A Bordeaux, des médecins et psychiatres au chevet de sportifs en difficulté
·Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les sportifs, professionnels comme amateurs, ne sont pas à l’abri de la dépression
Stress de la performance, obsession du corps, dépendance face aux produits dopants, dépression en fin de carrière : des médecins et psychiatres tentent, au sein d’un centre rattaché au CHU de Bordeaux, d’aider les sportifs "malades" de leur activité physique.
Créé en 2001 et coordonné par un ancien rugbyman du XV de France, le Dr Serge Simon, le Centre d’accompagnement et de prévention pour les sportifs (CAPS), composé de médecins, de deux psychiatres et d’une psychologue, est à ce jour le seul en France à prendre en charge les sportifs en difficulté. Athlètes de haut niveau, parfois champions dans leur catégorie, étudiants inscrits dans les CREPS (centres régionaux d’éducation physique et sportive), mais aussi sportifs "de loisir" : tous peuvent développer des pathologies, certaines au péril de leur vie, explique Sabine Afflelou, psychiatre au CAPS. Les plus jeunes patients ont une dizaine d’années. Loin de leur famille et soumis dans leurs clubs à des entraînements intensifs, certains ne supportent plus les contraintes. "Il faut alors comprendre si c’est le projet de l’enfant ou de l’entourage familial pour mettre en place une thérapie adaptée", détaille le psychiatre Eric Mangon.
Les sports à contrainte pondérale ou esthétique, comme le judo, la danse, la gym ou l’équitation, entraînent parfois chez les sportifs des troubles alimentaires qui peuvent aller jusqu’à mettre en jeu le pronostic vital, ajoutent les spécialistes. Dans d’autres sports, comme le cyclisme ou le culturisme, où peut exister l’usage de substances dopantes ou d’anabolisants favorisant la prise de muscles et la performance, l’athlète peut aussi développer une relation de dépendance problématique pour sa santé. "Il y a encore dix ans, on disait que la pratique d’un sport protégeait de la consommation de produits. Aujourd’hui, non seulement on a compris que cela ne protège pas mais qu’en plus, le sport à haute dose peut rendre plus vulnérable face à l’usage de produits psycho-actifs", estime le Dr Mangon.
Dans une société où le sportif a gagné sa place de demi-dieu invulnérable, les spécialistes du CAPS tentent d’instaurer un rapport de confiance avec leurs patients, qui ont parfois du mal à dévoiler leurs fêlures. "Nous ne rendons de compte ni aux entraîneurs ni à la justice", soulignent-ils.
Dépression fréquente
Les cas de dépression sont fréquents, notamment en raison du surentraînement, de la mauvaise gestion d’échecs ou de périodes d’arrêt liées à des blessures, ou encore lorsqu’il faut tirer un trait sur sa carrière et trouver comment combler le vide. Les médecins proposent alors des outils thérapeutiques adaptés à chacun: psychothérapie, techniques de relaxation, hypnose, thérapies familiales...
Pierre Roussarie, 27 ans, ancien rugbyman professionnel, se rend toutes les semaines depuis plus d’un an au CAPS. "En 2004, j’ai signé un contrat en Pro D2 à Montauban. J’étais nouveau au club, il y avait beaucoup de concurrents... J’étais amoindri psychologiquement, j’avais des problèmes de récupération après les matchs, je ne dormais pas bien la nuit", confie-t-il. "J’ai commencé à gamberger et je crois que j’ai commencé à faire une dépression. En avril 2005, je me suis mis en arrêt maladie", poursuit-il. Mis en contact avec le CAPS, il débute des entretiens avec l’équipe médicale. "ça va beaucoup mieux aujourd’hui", estime-t-il. Pierre Roussarie a repris l’entraînement il y a quatre mois et il va bientôt rejouer en amateur, "mais je veux redevenir professionnel", affirme le rugbyman.
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