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Le JPB > Culture 2007-11-17
"On ne saura jamais où est le pays des merveilles"
·Rencontre avec une poétesse égyptienne invitée du Collectif des femmes du Pays Basque

B.C.
“Excuse-moi si je te tutoie mais c’est une marque de respect pour moi : en Egypte, le ‘vous’ impose une distance qui ne me plaît pas”. Hoda Hussein se raconte sans détour dans un français qu’elle maîtrise d’autant mieux qu'elle traduit notamment des ouvrages de Marguerite Duras et d’Annie Ernaux.
La poétesse cairote et la romancière et auteure de théâtre catalane Mercedes Abad étaient invitées par le Collectif des femmes en Pays Basque à Bayonne hier pour la 7e rencontre internationale d’écrivaines en parallèle des rencontres de Donostia.
Dualité
“Le concept de miroir est fait pour moi” annonce Hoda tout de go. A 35 ans, elle a déjà publié une demi-douzaine de recueils de poèmes et un roman. Tous ces ouvrages nourris par la dualité dont elle se sent porteuse.
A la maison quand elle était petite, ses parents lui parlaient arabe et respectaient le culte musulman, mais elle allait à l’école catholique et française. Elle se dit Cairote mais, à bien y réfléchir, sa mère a des origines ottomanes et son père est de Nubie. “L’arabe et le français, un peuple colonisateur du côté de ma mère et un peuple colonisé du côté de mon père : les contraires sont absolument synonymes !” s’exclame-t-elle. La Nubie est un territoire oublié des livres d’histoire égyptiens. Cette région située au sud de l’Egypte et au nord du Soudan a été partiellement noyée sous les eaux du lac Nasser lors de la construction du barrage d’Assouan entre 1958 et 1970. “Je n’en parle pas dans mes poèmes parce que les Nubiens le font mieux que moi, mais j’ai voulu apprendre ce qui s’était passé là-bas, et c’est ma curiosité qui me guide dans mon travail”. Car, avant tout, Hoda aime les mots. “J’aime apprendre le voyage d’un mot à travers les langues” dit-elle, “comme si le mot était une personne”.
“Miroir” encore quand elle évoque les rapports Nord-Sud. “On ne saura jamais où est le pays des merveilles” sourit-elle. “Les occidentaux qui viennent chercher Shéhérazade et la magie de l’Orient en Egypte se trompent. Tout comme les Egyptiens qui croient trouver liberté et opulence en Occident”. La censure en Egypte ? “Oui, elle existe et elle relève surtout des instances religieuses”. Elle se souvient de l’avoir subie une fois lors de la publication de son premier recueil de poèmes.
Le ministère de la culture qui éditait son ouvrage lui avait fait comprendre que l’un de ses poèmes ne pouvait pas être publié. “Je m’adressais à Dieu comme à mon père ou à mon ami et c’était trop familier. Je le tutoyais, ce qui pour moi, est un signe de respect et d’amour, mais les censeurs ne veulent que le respect”. Quelques années plus tard, Hoda était reconnue, et elle a fait publier le texte censuré dans un recueil édité dans une maison privée. “J’ai quand même dû garantir à l’éditeur que j’assumais toute la responsabilité de mes propos” regrette-t-elle.
“Plus ou moins” féministe
La rencontre internationale des écrivaines est aussi l’occasion de causer féminisme. Et sur ce terrain-là aussi, Hoda répète que “je ressens le miroir en moi”.
“Je suis plus ou moins féministe” confie-t-elle aux membres du Collectif des femmes en Pays Basque qui déjeunaient avec elle hier. Plus ou moins ? “Les féministes sont très sérieuses en Egypte, elles sont dans un combat permanent et chez nous quand les femmes se disent féministes elles se mettent à tout faire comme les hommes”. Voilà ce qui la rebute. Sans ignorer les problèmes qui se posent aux femmes égyptiennes face à la montée de l’islamisme, la jeune femme plaide pour que la légèreté ne soit pas oubliée. Outre les poèmes, elle s’essaie aussi à la “peinture à maquillage” comme elle dit. “En utilisant des fards à paupières et des rouges à lèvres pour peindre des toiles, je détourne un symbole ; certaines ne le comprennent pas mais c’est ironique. Et je réalise également des collages de mégots de cigarettes : c’est l’autre côté du miroir qui est en moi”. “J’ai besoin de légèreté, de douceur, de beauté. C’est ce qui préserve la vie, ce qui la nettoie, ce qui met des fleurs dans le vase !” conclut-elle.


 
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