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Le JPB > Sujet à la une 2007-12-28
Et le calendrier basque fut
·Depuis 25 ans, le calendrier des ikastola est source d’inspiration pour les prénoms basques

Rares sont ceux qui n’ont pas cherché un prénom en basque à leur enfant dans le calendrier de Seaska. C’est devenu une institution. Chaque parent d’enfant scolarisé dans une ikastola a son lot de calendriers à vendre à son entourage. Lors de la foire de Durango, le stand de Seaska dont c’est la tâche quasiment exclusive en vend comme des petits pains. Il n’en a pas toujours été ainsi. Le calendrier de Seaska a aussi une histoire. D’un quart de siècle.

Trouver 365 noms basques (le calendrier de Seaska en propose même deux pour chaque jour) et les disposer sur 12 mois n’a pas été une mince affaire. Un exercice qui suppose une part d’arbitraire, avant que le temps et les usages ne parviennent à en faire une référence cela ne marche pas toujours (lire ci-dessous). C’est le réfugié basque José Muruaga et feu l’historien Manex Goyenetche qui se sont attelés à la tâche il y a 25 ans.

J.Muruaga rappelle que durant les années 70 Seaska éditait un calendrier, déjà aux couleurs blanches, rouges et vertes, avec un certain succès au Pays Basque sud plongé dans la nuit franquiste. Le succès déclinant, avec la fin de l’interdit des couleurs du drapeau basque, l’idée germe en 1981 de créer un calendrier avec des noms basques. "Avec Xan Coscarat [alors responsable de Seaska] on propose de l’éditer dans l’imprimerie Mugalde à Hendaye dans laquelle je travaillais, à charge pour Seaska alors dans une situation financière difficile de ne payer que l’encre et le papier." C’est l’époque des soirées encartage avec des parents très militants. En 1982 le premier calendrier, tel que nous le connaissons aujourd’hui, voit le jour. Et devient source de revenu non négligeable pour les écoles associatives en langue basque.

40000 exemplaires

Le calendrier 2008 a été édité à 40000 exemplaires. Il s’en vend une vingtaine de milliers au Pays Basque nord et une dizaine de milliers au Pays Basque sud. Xabier Gutierrez, en charge de la diffusion outre-Bidassoa précise que les ventes en Navarre se font au profit des ikastola navarraises, tandis que celles réalisées dans la Communauté autonome basque bénéficient à celles de Navarre et d’Iparralde.

On trouve dans ce calendrier des prénoms de saints, des prénoms basquisés, des prénoms inventés (dont ceux de Sabino Arana et Koldo Elizalde comme Koldo ou Iñaki, ou celui créé par Augustin Chaho au milieu du XIXe siècle Aitor, présumé patriarche de tous les Basques), des noms de lieux (paroisses ou communes), des noms de génies païens (comme Heren, Maia ou Mari), de la tradition mythologique (comme ceux répertoriés par J.M. Barandiaran comme Leize, Lur, Sugar,...), des surnoms d’hommes célèbres (comme Xalbador, Bordaxuri, Iratzeder ou Etxaun pour les artistes locaux, ou encore Aitzol prêtre et idéologue du PNV fusillé par les franquistes en 1936),...

Un calendrier artificiel? Pas plus que les autres. Ce n’est en tout cas pas la simple traduction du martyrologe français ou espagnol. Jose Muruaga souligne que les listes calendaires des saints en français et en castillan ne sont communes qu’à 50%; "pensez donc celui des Irlandais qui est plus ancien!". En outre, les calendriers français et espagnol ont souvent le même saint, mais à des dates différentes.

Il a fallu faire preuve d’imagination. La plupart des fêtes religieuses ont été retenues (Omiasaindu le 1er novembre, Eguberri pour le 25 décembre,...). Les jours fériés de France et d’Espagne sont aussi soulignés par une couleur différente (14 juillet, 8 mai,... 6 décembre pour la Constitution espagnole et 8 décembre pour l’Immaculée conception). Idem pour le 25 juillet (St-Jacques) férié en Araba, et le 31 juillet (Iñaki, de Loyola) pour le Gipuzkoa et la Biscaye, ou le 3 décembre (Xabier) en Navarre. Des dates politiques basques sont aussi mises en exergue comme le 26 avril Gernika (jour du bombardement), ou l’Aberri eguna le 23 mars (pour 2008). Ou emblématiques comme le 7 juillet qui propose Fermin et Iruña.

