s’efforcer de faire bonne figure au Fipa
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Un film français, La Passion Boléro de Michel Follin, inaugurait mardi soir le XXIe Festival international des programmes audiovisuels (FIPA) qui se tiendra jusqu’au 27 janvier à Biarritz. Un film sensuel et délicieusement répétitif qui donne le ton, dix-huit fois, d’une mélodie lancinante, comme pour clamer la singularité sans cesse remise sur le métier d’un festival désormais aussi attaché au Pays Basque que l’était Maurice Ravel.Une composition aussi simple qu’une télévision idéale dont on se prend à rêver qu’elle pourrait s’affranchir des règles de l’audimat dictées par de sombres impératifs publicitaires. C’est à la lueur de cet espoir que le Fipa mesure cette année un autre enjeu pour les fictions françaises, qui ne sont désormais plus dépassées par la réalité.Le délégué général du Fipa, y voit le signe que "la télévision française est peut-être en train de devenir contemporaine" et serait "réellement flexible et interactive". Une question d’importance pour Pïerre-Henri Deleau qui permettrait "aux vrais artistes de s’illustrer".Mais cette "vraie réalité par l’image", pour s’imposer dans les fictions françaises, doit encore relever de nombreux défis.La fiction française de télévision, plongée dans le tumulte des projets de réorganisation des rapports producteurs/diffuseurs, va pourtant s’efforcer de faire bonne figure dans la programmation du Fipa. "En ces temps de tumulte pour la fiction française, le réconfort doit se trouver dans une stimulante émulation avec nos confrères étrangers", estiment Christine Miller et Charles Nemes, vice-présidents de la commission télévision de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), l’un des partenaires du festival.
Vitrine mondiale
Vitrine des meilleurs programmes mondiaux de télévision, le FIPA, dont la plupart des projections sont ouvertes au public, soumet cette année à cinq jurys internationaux des programmes inédits venus de 31 pays : dix fictions (chacune présentée par un pays différent), huit séries et feuilletons, 15 grands reportages et faits de société, 13 documentaires de création et essais et 13 ¦uvres musicales et spectacles. Les participants pourront aussi visionner 36 programmes regroupés dans une "situation de la création française", parmi lesquels se trouve le film Secretos de Lucha de la Bayonnaise Maiana Bidegain, et huit programmes constituant une "situation de la création européenne", venus de Belgique, Russie, Suisse, Pays-Bas, Allemagne et Bulgarie. Une section qui constitue également un enjeu pour le petit écran. "Cette année, sur les écrans de cinéma, le cinéma américain a fait 61% des recettes en France. Les Français n’ont fait que 35%. La différence, c’est le reste du monde. Plus on construit l’Europe, moins on voit les films de ses voisins", s’étonne Pierre-Henri Deleau, délégué général du FIPA. En ce qui concerne la France, le directeur de France Culture David Kessler et l’ancien député UMP Dominique Richard ont été chargés par le ministère de la Culture d’une mission de concertation sur les rapports entre producteurs et diffuseurs. En outre, la décision présidentielle de supprimer la publicité sur les chaînes de service public pourrait encourager la création de programmes plus audacieux, moins dépendants de larges audiences. C’est en tout cas le v¦u du Fipa même si pour l’heure, nul ne sait bien comment financer des programmes sans publicité.Mais il est bon de rappeler que c’est au Fipa que l’idée d’une télévision publique sans publicité avait été lancée en 2001 par la Société civile des auteurs multimédia (SCAM), partenaire du FIPA.Selon Guy Seligman, président de la SCAM, "la confusion est générale et la création peine à trouver sa place dans ce monde où elle seule peut éclairer ce qui nous entoure et nous envahit". A la lumière de ces projets, un débat organisé par la SACD et la SCAM réunira vendredi à Biarritz Patrice Duhamel (France Télévisions), David Kessler, Dominique Richard, Christine Miller, Jacques Peskine, délégué général de l’USPA (Union syndicale des producteurs de l’audiovisuel), Thomas Valentin (M6), Pascal Rogard (directeur général de la SACD) et Guy Seligman. La ministre française de la Culture Christine Albanel, qui salue dans ce FIPA "la plaque tournante" de la création audiovisuelle" ne doute pas que cette édition mettra en lumière la richesse de la création française". Elle a cependant annulé sa venue à Biarritz où elle aurait pu en expliquer les enjeux et les moyens.
Le ton est donné
Candide assistant, mardi soir à la cérémonie d’ouverture du XXIe FIPA, au palais des festivals de Biarritz, aurait pu constater que rigueur n’exclut pas chaleur. Au micro, Pierre-Henri Deleau délégué général, assisté de Jean-Michel Ausseil, le secrétaire général, présentait ses hôtes, les membres des six jurys. Une belle scène. Sans les paillettes qui mettent sur la paille, mais avec l’enthousiasme qui ne coûte rien. Puis La Passion Boléro, le film de Michel Follin, envahit l’écran et ce fut un délice. Pendant une heure trop courte, on apprit que Ravel, sommé par Ida Rubinstein, ancienne danseuse de Diaghilev, de lui écrire la musique d’un ballet espagnol, s’est fait beaucoup tirer l’oreille. Et que, harcelé par ses éditeurs qui lui demandaient le livret et la date des répétitions, a fini par les prendre au mot. "Mettez-vous bien ça dans la tête, des répétitions, il y en aura !" Et de fait, d’une simple phrase musicale d’une minute, il en fera un morceau de 18, reprenant 18 fois le thème, introduisant d’abord le tambourin et la flûte pour finir avec les cent vingt musiciens d’un orchestre symphonique. Un objet musical non répertorié, dérangeant, autour duquel se passionnent le chef d’orchestre Kurt Masur, l’écrivain Jean Echenoz, le ballet de Maurice Béjart, les s¦urs Labèque, le cinéaste Patrice Lecomte, etc. Cette mise en giration de la musique où se mêlent couleurs basques et andalouses, accompagne les mouvements d’arène d’El Cordobes et le rouge de sa muleta dansant autour de son corps. Lascivité, érotisme. Le Boléro, objet de patrimoine, joué tous les soirs sur une plage du Brésil par un trompettiste glissant sur une barque à la rencontre du crépuscule, sera "massacré", selon Ravel par un Toscanini pressé qui l’exécutera en une bouchée de neuf minutes chrono. Bon festival !
Michèle SOLLE
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