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Le JPB > Pays Basque 2007-11-03
Franquisme : loi tardive et décevante
Plus de 30 ans après la mort de Franco, les députés espagnols ont approuvé mercredi une loi controversée visant à réhabiliter les victimes de la Guerre Civile et du régime du "Caudillo" Francisco Franco

V oulue par le chef du gouvernement socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero, petit-fils d’un capitaine républicain fusillé par les troupes de Franco, cette loi a eu une gestation longue et douloureuse, symptomatique des plaies encore vives laissées par la Guerre civile (1936-39) et la dictature qui a suivi jusqu’à la mort de Franco en 1975.

La loi dite de "Mémoire historique" a reçu le soutien de tous les autres groupes parlementaires à l’exception du principal parti d’opposition, le Parti Populaire (PP, droite) et des nationalistes catalans de gauche ERC.

Ce texte qui a suscité beaucoup de controverses en Espagne, a pour objet de "reconnaître et accroître les droits" de ceux "qui ont souffert de persécutions ou violences (...) durant la Guerre civile et la Dictature".

Ce projet avait commencé par être rejeté par pratiquement tous les partis, en dehors du parti socialiste (PSOE), et aussi par les associations des victimes, pour des raisons souvent diamétralement opposées.

Le principal parti d’opposition, le Parti Populaire (PP, droite) le dénonçait comme un texte "dangereux" et "inutile", estimant qu’il ne faisait que "rouvrir les plaies du passé" et "diviser les Espagnols".

Au contraire, les associations de victimes républicaines et les petits partis de gauche le trouvaient souvent trop neutre et n’allant pas assez loin dans la condamnation du franquisme.

Après des mois de tractations parlementaires, le projet de loi a fini par recueillir un plus large accord, gagnant l’appui de la coalition écolo-communiste IU-ICV et de partis nationalistes comme CiU (Catalogne) et PNV (Pays Basque).

Le PP a voté globalement contre la loi mais a dû finalement approuver plusieurs de ses articles, notamment celui visant à interdire toute manifestation de nostalgiques d’extrême-droite dans le mausolée du franquisme, la Basilique du "Valle de los Caidos" où Franco est enterré. Le PP n’a jamais condamné le franquisme, au contraire, ses membres ont rappelé ces derniers jours les "bienfaits" du franquisme. Le président d’honneur du parti n’est autre que Manuel Fraga Iribarne, ministre de l’information de Franco.

Valle de los Caidos

L’Espagne va profiter de cette loi pour rendre un peu plus présentable l’encombrant mausolée franquiste.

La loi prévoit de "dépolitiser" cet imposant monument creusé dans la montagne à une cinquantaine de kilomètres de Madrid.

Selon un amendement au projet de loi du gouvernement socialiste, il sera désormais interdit de rendre hommage sur place au général Franco ou à son mentor idéologique, Primo de Rivera, qui y est également inhumé.

Jusqu’à présent, chaque 20 novembre, jour anniversaire de la mort de Franco (20 novembre 1975) et de Primo de Rivera, fondateur de la Phalange (20 novembre 1936), y était marqué par des cérémonies de nostalgiques d’extrême-droite.

En vertu de la future loi, cette immense nef de 262 mètres de long, creusée dans le roc et surmontée d’une immense croix, sera "régie strictement" comme n’importe quel autre lieu de culte.

De plus, les deux énormes écussons de pierre aux armes du régime franquiste qui ornent l’entrée, pourraient être éliminés, selon un autre aspect de la loi stipulant le retrait de tous les symboles restants de la dictature.

Mais, il sera difficile de rendre parfaitement neutre ce lieu voulu par le caudillo pour "célébrer la mémoire de ceux tombés pour la glorieuse croisade", les combattants franquistes de la guerre civile (1936-39) qui avaient renversé le gouvernement républicain élu du Front populaire. Une tentative avait déjà été faite sous Franco lui-même pour rendre plus acceptable l’endroit, aux yeux du Vatican notamment, avec l’accueil des dépouilles non seulement des franquistes mais aussi de républicains. Au total, 40000 à 60000 personnes seraient inhumées dans des cryptes, aménagées au fond de la basilique.

Mais aucun décompte précis et public n’a été tenu, déplore Emilio Silva, président d’une association de victimes, l’Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH). Selon lui, ces registres, où les morts républicains apparaissent souvent sous la désignation "Inconnu", sont conservés par des moines bénédictins dans l’abbaye voisine. Une employée du Patrimoine national, la fondation qui gère le site assure au contraire que les "fiches" des inhumés se trouvent "ici dans le bureau" de la fondation, à l’entrée de la basilique.

"Tout ce qui est lié au Valle de los Caidos est imprécis. Le monument se trouve dans un incroyable vide juridique", résumait récemment le quotidien El Pais.

Une chose est sûre: les familles des inhumés n’ont accès ni aux registres ni aux cryptes où ils reposent, dont l’accès est fermé à tous par une porte. La plupart des victimes républicaines ont été inhumées sans consentement des familles et certaines d’entre elles cherchent maintenant à récupérer les corps, sans succès, selon M.Silva. "Plutôt que de dépolitiser ce lieu, il faudrait au contraire le politiser et parler des 15000 prisonniers politiques" qui ont travaillé à l’excavation de la basilique, ajoute-t-il. Mais, pour la porte-parole d’Amnesty International Espagne, Eva Suarez-Llanos, la décision de "dépolitiser" l’endroit peut "aider à la réhabilitation morale des victimes" du franquisme.

