Les fameux 14 hectares jouxtent au sud le grand parking de la Barre, entre la route longeant la forêt de Chiberta et la dune. Une "lette", comme le disent les Gascons pour identifier cette parcelle brûlée par le sel entre sable et pins. ça, un écrin écologique ? Jusqu’il y a peu, à part quelques initiés, la population voyait des marais moitié secs, buissonnant autour de deux petits lacs sombres, avec ronces et falaises de sable défoncées par quelques campeurs sauvages...
Il a fallu des décennies pour que les politiques s’intéressent à ce bout de terrain dont la discrète complexité masquait la gravité de l’enjeu : cette "zone" s’est imposée comme une exception environnementale, dont la richesse en termes de faune et de flore n’a d’égale que la fragilité. L’une des origines de cette biodiversité qui se développe pratiquement en vase clos : la coexistence entre eaux douce et salée. Le lac nord est salé parce que relié à l’Adour par un bras équipé d’une vanne, restaurée pour l’occasion, ouverte selon les marées, les coefficients et les précipitations... Le lac sud est plutôt fait d’eau douce, mais tout cela se complique lorsque l’on apprend que les échanges salins se font aussi sous terre... Ce qui donne un environnement "saumâtre". Bref, un bouillon de culture. Les bactéries, poissons, batraciens, insectes, rongeurs, mammifères et oiseaux s’en donnent à c¦ur joie, pour peu que l’on préserve un minimum leurs conditions. Il était donc temps.
Izadia mêle deux vocations : la science et la pédagogie. D’où, à côté de la promenade nantie de plusieurs "stations" d’information, l’édification de la Maison de l’environnement, en bordure du parking donnant sur le "lac nord". Tout en bois, ce long bâtiment de deux étages a pour toit une terrasse-observatoire et renferme une exposition permanente traitant de tous les aspects du parc. Panneaux, bornes numériques, installations audiovisuelles, jeux interactifs aucune astuce n’est oubliée. Au programme, l’historique, la biodiversité végétale, la chaîne alimentaire, les migrations (de poissons et d’oiseaux).
Le public est notamment informé de la vocation scientifique du parc. La directrice Madame Maria Loaëc parle d’un "laboratoire grandeur nature d’écologie de la restauration".
Cette récente discipline prend en compte le caractère évolutif des sites, surtout dans le cas d’un site dégradé, dont on ne peut pas forcément reconstituer l’écosystème d’origine. Cela implique d’être pragmatique. Pour exemple, la "plage aux oiseaux" qui est une "réaffectation écologique" : en gérant la montée des eaux, une faune marine est créée afin de nourrir les oiseaux. de même, à côté de l’aulnaie, de l’ormaie, de la pelouse à hélianthème à gouttes, de la pinède à chênes-lièges, y a-t-il une aire de cultures expérimentales, avec la mise en pépinière de semis de boutures, pour les végétaux font l’objet d’un programme de réinsertion.
Le coût de 2 800 000 euros (moitié-moitié entre parc et maison) est essentiellement porté par la Communauté d’agglomération du BAB, mais le fonctionnement de l’ensemble n’est en revanche assumé que par la Ville d’Anglet, qui y consacre 400000 euros. Sept personnes sont embauchées et l’équipe se rode. Le public pourra découvrir les lieux à partir du 17 novembre.
Le parcours en extérieur est gratuit mais la visite de l’exposition permanente coûte de 2 à 4 euros. En attendant les cycles de conférences, voire des applications à la formation en écosystèmes dispensée à l’université de Montaury, le premier public visé est scolaire. Dès janvier, des ateliers seront mis en place en direction des cycles du primaire (les élèves du secondaire un peu plus tard). Pour ce faire, l’équipe a travaillé avec une conseillère de l’éducation nationale. "Notre volonté était d’être en adéquation avec les programmes", précise Mme Dequeker, élue chargée de l’environnement et qui anime depuis le début le comité de pilotage du projet.
Un objectif éducatif qui a pu raviver la fibre gasconne du maire Robert Villenave : "les Landais sont des pigniers, comme François Mauriac, ils n’ont que cette volonté de transmettre".