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Le JPB > Sports 2007-12-07
Jean Michel IDIART / Responsable Elite Pelote Basque
« Il y a une nouvelle génération qui émerge »

Après le bras de fer avec la Fédération Française de Pelote Basque (FFPB), Jean-Michel Idiart a dû faire face à la "dissidence" de certains joueurs (Sorhuet, Oçafrain, Ibarrola, Muscarditz, JC Dermit, Istilarte R.Dermit), qui n’ont pas souhaité renouveler leur contrat avec l’Elite Pelote Basque (EPB). De cette étape, des pourparlers concernant la future Ligue Professionnelle et des projets de l’association qui gère actuellement les plus importants tournois de pelote à main nue trinquet, Jean-Michel Idiart a fait le point avec Le Journal.

Vous vous êtes à nouveau réunis mardi dernier à propos de la Ligue professionnelle, qu'en est-il ?

Le but est de se fixer des objectifs par rapport à la Ligue Nationale de Pelote (LNP) puisque c'est comme cela qu'elle se dénominerait. En tout état de cause, la FFPB a une réunion le 8 janvier 2008 au ministère (ndrl: de la jeunesse et des sports) pour avoir des précisions sur cette mise en place. Parce qu’aujourd’hui, tout reste relativement flou. Il y a beaucoup de points en suspens : comment cette Ligue va s’architecturer, comment allons-nous nous organiser sachant qu’il y a deux spécialités, la main nue et la cesta punta, qui n’ont pas forcément les mêmes objectifs, comment cela va-t-il se structurer juridiquementŠ D’autant qu’il y a des exigences : pour créer une ligue professionnelle, il faut une section professionnelle dans les clubs... Bref il y a des points qu’il faut éclaircir.

Est-ce que tout le monde est au moins d'accord sur le projet ?

Pour l’instant, il y a une volonté de travailler sur les objectifs communs. Dans ce sens, l’EPB a réalisé un certain nombre de propositions : réfléchir sur la constitution des membres de la commission main nue de la LNP, harmoniser le calendrier, l’organisation des championnats de France, la montée et la descente en Elite Pro, le statut des joueurs. A ce sujet, il y a un dossier élaboré par l’EPB et cosigné par la FFPB, qui a été déposé au niveau du ministère. Puisque l’on parle de création de Ligue Nationale, essayons de faire pression au ministère des affaires sociales afin d’obtenir un statut qui est très avantageux pour les joueurs de pelote.

De quel statut parlez-vous ?

De celui d'intermittent du spectacle. Tout le monde est d’accord pour avancer sur ces objectifs.

Certains joueurs ont décidé de ne pas prolonger leur contrat avec l’EPB. Comment l’avez-vous vécu?

Ça a été un mauvais épisode parce que pendant deux ans on est quand même monté au front alors qu’il y avait des distensions importantes par rapport à la FFPB. On a réalisé un travail juridique important qui finalement nous a donné raison puisqu’on a pu jouer partout. Dans ce sens, lorsque les joueurs ont repris la licence à la FFPB, et c’est un peu cela qui nous a été reproché, c’est un épisode que, humainement parlant, j’ai vécu très moyennement. Cela dit, et pour nous c’était très important, on a voulu à tout prix garder la trame de notre projet. Ne pas perdre de vue tout ce que l’on a mis en place. C’est pour cela que nous avons été assez fermes à ce moment-là. Maintenant, tout le monde connaît l’histoireŠ

Justement, tout le monde ne connaît pas forcément l’histoireŠ

Grosso modo, la requête principale des joueurs non-signataires était de garantir aux moins bons joueurs un minimum de parties. Nous, en revanche, nous étions partis sur le même schéma que l’an passé. On a un protocole d’accord, mais on ne garantit rien à personne. On souhaitait garder une petite liberté d’action avec la volonté de faire rentrer de nouveaux joueurs dans le circuit. Et si on garantissait un nombre de parties à certains joueurs, c’était au détriment de la nouveauté que nous souhaitions installer.

Connaissez-vous les raisons qui ont poussé les pilotari à ne pas re-signer avec l’EPB ?

