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Le JPB > Culture 2007-12-27
Joyeux Nolwenn
·Nolwenn Lange expose au Marinela kafé de Ciboure des "Nénettes" qui lui permettent d’associer peinture et stylisme

La voie est bouchée, mais les murs sont libres. Ce genre de constat, par les temps qui courent, peut encore sortir l’artiste de l’impasse. Des bagages en veux-tu en voilà, de cours d’art en école de stylisme, Nolwenn Lange ne sait plus très bien où les poser. Elle aimerait bien "poser les choses" ou se "lancer dans la voie artistique". Ce qu’elle fait du reste depuis toujours, mais à l’heure où d’autres sont censés travailler plus pour gagner plus, elle "fait des fringues pour les copines" et pointe au RMI. Voie de garage si ce ne sont ces murs libres et cette "envie de se marrer" qui l’animent. Jusqu’à la fin du mois de janvier, elle a pris possession du Marinela Kafé à Ciboure, avec un grand sourire, beaucoup de couleurs et d’ironie. Dans l’ombre des circuits de l’art, elle épouse idéalement un lieu baroque, passablement nostalgique des années soixante-dix saturées de couleurs, pour laisser exploser un trop plein d’humour et délier sa créativité. Un jeu de pleins et de déliés qui donne forme à des "nénettes", genre de poupées effrontées qui prennent des poses de défi dans la séduction, et se prennent pour des top-modèles. A juste titre.

Car ces pépettes semblables, qui paraissent nées dans la rue sous l’aérographe de quelque graffeur au style sûr, sont les mannequins idéals de Nolwenn. Une véritable petite armée citadine, qu’il faut habiller, coiffer, et faire défiler dans une esthétique choisie, pour que chacune dans son genre devienne une icône parfaite. Arrogantes ces nénettes qui en mettent plein les yeux sur les murs déjà copieusement chargés du Marinela kafé. Elles sont peintes à la main, certes, mais pour ne pas qu’elles pèchent par orgueil, Nolwenn les a privées de regard."Normal, dit-elle, elles n’ont pas d’âme".Sans miroir d’âme, elles reflètent pourtant toute la créativité de leur génitrice qui les habille d’étoffes rares, récupération de bric, de broc et de l’air du temps, comme un écho tendance à une industrialisation maudite.Pour les fringues comme pour ses "nénettes", Nolwenn veut faire ŒChic and cheap’, artisanal et pas cher, à la main et accessible à tous.C’est joyeux et généreux comme Noël.

Mythique

Ainsi, cette imposante Nénette afro, qui, sur deux mètres, a été créée spécialement pour occuper l’imposant mur blanc du lieu.Sévèrement lookée seventies, elle arbore dans le déhanché une robe Paco Rabanne, la mythique, avec rondelles de métal sorties d’une usine, mousse expansive pour les cheveux crépus sur un fond orange jaune marron et bleu qui dessine les sphères des tapisseries d’antan. Presque un cliché dans la perfection.Du reste, chaque petit tableau illustre un cliché stylisé.Comme cette Madame, en bustier cuir cousu main, coiffure peinte années 20 qui semble faire corps avec la tapisserie d’époque, peinte également.Même les cales des chaises qui servent de cadre semblent refléter les années folles sur un faux air de Charleston.

Parfois, les petites égéries dessinées évoquent le monde de la BD, comme cette Manga aux cheveux orange qui semblent articulés.Parfois on voyage, en Afrique noire, cheveux tricotés, collier fait de canettes, robe en raphia, fond de zébrure peint, ou en Inde, cheveux bleus, mèches qui dessinent la stratosphère, sari de cuir décoré et les mêmes petites rondelles de métal qui cette fois servent de cadre.On est dans la récup’ jusqu’au coup, avec une autre Indienne, cette fois d’Amérique, et son collier de graines, roulée dans des plumes de faisan et des feuilles de l’automne qui débordent du cadre.

Nolwenn, de son aveu, "stocke tout", comme ces graines qu’elle collectionne depuis des années et qui dormaient dans des tiroirs, dans un appartement de Ciboure, non loin de là.A 27 ans, au sens propre comme figuré, Nolwenn vide son sac, ses tiroirs et ses nombreux bidouillages artistiques qu’elle fait jongler sans un effort dans un mélange de matières, une esthétique tranchée, et une démarche qui se joue de l’air du temps et des cultures urbaines. Avec en prime un regard malicieux et déterminé qui dit l’ironie de ces nénettes, de ces clichés malléables à merci, dérisoires, à l’heure où d’autres top-modèles se prennent à fricoter en politique.Des nénettes qui ne prennent ni la route des défilés, ni celle des galeries, mais qui croient aux "réseaux" et n’ont pas peur des murs mauves ni des mobiliers kitsch pour s’exposer.

Sans doute ont-elles trop douté pour ne pas être désormais assurées."On m’a tellement prévenue que j’allais galérer" dit Nolwenn."Mais je ne vois pas comment m’épanouir autrement".Parole de Nénette.


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