Demain, les salariés de Toys R Us Bayonne ne feront pas de cadeau
·En douze ans d’existence le temple du jouet bayonnais n’a jamais connu de mouvement social, demain sera une première
Samedi dernier, les salariés de plusieurs magasins Conforama dans l’hexagone étaient en grève. De même pour les travailleurs de certains magasins Casino. À Marseille, sur les trois magasins Casino en grève, celui appelé Sainte-Anne avait même démarré la grève une semaine auparavant. Partout les revendications sont les mêmes : l'augmentation des salaires et l'embauche en CDI et à temps plein. Cette fois-ci au Pays Basque, ce sont les salariés du magasin de jouets Toys R Us de Bayonne qui seront en grève demain pour la journée. Dans le même temps les travailleurs de Carrefour Anglet font planer sur la direction le risque d’un mouvement et organisent demain matin une réunion d’information sur leurs conditions de travail et sur leurs revendications.
"La grande distribution c’est l’industrie d’il y a cinquante ans, et le constat, c’est que dans ce milieu c’est catastrophique pour les salariés. C’est la mine", raconte ce délégué du personnel du magasin Toys R Us de Bayonne, qui souhaite garder l’anonymat. Cette enseigne sera d’ailleurs frappée dès demain d’une journée entière de grève pour protester contre les bas salaires et les conditions de travail.
Conditions de travail et salaires
"Nous travaillons avec du matériel inadapté, les mesures d’hygiène et de sécurité ne sont pas respectées, c’est du bricolage, et bien sûr il y a les salaires, les contrats ou plutôt les contrats au rabais", explique le délégué du personnel. A titre d’exemple ce dernier nous montre sa fiche de paie d’un montant de 800 euros net par mois pour 30 heures par semaine. Il précise tel "un privilégié" : "et encore j’ai droit là-dessus à 60 euros d’ancienneté avec mes sept ans de boîte, alors imaginez ceux qui ont des contrats de 24 ou 27h hebdomadaires".
Le mouvement de grève de demain sera suivi dans quasiment tous les magasins de la chaîne de l’hexagone. A Toys R Us Bayonne 90% des salariés devraient suivre le mouvement selon les sources syndicales. Une mobilisation qui montre l’attente et le désir de revendication qui couvent au magasin de jouets bayonnais, et qui fait dire au délégué du personnel que "même sans l’appel national à la mobilisation, ce serait quand même parti ici à Bayonne, on a besoin de décapsuler là".
Un esprit particulier à Bayonne car depuis douze ans que l’enseigne s’est installée, jamais aucune grève n’est venue perturber son fonctionnement. Pourtant à de multiples reprises, les salariés ont tenté par la voix légale de faire remonter leurs inquiétudes. Mais si la communication fonctionne, que ce soit par le comité d’entreprise, par les syndicats ou les délégués du personnel, la direction est toujours restée sourde aux appels des travailleurs.
DRH pas convaincant
Pas plus tard qu’hier matin, la direction avait dépêché à Bayonne pour une rencontre avec le personnel le directeur des ressources humaine. Une manière d’anticiper le débrayage prévu (hier la direction n’avait pas connaissance de la grève de demain). Conclusion de cette rencontre par le délégué du personnel : "on a des employés qui ont douze ans de boîte et en douze ans c’est toujours le même discours. Un discours pas du tout répressif, soyons honnêtes, mais avec aucun espoir de négociations constructives. C’est la fatalité c’est comme ça et c’est tout. Le DRH est comme tous les DRH, très compréhensif, "je comprends oui c’est vrai", mais au final il ne se passe rien".
Le seul point positif de cette "ultime discussion" avec la direction aura été de donner aux futurs grévistes le sentiment de la légitimité de leur mouvement, "on se sent vraiment le droit de le faire." Au chapitre des revendications, les salariés de Toys R Us, souhaitent entre autres une augmentation du salaire de 150 euros par salarié, une prime exceptionnelle de 500 euros, une augmentation du nombre d’heures pour les temps partiels, des outils de travail plus performants. "Des revendications méritées au regard de la bonne santé du site bayonnais avec une progression constante du chiffre d’affaires depuis des années", précise le délégué du personnel.
Le jour le plus important
Pour marquer le coup, les travailleurs de Toys R Us ont décidé de choisir un jour particulier pour leur mouvement, le jour le plus important de l’année, celui où le chiffre d’affaires est le plus gros juste avant Noël. Un seul jour de grève car ils ne veulent pas que le conflit s’éternise. "Je n’ai pas d’idée sur la suite du mouvement. Nous avons une équipe très soudée, mais nous n’allons pas vers une grève dure. Nous avons un grand besoin de communiquer sur notre situation", explique le délégué du personnel qui ajoute : "On a toujours considéré le monde du jouet comme féerique, je pense qu’il est grand temps que l’on nous mette au même rang qu’un Mac Do ou quelque chose comme ça."
Dans ce tableau un peu noir, les salariés de Toys R Us veulent cependant ne pas faire oublier que pour la majorité d’entre eux ce travail et l’univers du jouet c’est une passion. Ils souhaitent donc plus que tout que ce "conflit" soit le début d’une construction positive. "On veut montrer qu’on est citoyens de notre entreprise, ce n’est pas un rejet de tout. On veut des conditions meilleures, pour être mieux au travail. Cela entraînerait forcément un meilleur service pour le client, c’est très important", conclut le délégué du personnel.
Une grève à Carrefour Anglet avant Noël ?
Demain les salariés de Toys R Us ne seront pas les seuls du secteur de la grande distribution à occuper la scène sociale au Pays Basque. Ainsi à Carrefour Anglet, de 8h30 à 13h une matinée d’information à l’adresse des clients se déroulera devant l’entrée numéro 2 de l’hypermarché.
A l’initiative du syndicat CFDTde Carrefour, les salariés veulent alerter de la "dégradation du service après-vente, de la possible perte d’emplois avec la disparition des produits financiers". Cette action n’est qu’une première qui pourrait en emmener une autre avant Noël. Une deuxième action qui comme pour le magasin de Toys R Us de Bayonne pourrait prendre la forme d’une journée entière de grève.
Un arrêt de travail "pour revendiquer le droit à un intéressement et à la prime de travaux", selon un communiqué de la CFDT Carrefour.
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