La raison de fond est celle-ci : il y a les moins bons et les meilleurs. Ces derniers ont souhaité être solidaires des premiers en se disant qu’à leur tour, un jour, ils se retrouveraient peut-être dans cette position, ce que par ailleurs je comprends. L’autre point résidait sur le fait que les joueurs voulaient également jouer pour Pelote Passion (ndrl : l’autre société organisatrice de parties, dirigée par Christophe Dardy). A ce moment-là, ils restent véritablement indépendants, mais l’EPB prend la liberté de faire jouer en priorité les joueurs qu’il a sous contrat.

Ça a crispé l’ambiance, même entre les joueursŠ

C’est évident, mais je pense que c’est quelque chose de passager. Ce n’est pas une situation irréversible.

C’est vrai qu’à un moment donné l’EPB ne faisait plus jouer les "bons" joueurs non-signataires, les Sorhuet, Oçafrain, IbarrolaŠ

Ils n’ont pas été invités sur certains tournois, mais Sorhuet et Oçafrain par exemple, Ibarrola dans un degré moindre, ont quand même souvent été sollicités.

L’EPB a quand même souhaité marquer le coup ?

Complètement. Notre politique était de faire en sorte que les meilleurs jouent les grands tournois, EPB ou pas. En revanche, on a également voulu marquer le coup ne serait-ce que pour rappeler à un certain nombre de joueurs que dans le circuit il y a beaucoup de tournois que l’on a créés. Des tournois dans lesquels on a fait des efforts. Je pense notamment à Anglet, Souraïde, Masters de Garazi, tournoi de Larrau celui de Garindein, Urrugne, SareŠ Il était important que l’on fasse comprendre que c’est nous qui avons organisé ces tournois et que, dans ce sens, on privilégie ceux qui nous font confiance. Alors, les plus pénalisés sont les moins bons joueurs car on se rend compte qu’on a tenu certains d’entre eux sous perfusion. Istilarte et Jean-Claude Dermit par exemple : aujourd’hui ils ne sont plus avec nous, ils ne jouent plus.

Quatre joueurs ont signé un protocole d’accord avec l’EPB, et la FFPB n’a concédé que deux licences Elite Pro, à Alfaro et Lazcano alors que Ducassou et Bielle sont restés amateurs. Où en est-on avec les montées et descentes ? N’était-ce pas l’EPB qui devait gérer tout cela ?

Sur ce point, il convient de rappeler la convention signée par l’EPB et la FFPB. (Il lit) "Un joueur EPB devra automatiquement bénéficier du statut Elite Pro et à ce titre sélectionnable pour le championnat" (Elite Pro). Il se trouve qu’après la signature de la convention, la FFPB est revenue vers nous en nous disant, "on est embêté, on a l’intention de faire jouer Bielle lors de la Coupe du Monde 2008 à CubaŠ" (ndrl : un joueur élite pro ne peut pas disputer de Coupe de monde, réservée aux amateurs). A partir de là nous avions deux solutions : soit on rentre dans un conflit juridique en leur répondant "vous avez signé, on l’applique", soit on joue le jeu. Vraisemblablement, Philippe Bielle veut disputer cette Coupe du Monde, et nous, à partir du moment que l’on peut le faire jouer dans le circuit EPB, hors période championnats bien sûr, ça nous va. Seul inconvénient, il ne peut pas disputer le championnat de France Elite Pro. On ne s’est donc pas braqué. Même chose pour Ducassou. On refera un point avec lui au bout d’un an. Entre-temps il a participé à un championnat avec Héguiaphal, ce qui nous permet également de le mettre à l’épreuve.

Ça veut quand même dire que le statut Elite Pro ne sert à rienŠ

Il est beaucoup moins significatif qu’avant. Aujourd’hui ce statut donne uniquement la garantie d’être sélectionnable pour le championnat. En revanche, l’EPB peut compter sur les amateurs pour les faire jouer dans son circuit avec l’accord de la FFPB.

Est-ce dans vos projets de "recruter" d’autres joueurs dans l’immédiat ?

