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"On ne saura jamais où est le pays des merveilles"
·Rencontre avec une poétesse égyptienne invitée du Collectif des femmes du Pays Basque
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B.C. “Excuse-moi si je te tutoie mais c’est une marque de
respect pour moi : en Egypte, le ‘vous’ impose une distance qui ne me plaît
pas”. Hoda Hussein se raconte sans détour dans un français qu’elle maîtrise
d’autant mieux qu'elle traduit notamment des ouvrages de Marguerite Duras et
d’Annie Ernaux. La poétesse cairote et la romancière et auteure de théâtre
catalane Mercedes Abad étaient invitées par le Collectif des femmes en Pays
Basque à Bayonne hier pour la 7e rencontre internationale d’écrivaines en
parallèle des rencontres de Donostia. Dualité “Le
concept de miroir est fait pour moi” annonce Hoda tout de go. A 35 ans, elle a
déjà publié une demi-douzaine de recueils de poèmes et un roman. Tous ces
ouvrages nourris par la dualité dont elle se sent porteuse. A la maison
quand elle était petite, ses parents lui parlaient arabe et respectaient le
culte musulman, mais elle allait à l’école catholique et française. Elle se dit
Cairote mais, à bien y réfléchir, sa mère a des origines ottomanes et son père
est de Nubie. “L’arabe et le français, un peuple colonisateur du côté de ma mère
et un peuple colonisé du côté de mon père : les contraires sont absolument
synonymes !” s’exclame-t-elle. La Nubie est un territoire oublié des livres
d’histoire égyptiens. Cette région située au sud de l’Egypte et au nord du
Soudan a été partiellement noyée sous les eaux du lac Nasser lors de la
construction du barrage d’Assouan entre 1958 et 1970. “Je n’en parle pas dans
mes poèmes parce que les Nubiens le font mieux que moi, mais j’ai voulu
apprendre ce qui s’était passé là-bas, et c’est ma curiosité qui me guide dans
mon travail”. Car, avant tout, Hoda aime les mots. “J’aime apprendre le voyage
d’un mot à travers les langues” dit-elle, “comme si le mot était une
personne”. “Miroir” encore quand elle évoque les rapports Nord-Sud. “On ne
saura jamais où est le pays des merveilles” sourit-elle. “Les occidentaux qui
viennent chercher Shéhérazade et la magie de l’Orient en Egypte se trompent.
Tout comme les Egyptiens qui croient trouver liberté et opulence en Occident”.
La censure en Egypte ? “Oui, elle existe et elle relève surtout des instances
religieuses”. Elle se souvient de l’avoir subie une fois lors de la publication
de son premier recueil de poèmes. Le ministère de la culture qui éditait son
ouvrage lui avait fait comprendre que l’un de ses poèmes ne pouvait pas être
publié. “Je m’adressais à Dieu comme à mon père ou à mon ami et c’était trop
familier. Je le tutoyais, ce qui pour moi, est un signe de respect et d’amour,
mais les censeurs ne veulent que le respect”. Quelques années plus tard, Hoda
était reconnue, et elle a fait publier le texte censuré dans un recueil édité
dans une maison privée. “J’ai quand même dû garantir à l’éditeur que j’assumais
toute la responsabilité de mes propos” regrette-t-elle. “Plus ou
moins” féministe La rencontre internationale des écrivaines est
aussi l’occasion de causer féminisme. Et sur ce terrain-là aussi, Hoda répète
que “je ressens le miroir en moi”. “Je suis plus ou moins féministe”
confie-t-elle aux membres du Collectif des femmes en Pays Basque qui déjeunaient
avec elle hier. Plus ou moins ? “Les féministes sont très sérieuses en Egypte,
elles sont dans un combat permanent et chez nous quand les femmes se disent
féministes elles se mettent à tout faire comme les hommes”. Voilà ce qui la
rebute. Sans ignorer les problèmes qui se posent aux femmes égyptiennes face à
la montée de l’islamisme, la jeune femme plaide pour que la légèreté ne soit pas
oubliée. Outre les poèmes, elle s’essaie aussi à la “peinture à maquillage”
comme elle dit. “En utilisant des fards à paupières et des rouges à lèvres pour
peindre des toiles, je détourne un symbole ; certaines ne le comprennent pas
mais c’est ironique. Et je réalise également des collages de mégots de
cigarettes : c’est l’autre côté du miroir qui est en moi”. “J’ai besoin de
légèreté, de douceur, de beauté. C’est ce qui préserve la vie, ce qui la
nettoie, ce qui met des fleurs dans le vase !” conclut-elle.
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