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Le JPB > Pays Basque 2007-11-03
Avortement, pas sur le sol navarrais
·Plus d’une vingtaine d’années après l’entrée en vigueur de la loi sur l’avortement, cette pratique reste impossible

Avorter en Navarre est un droit qui ne peut pas être exercé. Même si la législation espagnole a approuvé en 1985 la "loi de dépénalisation de l’avortement", cette pratique reste impossible sur le territoire navarrais. La communauté forale, un fief de l’organisation ultra-catholique Opus Dei, est devenue une "zone de non-droit" en ce qui concerne l’interruption volontaire de grossesse.

Chaque année des dizaines de femmes doivent prendre leurs valises pour aller avorter ailleurs : à Donostia, à Bilbao, à Saragosse, à Madrid, à BarceloneŠ En 2005, 639 femmes navarraises ont avorté hors des frontières de la province. En 2006 le chiffre a été très similaire. Ni la prestigieuse clinique universitaire gérée par l’Opus Dei, ni l’hôpital public n’offrent ce service. Si pour l’hôpital privé catholique la raison est compréhensible, le fait que l’avortement ne puisse être pratiqué à la clinique publique provoque l’exaspération des associations pro-avortement. Pourtant, le gouvernement navarrais ne se sent pas interpellé. Mené par la branche régionale du Parti Populaire, l’UPN, l’exécutif navarrais argue que tous les médecins font de l’objection de conscience. Tous ?

Lorsqu’en 1985 la nouvelle loi a légalisé l’avortement pour trois cas concrets (risque pour la santé physique ou psychique de la mère, viol et malformations du f¦tus), trois gynécologues de l’hôpital public Virgen del Camino de Navarre ont commencé à pratiquer des interruptions volontaires de grossesse. Immédiatement l’un des cas a été rendu public par le quotidien ultra-conservateur Diario de Navarra, et les pressions, les menaces et les harcèlements s’en sont suivis. Les choses n’en sont pas restées là. Acción Familiar, une association qui se présente en tant qu’organisme de "défense du mariage et de la famille", proche de l’Opus Dei, a déposé une plainte: les trois médecins ont été jugés et pendant le procès en 1990 Iruñea-Pampelune est devenue une ville de manifestations pro et anti-avortement. Les trois professionnels ont été relaxés, mais le malaise perdure. Certains médecins préfèrent ne pas rentrer dans le débat de crainte de devenir la cible d’une campagne de harcèlement. D’autres, qui n’ont pas cette crainte, ont adressé une lettre à la ministre navarraise de la Santé, María Kutz, pour lui signaler qu’ils ne sont pas objecteurs de conscience et qu’ils pourraient offrir ce service, mais ils n’ont pas reçu de réponse.

Fin octobre le Parlement navarrais a débattu sur la question. Avec le vote favorable des parlementaires de la coalition abertzale Nafarroa Bai, des socialistes du PSN ainsi que des écolo-communistes d’IUN, l’hémicycle a demandé au gouvernement navarrais de garantir l’exercice du droit à l’avortement dans les cas prévus par la loi de 1985. Ils ont souligné qu’il était temps "d’en finir avec la criminalisation de la femme" et de "mettre un terme à ce désastre sanitaire" qui fait des femmes "des pèlerines du XXIe siècle". L’UPN et son associé le CDN ont voté contre.

Selon la ministre María Kutz, en Navarre, "la loi est respectée" mais "on y respecte aussi le droit des médecins à exercer l’objection de conscience". José Andrés Burguete, du CDN, a assuré que le droit des femmes est garanti en Navarre dans le cadre de la loi mais "avec une formule avec laquelle nous nous sentons à l’aise". Cette formule n’est autre qu’une subvention pour que les femmes qui souhaitent interrompre leur grossesse puissent le faire ailleurs.

Un porte-parole de l’association Acción Familiar, qui s’était portée en justice contre les trois médecins, a récemment résumé dans la presse la situation qui est vécue en Navarre : "Personne ne veut de transgression de la morale chez soi. S’il faut le faire, que ce soit hors de notre sol".



Un groupe de cliniques lance un projet

Au lendemain du débat parlementaire, l’association des cliniques accréditées pour l’interruption volontaire de grossesse (Acai) a annoncé son intention de mettre en place une clinique en Navarre qui pratiquerait l’IVG. Le groupe qui réunit déjà 31 cliniques en Espagne, espère surmonter les obstacles et les pressions exercées par les ultra-conservateurs en dépêchant du personnel médical en Navarre juste pour les interventions. "C’est une question de solidarité qui répond à la déclaration de Beijing et de l’OMS" rappelle Eva Rodriguez directrice du groupe clinique. Néanmoins l’intervention restera payante puisqu’elle aura lieu dans la sphère privée. Pour l’instant aucune date n’est avancée.


 
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