Il faut savoir que depuis un an et demi, en complément de ce qui est fait en clubs parce qu’il ne faut pas oublier que ces joueurs sont tous issus des clubs, un important travail de fond est réalisé par l’équipe de Jean-Claude Biscouby avec l’aide de Laurent Harguindeguy et Serge Mayté. Des joueurs comme Jeannots, Aguirre, Laurent LambertŠ sont en train de démontrer qu’ils ont le potentiel pour aller au-delà. Il n’y a qu’à voir la composition des demi-finales du championnat du Pays BasqueŠ J’en suis très content. On peut toujours faire des analyses différentes, mais un mouvement s’est enclenché. Une nouvelle génération est en train d’émerger avec beaucoup de joueurs. Il est donc fort probable que dès l’année prochaine, on donne la chance à certains d’entre eux de rentrer dans le circuit EPB. Par ailleurs, il est également très possible que l’on invite Loquillo et certainement Medina parce qu’il nous a montré à Mexico de réelles qualités pour jouer en trinquet. En résumé on apportera du sang neuf.

Waltary, vous l’avez intégré à plein temps dans le circuit. A-t-il répondu à vos attentes ?

Le résultat est mitigé. Il nous a montré le meilleur et le pire. Il faut qu’il fasse très attention à son image car le phénomène Waltary risque de lasser le public si les prestations sont en demi-teinte. Aujourd’hui, il est irrégulier et ça, c’est un problème pour lui, et pour nous aussi.

Propos recueillis

par Olatz IDOATE

"Les tournées comme celle du Mexique nous permettent de véhiculer notre image à l’extérieur. Pourquoi le Mexique ? Parce que c’est le seul endroit en dehors du Pays Basque nord qui a une pratique régulière de la main nue en trinquet. On a tout intérêt de collaborer avec eux pour ne pas les isoler et pour ne pas nous isoler. Cela dit, on compte désormais faire au moins une tournée par an à l’étranger. On souhaite aller tous les deux ans à Tulyehualco pour pérenniser les échanges avec les jeunes du club de Tulyehualco. Car à partir de maintenant, pour inviter les joueurs mexicains, on va passer par ce club que l’EPB s’est engagé à aider du point de vue matériel. Par ailleurs, la semaine prochaine je m’envole pour Los Angeles afin de négocier un tournoi à Chino qui aurait lieu en septembre prochain. Aux Etats-Unis, l’objectif est différent. C’est plus une opération de marketing pour montrer qu’il existe un circuit au Pays Basque. Alors, on essayera de mettre en place un tournoi en invitant également les Mexicains".



« Les trinquets ne se vident pas»
Contrairement à ce que nous pourrions penser, et avec les données en main, Jean-Michel Idiart assure que l’affluence a été supérieure en 2007 qu’en 2006. Un bilan encourageant, mais qui ne permet pas de s’endormir sur ses lauriers.

Quelle analyse faites-vous de la fréquentation dans les trinquets ?

Il faut le dire haut et fort, on ne s’inscrit pas du tout dans la vision "les trinquets se vident". Quand on regarde les données objectives de 2007, il y a effectivement des tournois sur lesquels les affluences ont été moyennes. Concrètement, les jeudis de Saint-André, qui ont du mal, le tournoi de Baigorri qui a été moyen, le tournoi de ParisŠ En revanche, on a noté une nette augmentation dans d’autres endroits : Anglet, Souraïde, Larrau. Sare, Urrugne, ArmendaritsŠ La moyenne de 2007 est largement supérieure. Alors, pourquoi Anglet ? Parce qu’il y a Loquillo et Waltary ensemble, et parce qu’il y a une campagne de communication derrière. Mais il faut aller dans ce sens pour séduire le nouveau public.

Ça veut dire que désormais, il faut "travailler" les tournois pour assurer le succès ?

Incontestablement. Il faut booster les compétitions. En mettant des têtes nouvelles, en prenant des risques financiers comme on l’a fait à Saint-Palais, en proposant des compositions un peu originales. Il faut toujours avoir en tête l’idée de "qu’attend le public". C’est ce qui nous fera avancer.

Où en sont vos relations avec l’empresa Aspe et avec ETB, on ne voit plus la télé en trinquetŠ

Justement, ETB sera là pour la finale du Super Prestige. Concernant Aspe, on n’a pas pu organiser les Masters internationaux à cause des blessures des uns et des autres. En revanche, on mettra cette compétition en place en 2008, c’est notre volonté et celle d’Aspe. Xala est venu à Saint-Palais, et on renouvellera ce genre d’expériences tout au long de l’année. C’est important pour nous.

O.I


 
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