"Aujourd’hui, ils ont mal au ventre car, du fait de notre démarche, ils doivent payer le lait plus cher à tout le monde". C’est ainsi que les anciens producteurs de lait de vache de Berria-Onetik s’expliquent le comportement de leur ex-coopérative. En attendant, ce sont leurs porte-monnaie qui souffrent puisque la laiterie de Macaye a décidé de ne pas payer leurs livraisons de lait du mois de novembre. La direction, qui n’était pas joignable hier, leur aurait expliqué par courrier, que leur départ de Berria constituait une rupture de contrat et qu’à ce titre ils devaient s’acquitter de pénalités qui, pour la plupart d’entre eux, sont supérieures au montant de leur paye de novembre. Les "dettes" des éleveurs vont de 4000 à 24000 euros."Nous n’avons jamais signé aucun contrat avec Berria-Onetik. Nous ne sommes donc en aucun cas des coopérateurs", ont affirmé hier les producteurs ayant convoqué la presse. Ils sont une quinzaine à avoir quitté la coopérative de Macaye au 30 novembre dernier après plusieurs mois de discussion pour obtenir une revalorisation du prix du lait.
Comme leurs homologues d’autres laiteries (lire ci-contre), les producteurs avaient dénoncé le fait que Berria vende une bonne partie de son lait sur le marché espagnol, bien plus rémunérateur, sans en faire bénéficier les éleveurs. "L’an dernier, ils nous achetaient le lait à 240 euros la tonne pour le revendre en l’état à 350 €/T en Pays Basque sud", a lancé hier Mizel Etcheberry, l’un des producteurs concernés.
Les menaces de fronde d’une cinquantaine d’agriculteurs du Pays Basque nord avaient amené les laiteries à revoir leur prix à la hausse. Ainsi, Berria-Onetik a payé ses producteurs 370 €/T pour le mois de novembre dernier soit une augmentation spectaculaire de 54% du prix. Dans le même temps, le Pays Basque sud et l’Espagne qui manquent aussi de lait, ont passé la barre des 400€. Ainsi avec leur nouvelle organisation, les éleveurs qui vendent désormais leur lait en Navarre, bénéficient d’un prix de 405€/T.
"Nous avons tous informé individuellement Berria que nous ne lui livrerions plus le lait à partir du 1er décembre. Aujourd’hui, la direction fait sa propre justice. Sans notre accord, ce procédé est illégal", a indiqué Jean Mollon, autre producteur concerné. Les éleveurs ont fait appel à un avocat pour répondre juridiquement à l’action de leur ancienne laiterie.
"On nous a dit que nous étions des agitateurs. Or nous avons tenté de discuter à plusieurs reprises avec la direction qui nous a toujours répondu par le mépris", ont déclaré les ex-Berria.
Ils ont appelé les syndicats agricoles à se solidariser de leur situation et appelé à un rassemblement devant la coopérative mardi à 10h, jour où le conseil d’administration les a convoqués.
L’entreprise navarraise Goshua achète
C’est l’entreprise navarraise Goshua d’Iraizotz (vallée d’Ultzama en Navarre) qui achète désormais le lait des producteurs s’étant lancés dans l’aventure indépendante. Ce n’est pas moins de 20 éleveurs livrant auparavant à Berria ou Danone qui se sont joints aux 18 producteurs de la Coopérative Laitière du Pays Basque, prêts eux aussi à sauter le pas de la vente de lait en Pays Basque sud. Finalement, cette dernière structure a fédéré l’ensemble du groupe et négocié la vente du lait à Goshua.
Les premières négociations engagées avec Iparlat et sa filiale Kaiku (Gipuzkoa) n’ont pu aboutir, une entreprise de collecte d’Ayherre, le GIE Haize Hegoa ayant un contrat d’exclusivité avec l’industriel basque. Des discussions avec des laiteries du Pays Basque nord n’ont pas été plus prolifiques.
Même si Goshua était prête à s’engager pour trois ans avec les producteurs du Pays Basque nord, la CLPB a préféré "jouer la prudence" en signant un contrat d’un an renouvelable. Plus de sept millions de litres de lait vont ainsi être vendus.
L’entreprise Goshua, au chiffre d’affaires de 11 millions d’euros, est spécialisée dans la production de desserts lactés haut de gamme.