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Le JPB > Culture 2007-12-12
La grande ouverture du rugby au théâtre
·Effet Coupe du monde 2007 oblige les stades se remplissent mais on découvre désormais un autre visage de l’ovalie sur scène

Au JPB, on a déjà le nôtre, un grand diable chevelu, qui fut en son temps baptisé "roi de la touche", lorsqu’il était au premier plan du rugby français, et qui compose chaque vendredi de la poésie dans nos colonnes. Les frontières ne sont pas aussi opaques qu’on le suppose entre le monde du rugby et celui des arts.Outre Fred Fort, on peut compter également sur René Char, Samuel Beckett ou Michel Serres au rang des poètes rugbymen. Sans parler des rugbymen artistes comme Daniel Herrero ou Jean-Pierre Rives.Ou ce bon vieux Roger Couderc qui tricotait des mots d’affection à longueur de match à la télévision française.Il y avait donc un fond, qui portait bien au-delà qu’un folklore à l’accent du sud-ouest ou qu’une chanson de David Olaizola glorifiant les matchs dominicaux de son équipe de Saint-Palais, l’USSP Amikuze.Car lui continue à promouvoir un monde d’initiés : "si tu n’as jamais joué, comment peux-tu comprendre ?" interroge-t-il.Ce qui est désormais nouveau, c’est que le public raffole de ces nouveaux Dieux du stade au point d’en redemander dans le spectacle. Et qu’il veut tout comprendre.

C’est même la dernière tendance effet Coupe du monde 2007 oblige que de porter au pinacle du raffinement ceux-là mêmes qui passaient, il y a peu pour de simples brutes épaisses dans le monde des arts. On continue à remplir les stades mais on découvre désormais un autre visage de l’ovalie au théâtre, comme un prolongement du spectacle. Ainsi, la pièce Vestiaires, qui sera présentée demain soir à Hendaye et samedi à Biarritz.Il y a aussi un étonnant J’ai, un essai sur le rugby, l’histoire de ce jeu à travers des citations d’hommes de lettres, et surtout Chandelles, une comédie musicale créée à partir de textes du regretté Patrick Espagnet, Histoires d’hommes et de rugby, qui sera présentée à Bayonne en mars prochain (lire ci-contre). On n’appréhende pas encore le rugby en tutu, mais la demande est là, comme celle du programmateur du festival de danse de Biarritz, Filgi Claverie, qui souhaitait ouvrir le dernier Temps d’aimer sur ce thème, en clin d’¦il au début de la Coupe du monde.

Démêler les passions

Il ne s’agit pas de caricature, ni de plaquage haut, encore moins de transformer, le temps d’un essai, un trois-quarts aile en demi-ballerine.Mais plutôt de démêler les passions qu’exerce le rugby sur le grand public.Ou comme aurait confié un entraîneur à ses joueurs : "les gars, aujourd’hui on va les regarder droit dans les yeux. On verra bien s’ils ont des couilles !" Comme ça, c’est clair, et c’est le propos de la pièce Vestiaires, qui se joue en 80 minutes sans arrêts de jeux. Une pièce de Michel Belletante et Nino d’Introna, créée il y a douze ans à partir d’un texte de David Storey, et qui, signe d’un temps, est reprise et entièrement dépoussiérée. "Nous saisissons l’opportunité de la Coupe du monde de rugby pour permettre à un plus large public de la voir ou la revoir" reconnaît Michel Bellante.

Pour le reste, la version 2007 de cette comédie a intégré les grands bouleversements du rugby de ces douze dernières années.Fini l’amateurisme, ce sport est devenu professionnel.Mentalités et enjeux ont évolué, et ont parfois suivi les métamorphoses de la société avec ses manipulations, le pouvoir de l’argent ou des médias. Les metteurs en scène ont même rencontré Serge Blanco pour quelques conseils ou puiser leur inspiration autour de l’image d’un certain Sébastien Chabal.

Une micro-société prend forme au fond des vestiaires de rugby, où quinze séquences, comme autant de joueurs sur un terrain, décryptent et poussent au paroxysme les rites qui précèdent la constitution d’un pack soudé et solidaire, capable d’aller au combat.Avec un jeu d’acteur fragile comme la partition d’un match à quinze, où chaque individu est au service d’un groupe.Et la bien grande ambition de dévoiler ce qui se trame dans un vestiaire de rugby, c’est-à-dire dans les coulisses du spectacle, avec tous ces enjeux humains.Sur le plateau, quinze joueurs, un entraîneur, un président, un soigneur, et une journaliste.A l’issue de cette rencontre amicale, la troisième mi-temps se fera, à Biarritz, avec le public.



Chandelles, une comédie musicale à suivre
Chandelles sera présentée le 18 mars au théâtre de Bayonne. Une comédie musicale qui doit son existence à la rencontre entre un écrivain, Patrick Espagnet, journaliste, critique musical et passionné de rugby, et un musicien, conteur et comédien, Christian Vieussens, chantre du gascon, collecteur de chansons et de récits de tradition orale, père de la renaissance des ripatalouères, ces fanfares de villages composées de fifres, d'une grosse caisse et d'un tambour. Tous deux avaient en commun la passion pour la fête, les copains, la fraternité, la solidarité, les coups de gueule, et quelques autres choses moins glorieuses aussi, que Patrick Espagnet a su traduire et que Christian Vieussens met en scène en guise d’hommage posthume à son ami disparu.


 
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