 |
|
 |
 |
 |
Daniel OLÇOMENDY / Président de LEIA
«La population a viscéralement répondu à une agression»
 |
Leia fêtera dimanche à Ispoure l’abandon du projet de route Pampelune-Salies de Béarn. A la veille de ce rendez-vous festif et décontracté (salle Faustin Bentaberry à Ispoure, repas s’inscrire au 05-59-37-38-74, diaporama, prises de parole, concert, talo), l’association bas-navarraise, par la voix de son président Daniel Olçomendy, tire le bilan de cette lutte historique pour ce territoire rural.
Leia fait la fête dimanche. Cette fois vous estimez que la victoire est acquise ?
Dire qu’une victoire est définitivement acquise n’est jamais simple. En tout cas, nous avions exigé deux conditions pour pouvoir croire aux paroles de Jean-Jacques Lasserre. D’abord, un vote du Conseil général. La commission permanente a voté un texte évoquant la résiliation de la convention de coopération avec le gouvernement de Navarre. Cela nous satisfait. Par ailleurs, comme nous le voulions aussi, le gouvernement de Navarre a confirmé l’abandon de la transnavarraise. On peut donc considérer qu’une lutte se termine.
La Navarre semble tenir à ce projet, cela ne vous inquiète-t-il pas ?
La Navarre ne pourra rien imposer. Au niveau du Conseil général, les promoteurs du projet avaient décidé de sacrifier ce territoire pour des intérêts qui n’y étaient pas liés. Le fait que ce territoire se soit affirmé aussi fortement et avec autant de conviction rend très compliqué, même pour la Navarre, de trouver des partenaires politiques ici.
Donc pas d’autoroute qui arriverait à Valcarlos...
La Navarre a confirmé par la voix de Laura Alba (ministre des infrastructures) que ce type de projet n’avait aucun sens Œs’il n’y avait pas de continuité dans le pays voisin’. C’est un projet global partant de Pampelune à Salies avec pour maître d’ouvrage le Conseil général qui tombe à zéro.
Pensez-vous être à l’origine de l’abandon de ce projet lancé il y a déjà dix ans ?
Lorsque l’on entend M. Lasserre dire que ce sont des problèmes financiers de partenariats avec l’Etat et la région qui ont conduit à l’abandon du projet, c’est difficilement concevable dans la mesure où ces deux partenaires avaient dit depuis le début qu’ils ne mettraient pas un euro dans ce projet. Cet argument est donc faux. C’est donc la mobilisation massive des élus et de tout un territoire qui a fait flancher les promoteurs du projet.
L’opposition a gagné des franges de la population peu habituées à se mobiliser habituellement. Comment l’expliquez-vous ?
Il n’y a pas de recette. Il y a eu une conjoncture d’éléments et un effet synergique. La première situation était caricaturale : la Navarre disait clair et vrai en parlant dès 1998 d’axe international. Ici, le Conseil général déguisait au fur et à mesure le projet de façon caricaturale. La population, dont une partie a eu là l’occasion de rentrer dans le militantisme, a viscéralement répondu à cette agression. Une politique menée comme il y a 30 ans, c’était trop. Il était inenvisageable de passer sur un territoire où 83% des communes de Basse-Navarre avaient refusé ce projet. Au travers de la transnavarraise, toute la Basse-Navarre s’est retrouvée, avec des gens qui avaient l’habitude de lutter, d’autres qui luttaient pour la première fois. Les différentes sensibilités politiques et syndicales se sont également unies. Tout cela a fait que la mobilisation a été massive. Les étiquettes sont tombées et c’est le fond qui a été analysé, à savoir si la Basse-Navarre avait besoin de ce projet pour son développement. Une question toujours occultée par les promoteurs qui partaient du postulat qu’il fallait, juste parce qu’eux voulaient. Or, ça ne se passe pas comme ça. La population et les élus locaux veulent prendre part à leur développement, c’est légitime.
Quels enseignements tirez-vous de cette longue lutte ?
D’abord qu’une mobilisation exemplaire peut contrer le fatalisme ambiant qui dit que les choses sont faites et que l’on n’y peut rien. Notre lutte a montré que l’avenir est entre nos mains et que l’on peut décider pour demain. L’engagement est important. Ensuite, et c’est l’enseignement le plus douloureux, nous avons vu que des responsables politiques ainsi que des structures publiques censées être au service de la population sont capables de sacrifier un territoire parce que les promoteurs du projet sont le pouvoir.
Vous visez les responsables du Conseil général ?
Oui aussi. La démocratie semble malade puisque sur 52 conseillers généraux, il y avait deux acharnés: Jean-Jacques Lasserre et Barthélémy Aguerre dont tout le projet semblait dépendre. C’est inquiétant par rapport à d’autres dossiers moins suivis par la population. Et puis, il y a eu leurs relais. Nous avons eu des difficultés à diffuser l’information dans la presse écrite et dans les radios. C’est là un enseignement personnel. Le monde militant est peut-être habitué à ce principe. Mais les nouveaux militants ont pu se rendre compte des rouages de ce type de fonctionnement. Enfin, je n’oublie pas les coups bas, les menaces, les tentatives de diabolisation, qui ne laissent pas les personnes indemnes. On peut être à col blanc et avoir des comportements extrêmement limites.
Une conséquence de cet abandon ne risque-t-elle pas d’être, par exemple, que l’amélioration des routes existantes ne se fera pas ?
Il ne faudrait pas tomber dans le chantage, qui a été l’un des arguments utilisés dans le projet, du Œd’accord pour la déviation de St-Jean-Pied-de-Port, à condition que cela soit la transnavarraise’. Ce serait inacceptable. Sereinement, les volontés locales doivent prendre les choses en main. Tout le monde sait que cette déviation est nécessaire mais elle doit répondre à un besoin urgent et local et non à une demande internationale et à long terme.
Que deviendra désormais Leia ?
L’expérience acquise depuis dix ans montre que la vigilance est de rigueur. Aujourd’hui, une grande bataille a été gagnée. Leia n’a pas vocation à disparaître pour autant. Elle va juste souffler un petit peu.
Comment se déroulera la journée de dimanche ?
C’est l’occasion de se retrouver dans un moment positif. En effet, le moral n’a pas toujours été au beau fixe durant la lutte. Avec tous ceux qui ont toujours cru à notre mobilisation et qui l’ont portée, nous avons envie que toute la Basse-Navarre se retrouve dans une ambiance festive. On rappellera les grands moments de ces dix années d’une lutte historique qui a marqué les esprits et qui donnera, j’espère, de la motivation pour les luttes en cours et à venir.
|
|
|
|
|  |
|
 |
 |
 |
|