Un marivaudage qui peut séduire ou irriter
Écrit, joué et réalisé par le jeune Emmanuel Mouret, Un baiser s’il vous plaît est un objet cinématographique ouvertement littéraire, un marivaudage stylisé à l’univers très "Paris rive droite" et aux dialogues artificiels, qui peut séduire ou irriter. Après avoir été projeté au dernier Festival de Venise dans la section parallèle Giornate degli autori, Un baiser s’il vous plaît est à l’affiche du cinéma l’Atalante de Bayonne et le sera prochainement au Royal de Biarritz. La Parisienne Emilie (Julie Gayet) part pour deux jours de travail à Nantes, où elle passe la soirée avec Gabriel (Michaël Cohen), rencontré par hasard. Après un bon dîner, Gabriel raccompagne Emilie à son hôtel et en guise de "dernier souvenir", tente de l’embrasser, mais celle-ci se rétracte : selon elle il n’est pas de baiser innocent, sans conséquences. A l’appui de sa thèse, Emilie raconte alors la mésaventure vécue par son amie Julie (Virginie Ledoyen), heureuse épouse de Claudio (Stefano Accorsi). Pleine de compassion pour la solitude affective de son meilleur ami Nicolas (Emmanuel Mouret), Julie avait consenti à lui donner des baisers qui devaient rester "sans conséquences"... mais rien ne s’est passé comme prévu. Comme à son habitude, Emmanuel Mouret, âgé de 37 ans, joue dans le quatrième long-métrage qu’il a écrit et réalisé, après Laissons Lucie faire (2000), Vénus et Fleur et Changement d’adresse ces deux derniers ont été projetés à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, respectivement en 2004 et 2006. Choyé par la critique cinéphile qui voit en lui l’héritier d’Eric Rohmer et de Sacha Guitry, il soigne particulièrement ses dialogues, très écrits. Dans Un baiser s’il vous plaît, une Virginie Ledoyen affublée des attributs de la parfaite bourgeoise parisienne très "rive droite" collier de perles, jupes droites et pulls en cachemire vit dans le confort d’un grand appartement parquets cirés, hauts plafonds, moulures... Curieusement, tous les personnages du film sont des trentenaires qui adoptent des codes vestimentaires, une diction, un vocabulaire et des rites bourgeois assez vieux jeu, qui pourraient être ceux de leurs parents âgés. Ainsi lorsque Nicolas, le professeur de mathématiques un peu nigaud joué par Emmanuel Mouret, explique à Julie, sa meilleure amie, qu’il aimerait faire l’amour avec elle, il use une périphrase semée d’allitérations : "Quand deux physiques s’affectionnent physiquement entre eux". "Il existe une sorte d’infirmière pour soigner le mal dont tu souffres. J’ai vu un reportage à la télévision qui montrait comment cela se faisait aujourd’hui", lui répond Julie. Traduction : elle lui suggère de voir une prostituée. Ces dialogues foisonnant d’adverbes et de tournures alambiquées, peuvent au choix, séduire, faire sourire ou irriter fortement, tout comme le film lui-même, que certains trouveront original et stylisé, tandis que d’autres s’ennuieront ferme.
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