Madrid lance l´arrestation de 46 personnalités de la gauche basque
·Le ministre de l’Intérieur Rubalcaba a annoncé des peines lourdes, avant même le rendu du jugement par le tribunal
La police espagnole a lancé hier une opération pour arrêter les accusés du procès 18/98 mené par l’Audience Nationale espagnole, à la veille du rendu du jugement. Des mandats d’arrêt ont été lancés contre 46 personnalités reconnues pour leur travail pour la culture, la langue ou pour leurs prises de position publiques pour l’indépendance du Pays Basque. Hier soir, 23 personnes avaient été interpellées.
Les personnes visées font partie des accusés du plus grand procès organisé à Madrid pour des affaires basques, de novembre 2005 à mars 2007. Un procès truffé d’irrégularités, où les droits de la défense avaient été constamment bafoués. À cause de ces manquements, après huit mois d’audience, le procès avait même été annulé, pour tout reprendre dès le début. Même après la reprise, une délégation de juristes internationaux venus en observateurs avait dénoncé les manquements aux droits de la défense qui n’avait pas eu accès, entre autre, au dossier de mise en accusation.
Lors des audiences, le simple fait de s’affirmer de gauche et abertzale avait été considéré comme preuve d’une appartenance à l’ETA. Thèse qui aurait donc été retenue par le tribunal dont le jugement doit être rendu dans quelques jours. L’Audience Nationale, le tribunal antiterroriste d’exception espagnol, a invoqué le "risque élevé de fuite" des accusés pour justifier ces mandats d’arrêt, à l’approche du verdict qui sera rendu "probablement le 10 décembre", a-t-on précisé de source judiciaire. Les arrestations hier se sont déroulées pourtant dans le calme, sans que les accusés n’aient voulu se soustraire à leur interpellation. Ces militants sont considérés par les tribunaux comme appartenant "à un conglomérat d’organisations basques agissant sur le terrain politique (Kas-Ekin), international (Xaki), médiatique (Egin) et culturel ou promouvant des actions de désobéissance civile (Fondation Joxemi Zumalabe)". Autrement dit, la justice espagnole assimile cet appel à la désobéissance civile, proclamée par Gandhi ou Thoreau, à une initiative terroriste...
Parmi les 23 personnes arrêtées figurent cinq personnes qui devraient être condamnées à des peines allant de 12 à 18 ans de prison : Xabier Alegria (risque 18 ans de prison), l’avocat, Txema Matanzas (14 ans), Juan Maria Mendizabal (13 ans), l’ancien patron du journal Egin Xabier Salutregui (12 ans) et la journaliste de Xaki, Elena Beloki (13 ans), a précisé la source judiciaire. Des peines lourdes qui risquent de se confirmer car hier soir, depuis Berlin où il est en voyage, Alfredo Pérez Rubalcaba, ministre espagnol de l’Intérieur a affirmé que les condamnations seront "lourdes". Une telle déclaration pose d’ailleurs la question de la séparation des pouvoirs en Espagne, sachant que le jugement n’est pas encore rendu. Rubalcaba a par ailleurs ajouté qu’il souhaitait que l’ensemble des arrestations se terminent "dans la soirée". De leur côté, les organisations EA, EB, PNV, Aralar et ELA ont toutes critiqué ces détentions des inculpés du procès 10/98 et ont signalé que cette action résultait d’une "volonté politique". Au cours du procès, les accusés avaient tous nié leur appartenance à l’ETA. Ces arrestations marquent une nouvelle phase de l’offensive de Madrid contre la gauche abertzale avant les élections de mars prochain.
|