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Le JPB > Pays Basque 2008-01-18
Patxi NOBLIA / Président de Lagunak
«Montrer que Laborantza Ganbara est l’affaire de tous»

Patxi Noblia est le président de l’association Lagunak de soutien à Laborantza Ganbara, qui fête demain son 3e anniversaire dans des locaux d’Ainhice-Mongélos entièrement rénovés. Lagunak y tiendra son assemblée générale à 10h30, suivie de la présentation du film L’agriculture paysanne en Pays Basque à 11h, et de la signature à 12h de la mise à disposition des locaux par la Fondation Manu Robles Arangiz, son propriétaire, au bénéfice de Laborantza Ganbara. Apéritif et repas animé suivront.

Quel bilan tirez-vous à la veille du troisième anniversaire de Laborantza Ganbara ?

Ce n’est pas à nous de le donner, car on n’est pas les plus objectifs, mais le travail dans des conditions difficiles a été mené durant trois ans de façon positive, active, diversifiée. Elle a démontré plus que son utilité dans le domaine qu’elle souhaitait aborder. La question basique aujourd’hui c’est, compte tenu de l’acharnement administratif, ça doit être, plus que jamais une affaire de tout Iparralde, sinon de tout le Pays Basque.

Dire que Ganbara a trouvé son utilité, cela veut dire que l’on est au-delà du symbolique ?

On est tout à fait dans le réel, dans l’ensemble des dossiers qui ont été menés vis-à-vis d’une agriculture de qualité, d’une agriculture créatrice d’emplois, d’une agriculture à vision durable. Je crois que Laborantza Ganbara a fait plus que la démonstration qu’elle était nécessaire pour l’ensemble du territoire, et en particulier du Pays Basque intérieur.

Vous évoquiez un certain nombre de procédures engagées contre la Chambre d’agriculture alternative, où en est-on aujourd’hui ? Les choses se sont-elles calmées depuis l’installation d’un nouveau président de la République?

Malheureusement, et c’est pour cela que la journée du 19 est très importante, les choses ne se sont pas calmées. Il y a la procédure contre les municipalités ayant pris des délibérations subventionnant Laborantza Ganbara qui est toujours en cours. Il semblerait que le procureur ait terminé son enquête suite à la plainte du préfet déposée en 2005 pour usurpation du titre de Chambre d’agriculture et l’illégalité de Laborantza Ganbara ; là c’est un point important : va-t-on vers un classement ou vers une confirmation d’une instruction de justice. Récemment encore, le ministre des Finances a fait appel de la décision du Tribunal administratif de Pau par rapport aux donateurs et à la défiscalisation des dons. Donc c’est une nouvelle preuve de l’acharnement administratif qui continue dans toute sa splendeur.

Quelle est la visée de cet acharnement ? Faire peur, dissuader ? Comment l’analysez-vous ?

La visée c’est d’abord de faire sortir Laborantza Ganbara de ses propres travaux. Et donc ça occupe une bonne partie des temps et des têtes. La visée c’est que l’on ne veut pas laisser Laborantza Ganbara travailler et se développer. C’est dans ce cadre-là que Lagunak a un jeu particulièrement important à mener pour que cela soit bien l’affaire du Pays Basque.

Parmi les missions de l’association Lagunak il y a l’aide apportée à Laborantza Ganbara afin de boucler son budget, de l’ordre de 420 000 euros. Où en est-on ?

Rien dans une structure qui emploie une dizaine de salariés n’est exempt des données financières. Mais elles ne sont qu’une conséquence de la crédibilité que lui accorde l’ensemble de la population. C’est un peu ça qui est compliqué à mettre en pratique. Quand on travaille pour l’euskara, les ikastola, ça concerne la langue basque, ça concerne tout le monde. Laborantza Ganbara c’est les paysans, pourquoi Patxi Noblia s’en mêle...

Oui pourquoi ?!

[rire] Je pense qu’il en faut encore beaucoup d’autres pour que cela soit l’affaire de tous. C’est là le n¦ud de la question. Je ne suis pas un spécialiste agricole. On les voit travailler depuis des années, on sait qu’ils vont dans la bonne direction. Mais comment associer et élargir, ce qui fera que, malgré toutes les pressions administratives, s’il y a 3 000 donateurs ce sera plus facile que s’il y en a 1000...

Combien de donateurs actuellement ?

Il y a 1080 donateurs aujourd’hui. Ce qui est important. Les deux tiers sont extérieurs au monde agricole. Cela montre bien qu’il y a beaucoup de gens qui sont concernés mais cela ne suffit pas. Les gens n’ont pas des ressources illimitées et celui qui a donné deux ans ou trois ans, peut-être qu’à la quatrième il va se fatiguer. C’est indispensable et vital que cette affaire, qui est celle de tout le territoire, soit prise en compte, pas simplement par ceux qui en approuvent l’idée.

Laborantza Ganbara dépend-elle toujours de financements d’organismes du Pays Basque sud ?

C’est aussi une des originalités de Laborantza Ganbara. Le Pays Basque sud est directement partie prenante de Laborantza Ganbara, tant pour le financement que pour les locaux qui vont être inaugurés après des travaux lourds et qui sont à disposition et que Laborantza Ganbara n’aurait pu prendre à son compte. De ce côté-là, c’est le transfrontalier au quotidien. Ce qui n’est pas forcément facile, y compris dans les tâches menées par Laborantza Ganbara, tant sur le plan fromager que sur un plan de l’étude d’une diffusion des produits "qualité". Le transfrontalier c’est quelque chose de quotidien, de nécessaire, et dont Laborantza ne peut pas se passer.

Quel est votre sentiment sur le projet de la Chambre d’agriculture de Pau d’organiser en juin à Bayonne un décalque de Lurrama ?

Cela prouve bien l’impact de Laborantza Ganbara avec son initiative Lurrama qui va continuer. On peut se réjouir que l’ensemble du monde agricole essaie de se rapprocher des consommateurs, etc. On peut se lamenter que des gens qui n’ont pas de problème de budget calquent, pour faire un copier-coller d’une manifestation qui de toute façon sera traitée davantage dans un esprit de phénomène de production avec la plus grosse vache, le plus gros taureau,... et pas nécessairement de rapprocher le point de vue du consommateur avec la problématique d’une agriculture durable. C’est dommageable, c’est une rançon du succès. Je pense que Lurrama continuera de nombreuses années. Cela dit, cela montre que le boulot de Laborantza est utile. Il est curieux que cette première manifestation organisée par la Chambre ne se passe pas à Pau...

Faire en sorte que Laborantza Ganbara soit l’affaire de tous, cela veut dire quoi concrètement ?

Il faut que le 19 il y ait plus de participation que jamais, des élus, d’acteurs de l’ensemble du Pays Basque. C’est préparer des lendemains pas forcément faciles sur lesquels la légitimité devra s’arracher, y compris devant le tribunal, pour que l’administration laisse en paix Laborantza Ganbara et le boulot qu’elle réalise. Parce que c’est important pour donner un avenir à l’ensemble du Pays Basque intérieur qui est le socle d’Iparralde tant dans le domaine socioculturel que dans d’autres domaines. Dans ce domaine-là on ne peut faire l’économie d’une présence massive, pour participer joyeusement, pacifiquement, civilement à la confirmation de l’importance de Laborantza Ganbara.


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