Cependant, "une réhabilitation authentique passe par l’accès à la vérité, la justice et la réparation", ce que la future loi de la Mémoire historique ne garantit pas pleinement, selon elle.

Les associations de victimes ont réclamé en vain que la dépouille de Franco soit déplacée vers un cimetière privé et que le Valle de los Caidos abrite désormais un centre de mémoire historique sur la guerre civile.

Déceptions

Les associations et ONG, très critiques au début, sont devenues plus positives. "La loi a été améliorée", a déclaré Eva Suarez-Llanos. Le point crucial du texte concerne la déclaration "d’illégitimité" des procès franquistes qui ont abouti à l’exécution de 50000 Républicains après la Guerre civile et à l’incarcération de dizaines de milliers d’autres, mais pas leur annulation.

Cette qualification, fruit d’un compromis entre les socialistes et les écolo-communistes d’IU-ICV, ouvre la porte à de possibles procès en révision mais de manière "limitée et ambiguë", selon AI.

Il reviendra aux juges du Tribunal suprême de décider des conséquences juridiques à donner à cette déclaration "d’illégitimité". Jusqu’à présent, la justice espagnole a toujours rejeté les demandes de révision.

Par ailleurs les victimes du franquisme s’attendaient à une loi qui prévoit une "réparation", mais ce terme a été mis de côté pour la remplacer par une "reconnaissance morale" qui de fait, s’est avérée décevante.

Autre élément phare qui a lui aussi été ajouté au projet socialiste: l’obligation d’enlever tous les symboles restants du franquisme sur les édifices publics.

Cependant, sur ce point, un changement de dernière minute a été introduit pour permettre aux églises d’invoquer des raisons "artistico-religieuses" pour conserver les plaques ou autres écussons datant de la dictature.

Après cette approbation, ce texte phare de la législature socialiste, ira au Sénat et reviendra éventuellement au parlement (en cas de modification du texte par les sénateurs) pour une approbation finale d’ici la fin de l’année.

La loi a également déçu ceux qui attentaient des changements dans les institutions héritières du franquisme, comme les institutions judiciaires et policières. Par ailleurs aucun ancien responsable du franquisme n’a jamais été poursuivi pour les crimes perpétrés pendant la dictature.



Le franquisme : quatre décennies de dictature
Le général Francisco Franco a été, jusqu'à sa mort en 1975, le dernier dictateur d'extrême droite en Europe, donnant son nom au régime autoritaire et réactionnaire qu'il instaura, le franquisme, après sa victoire en 1939 sur les républicains.

Général à l'âge de 33 ans, Franco prend en juillet 1936 la tête d'un soulèvement militaire au Maroc espagnol contre le gouvernement républicain. En mars 1939, après trois ans de guerre civile, ses troupes occupent toute l'Espagne. C'est le début d'un régime qui survit pendant 39 ans à tous les changements internationaux.

Nommé chef de l'Etat par la junte militaire, appelé "Caudillo", Franco dote l'Espagne d'un régime catholique autoritaire et corporatiste, et étouffe toute velléité d'opposition. La répression frappe - 500.000 détenus en 1940, 50.000 républicains exécutés -, l'exil est massif. En 1947, Franco consolide le régime en rétablissant la monarchie dont il s'institue régent à vie.

Le régime franquiste bénéficie à ses débuts de l'aversion de nombreux Espagnols pour les exactions antireligieuses des républicains durant la guerre civile. Mais ses principaux soutiens sont, outre le clergé catholique, les grands propriétaires terriens et la bourgeoisie industrielle et financière. Jusqu'en 1968, année où éclatent les premiers troubles sérieux au Pays Basque, le régime franquiste semble inébranlable. L'Espagne franquiste choisit la neutralité durant la Seconde Guerre mondiale, en dépit de l'aide reçue d'Hitler et de Mussolini pendant la guerre civile et de son adhésion au pacte Antikomintern (mars 1939). A la différence d'autres pays d'Europe occidentale, elle ne bénéficie pas du Plan Marshall (1948), qui ouvre une ère de développement économique chez ses voisins. Mais les Etats-Unis installent à partir des années 1950 des bases militaires en Espagne, en pleine guerre froide.

Les dernières années du franquisme sont mouvementées. En 1973, les indépendantistes basques de l'ETA tuent à Madrid le numéro deux du régime, l'amiral Luis Carrero Blanco pressenti comme le successeur de Franco. Dans la rue, les manifestations d'étudiants hostiles à la dictature se succèdent. Elles sont durement réprimées.

Franco meurt le 20 novembre 1975 à l'issue d'une interminable agonie. Juan Carlos, successeur désigné depuis 1969, est proclamé roi deux jours plus tard. La dictature est officiellement abolie en 1978, avec l'adoption de l'actuelle constitution démocratique.


 
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