L’aide qui n’aide pas le Mali ou le cas d’école de Djourou
·Le festival Droits de l’Homme à l’affiche lance le débat avec le documentaire de Olivier Zuchuat
Présenté au Fipatel de Biarritz en janvier 2005, le film Djourou, une corde au cou sera projeté ce dimanche au cinéma Le Rex de Saint-Jean-de-Luz dans le cadre du festival Droits de l’Homme à l’affiche.Une façon d’amorcer la conférence-débat qui suivra, animée par Madani Koumaré, sur le thème de la dette au Mali et de la malédiction qu’elle constitue pour le développement économique et social du pays.Il faut dire que le documentaire d’Olivier Zuchuat est explicite dans ce sens et le Mali, producteur de coton, constitue un cas d’école pour comprendre les mécanismes d’asservissement des pays endettés, avec, dans les rôles principaux, le Fonds monétaire international, les États-Unis, les bienveillances diplomatiques pour les dictatures et les politiques d’ajustement structurel.Un vocabulaire réputé rébarbatif, opaque et des politiques qu’il n’est pas aisé d’expliquer au quidam dans une salle de divertissement.Et pourtant, à l’exemple du lumineux documentaire Life and debt de Stéphanie Black et son exposé des méfaits du FMI avec l’exemple de la Jamaïque, le réalisateur Olivier Zuchuat parvient à raconter une histoire limpide en prenant appui sur la vie quotidienne au Mali.Il est d’abord idéalement servi par un intitulé, Djourou, qui en Bambara signifie à la fois "dette" et "corde au cou".Merveille du langage qui permet de désigner le mal qui étrangle le pays.Avec simplicité, le documentaire convoque la discussion impossible entre un ministre malien des finances, un expert en économie du développement, des avocats helvétiques chargés de retrouver l’argent de la dictature dans les coffres des banques suisses, des paysans planteurs de coton, un représentant du Fonds Monétaire International et le spectre d’un dictateur déchu.
Exposé simple
Sans céder aux clichés ni aux discours faciles, le réalisateur parvient à exposer simplement les équations qui condamnent le pays jusqu’à ce résultat sans appel d’une implacable mathématique dont la logique n’appartient qu’aux puissants.De généreux vampires qui fixent surtout les règles du jeu économique, interdisant par exemple au pays de pouvoir investir dans sa production de coton pour se libérer de ce joug, ou naturellement de financer des programmes de santé ou d’éducation.C’est ce qui s’appelle "l’aide", même si, depuis quarante ans, aucun bénéfice de cette aide n’est visible. Au festival de Saint-Jean-de-Luz, face à une opinion publique obnubilée par les droits politiques, l’occasion est belle de rappeler que d’autres droits humains fondamentaux sont bafoués depuis des années, comme le droit à la santé et le droit à l’éducation, par ceux-là mêmes qui feignent d’en imposer les principes moraux. Tant que l’aide ne servira pas aux pays à se passer de l’aide, le reste sera littérature. Droits de l’Homme à l’affiche Ciné Débat.Avec Madani Koumaré et Terre des hommes.Dimanche 11 novembre.17h15.Le Rex.Saint-Jean-de-Luz.
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