L’Euskaltzaindia s’en agace

J.Muruaga explique qu’avec Manex Goyeneche ils se sont appuyés sur le recueil de prénoms basques constitué par l’académicien basque Jose Maria Satrustegi Euskal izendegia pour le compte de l’Académie de la langue basque en 1972 (lui-même basé sur la première nomenclature publiée en 1966). Puis pour affecter une date à un prénom, ils se sont intéressés au jour de fête du prénom porté par une commune comme Begoña, Itziar, Nagore,... Pour cette dernière commune navarraise par exemple, la fête patronale est fixée le premier dimanche de janvier. En 1982 c’était le 6. Nagore est donc resté à cette date les années suivantes aujourd’hui il n’y est plus, le calendrier ayant avec le temps connu quelques modifications et apparitions/disparitions de prénoms. Quand ce ne sont pas les fêtes patronales, c’est le jour où l’on fête la vierge Marie qui est retenu. Le prénom inventé par le très républicain Chaho, Aitor a lui été attribué au 28 février, car c’est à cette date (en 1966) que le prénom est admis par les autorités espagnoles.

Dès lors, affirmer comme Henrike Knörr, de l’Euskaltzaindia, dans sa préface à la somme qui fait désormais référence pour les noms basque Euskal izendegia (2001), qu’il est "regrettable que certaines entités basques, comme Seaska (c’est faux : l’orthographe exige Sehaska, avec h), aient distribué des listes élaborées sans le moindre critère", est quelque peu abusif ce même H. Knörr fusille dans la foulée le Dictionnaire de prénoms basques (Baiona 1999), de Xarles Videgain. Une charge que J.Muruaga analyse comme provenant d’un organe fortement teinté de culture religieuse, et pas forcément heureux de voir les noms de saints ainsi bousculés.

Gexan Alfaro a également participé à l’élaboration finale, "pour les derniers coups d’¦il" et remplir les quelques jours restés vierges. Il se souvient notamment d’avoir proposé le prénom Amaiur, qui était porté pour la première fois au Pays Basque nord par son fils né 10 ans plus tôt. "L’idée était de créer un calendrier populaire avec des noms basques face à celui de l’église." Pour laïc qu’il soit, le calendrier se cale néanmoins sur des usages forgés notamment par la religion. Et se retrouve aujourd’hui dans nombre de foyers et commerces, sans que l’on ne soupçonne plus l’intense bricolage dont il fut l’objet.



L’éphémère calendrier révolutionnaire basque
C’est le charme des révolutions. On débaptise et rebaptise à tour de bras. En novembre 1793, la Convention publie le calendrier révolutionnaire français ou calendrier républicain, en lieu et place du calendrier grégorien par trop lié à l’ancien régime. Il sera utilisé jusqu’au 1er janvier 1806 (et brièvement remis au goût du jour par la Commune de Paris). La nouvelle désignation, très naturaliste, est l’¦uvre du poète François Fabre d’Églantine (l’auteur de Il pleut, il pleut, bergère). Elle est traduite en basque par un notable de Mauléon, Arnis, qui fut secrétaire du conseil municipal.

Les semaines furent portées à dix jours : primidi, duodi, tridi,... traduits par legun [contraction de lehen egun], bigun [bigarren egun], higun, logun, bogun,... Les semaines sont désormais des décades (hamarte en euskara). Les mois, composés de trois décades, reçoivent des noms évoquant des saisons : vendémiaire (mahaxte), brumaire (lanote), frimaire (içozte), nivôse (elhurcor), pluviôse (eouricor), ventôse (aycecor), germinal (sapadun), floréal (lilidun), prairial (belhardun), messidor (bihilis), thermidor (berolis) et fructidor (frutilis). Au 12e mois, les révolutionnaires avaient ajouté 5 jours complémentaires (bethagail-egunak).

Thermopyles et Marat sur Nive

L’audace symbolique ne se limita pas au calendrier, et nombre de communes furent également rebaptisées en 1793, pour un temps plus bref encore. Arcangues devint Constante, Bayonne Port-de-la-Montagne (comme Toulon), Cambo La-Montagne, Itxassou L’Union, Louhossoa Montagne-sur-Nive, St-Etienne-de-Baigorry Thermopyles (en raison de la configuration géographique de deux lieux où se livrèrent des batailles victorieuses), St-Jean-de-Luz Chauvin-Dragon (du nom d’un soldat mort dans une bataille révolutionnaire), St-Esprit Jean-Jacques Rousseau, St-Jean-Pied-de-Port Nive-Franche, St-Jean-le-Vieux Vieux-d’Oizellon, St-Martin-d’Arrossa Grand-Pont, St-Michel Nive-Montagne, St-Palais Mont-Bidouze, St-Pée Beaugard, Sare La-Palombière, Urcuit Le Laurier, Urt Liberté, Ustaritz Marat-sur-Nive, Villefranque Tricolore. A noter que des communes furent affublées de noms en basque comme Ainhoa en Mendiarte, et Souraide en Mendialde.


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