Ce que la transnavarraise ne détruira pas
·Euskal Herriko Laborantza Ganbara a fait le point sur les conséquences du projet du Conseil Général sur l’agriculture locale. Elle prend acte du retrait du projet, mais souhaite la confirmation par un vote de l’assemblée
Euskal Herriko Laborantza Ganbara vient d’établir dans un dossier fourni, le diagnostic des répercussions du projet de la transnavarraise sur l’agriculture des territoires traversés. L’institution agricole estime que la décision du président du Conseil Général d’abandonner le projet est "raisonnable et conforme au souhait maintes fois et massivement exprimé par les habitants de Basse-Navarre, conforme aussi à la prise de conscience croissante à l’égard de l’environnement et de la nécessité absolue de réduire les flux de marchandises par la route". Cependant, elle estime que le retrait du projet passe nécessairement par un vote du Conseil Général. "C’est un vote des conseillers généraux qui a ouvert ce dossier, c’est donc un vote qui doit le clore" a souligné Michel Berhocoirigoin président de la chambre, "sans quoi le doute sur les réelles intentions est légitime" a-t-il ajouté.
La décision du président du Conseil Général est arrivée alors que Laborantza Ganbara finalisait l’étude sur les conséquences de cette infrastructure routière. "C’est après avoir annoncé l’arrêt du projet 2x2 voies que le Conseil Général a présenté le projet de 2x1 voie avec créneau de dépassement sur le même site que le précédent. Projet qui a suscité une opposition encore plus forte qu’auparavant de la part de la société". C’est donc à la demande de LEIA, association opposée au projet, que Laborantza Ganbara s’est saisie du dossier et a réalisé cette nouvelle étude afin d’appréhender les conséquences qu’entraînerait le projet routier sur l’agriculture et tout particulièrement au niveau des exploitations agricoles.
Une étude qui représente selon Berhocoirigoin "le respect minimum que l’on doit aux gens concernés quand on décide de créer de toutes pièces sur leur foncier une infrastructure de ce type". "Prétendre servir ce territoire et ne pas traiter cette question aurait été tout à fait anormal" d’après lui, qui estime qu’il appartenait au Conseil Général de faire cette étude. Un document qui garde toute sa valeur, malgré l’annonce de retrait du projet.
152 agriculteurs touchés
La photographie générale des impacts agricoles de la transnavarraise est "très préoccupante" selon l’étude. La nouvelle tranchée pourrait représenter jusqu’à 30 km avec au moins 430 parcelles touchées et 152 exploitations qui seraient directement amputées. De nombreuses autres exploitations auraient des terres des deux côtés de l’axe routier avec toutes les conséquences que cela entraîne, avec impossibilité de traverser la route avec les engins et le bétail en dehors des passages précis et autorisés.
"Notre étude a mis en lumière la crainte et la gravité de ce projet, telles qu’elles sont vécues par les agriculteurs de Basse-Navarre. La transnavarraise représente une atteinte très forte, voire un effondrement pour ces paysans qui ont exprimé leur engagement et leur volonté de continuer à exercer leur métier" remarque le président de la chambre. "L’agriculture reste le secteur phare de Basse-Navarre, une activité dynamique portée par des exploitants jeunes. Ce n’est donc pas un hasard si 19 communes sur 23 traversées se sont exprimées contre le projet de 2x1 voie avec créneau de dépassement".
Le document recueille des témoignages d’agriculteurs concernés par le passage de la route en se faisant l’écho de leurs craintes. L’isolement des parcelles déjà très morcelées, la perte de surface, l’insécurité, la non-pérennité de l’activité, le travail avec les voisins, le stress des bêtes, la pénibilité et la difficulté de l’activité d’accueil sont mis en avant. Les agriculteurs estiment que la route portera atteinte à la qualité de vie, remet en cause la viabilité économique, la transmission et même la qualité des produits. Le rapport fait état aussi des conséquences environnementales du projet routier dans le paysage montagnard avec la présence de fortes pentes et de rivières le long du tracé. "La capacité de dispersion des oxydes d’azote, des particules à métaux lourds émis par les 9 130 véhicules journaliers, dont 1 700 poids lourds, serait très faible" souligne le diagnostic s’interrogeant sur les effets des sur les vignes et les fourrages.
Faire vivre le pays
Laborantza Ganbara estime que le refus d’un axe routier à grand gabarit n’a pas été l’expression d’un conservatisme ou du refus d’un développement. "Les acteurs de ce territoire démontrent tous les jours leur volonté de faire vivre ce pays dans le cadre d’un développement conçu d’abord pour les besoins de ce pays ; c’est la condition des relations équilibrées avec les autres territoires. C’est la nécessité d’améliorer le réseau routier du Pays Basque avec une finalité de cohérence territoriale".
Laborantza Ganbara rappelle également que les études réalisées dans d’autres régions de France et d’Europe mettent en évidence que les économies locales sont beaucoup plus liées aux dynamiques locales "plutôt qu’aux grandes infrastructures routières, et que celles-ci avaient même pour conséquences de vider les territoires situés entre les pôles reliés par l’axe routier".
Raison pour laquelle la chambre s’était opposée au projet de 2x2 voies en 2005 et elle se dit opposée à la 2x1 avec créneau de dépassement aujourd’hui.
Pour un réseau routier de qualité
Après dix ans de débat, Laborantza Ganbara souligne le besoin d’aménager la RD 933 en accord avec les besoins locaux de déplacement en Pays Basque intérieur et de relations de voisinage avec la Navarre. Ainsi, elle propose la réhabilitation du réseau secondaire existant dont celui liant la Navarre à la Basse-Navarre. Il s’agit de l’aménagement de la RD 58 vers le col d’Urkiaga ou la RD 949 vers le col d’Izpegi.
Laborantza Ganbara propose de réfléchir à un système de transport en commun aux portes du BAB et repenser le service ferroviaire Garazi-Bayonne avec des horaires adaptés aux besoins de ceux qui travaillent sur la côte.
Pour améliorer la cohésion du Pays Basque et rapprocher la Soule des deux autres provinces, l’aménagement d’une transversale Saint-Jean-de-Luz, Saint-Pée, Cambo, Hasparren, St-Pée, Mauléon, Tardets, afin d’établir une meilleure liaison entre l’intérieur et la côte. De même la nécessité d’un maillage du territoire en améliorant les différentes routes (Saint-Palais -Iholdy et Saint-Palais - Hasparren) pour favoriser un développement économique équilibré et durable sur le territoire.
Enfin, Laborantza Ganbara préconise le contournement des bourgs centres pour ceux qui manifestent cette volonté, en particulier le contournement de Saint-Jean-Pied-de-Port dont l’utilité publique dépasse la commune même. "Il est urgent d’agir, plus l’on tardera plus ce sera difficile et coûteux" souligne Michel Berhocoirigoin qui souhaite que ce projet de contournement soit déconnecté du projet de transnavarraise. "Il est urgent de faire de ce contournement une priorité, mais dans une configuration adaptée aux axes routiers actuels et aux besoins de la population".
"Le Pays Basque intérieur doit se doter d’un réseau routier de qualité qui correspond à ses besoins. Il faut engager le dialogue avec la population et ses représentants. Il serait malvenu et inacceptable que le Conseil Général conclut que parce que l’on n’a pas voulu la transnavarraise, on n’aurait donc rien", termine le rapport.
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