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Le JPB > Sujet à la une 2007-10-19
La défense des régimes spéciaux soutenue par la grève et la rue
·Après une grève suivie contre la réforme de leur régime de retraite, cheminots et électriciens attendent la réponse de Paris

Cette fois les chiffres des organisateurs et des manifestants coïncident presque. 1800 selon les premiers, 1700 pour les seconds. Tous pour demander l’ouverture de négociations sur le projet de réforme des régimes de retraites des cheminots, électriciens et gaziers. Une manifestation partie hier matin de la gare de Bayonne avec une banderole de tête portée par les seuls représentants de la CGT et de la FSU clamant "Unis pour gagner".

Auparavant, des assemblées générales de cheminots ont été organisées à Bayonne et à Hendaye, réunissant respectivement une centaine et 80 cheminots. La CGT, ultra-majoritaire, a fait prévaloir le mode d’action initialement adopté de "grève carrée" de 24h. L’idée de grève reconductible, défendue par FO, SUD-Rail et FGAAC (conducteurs), n’avait pas de relais local. Cette éventualité est laissée à plus tard, si le gouvernement ne répond pas favorablement d’ici à la fin du mois à "l’ultimatum" envoyé par les huit fédérations syndicales de la SNCF. Le trafic ferroviaire devrait donc reprendre progressivement et normalement aujourd’hui.

Si aucun train n’a circulé hier au Pays Basque, les lignes de bus urbaines (de la STAB) et interurbaines ont fonctionné normalement. De même que l’aéroport de Biarritz a connu un trafic normal.

Si la grève a été fortement suivie à la SNCF et à EDF-GDF, principaux concernés par le projet d’alignement, "par le bas" précisent les syndicats, des retraites, elle a été moindre à La Poste la CGT et SUD avaient déposé un préavis et la direction a indiqué que 8% des agents l’avaient suivie en Aquitaine, 30% à Bayonne avec la distribution du courrier assuréeou dans l’Education. Rares sont les écoles qui ont fermé comme à Ispoure par exemple. Nombre d’enseignants étaient néanmoins présents dans la manifestation avec des drapeaux FSU. Ils étaient précédés par le gros de la manifestation qui était constituée de salariés grévistes de la CGT, cheminots en tête, suivis des électriciens et gaziers. Des grévistes de tous âges, les plus jeunes animant un camion-sono alternant la chanson du chiffon rouge, techno, et les Fabulous. Des salariés du Conseil général, du Centre hospitalier, de la métallurgie, des retraités PTT, avaient chacun leur banderole CGT ("on se lève tous pour l’emploi et les 35h" précisait celle des métallos). Puis après la FSU, venait en queue de cortège le syndicat SUD, puis LAB qui sur le pont Saint-Esprit a accéléré le pas pour se retrouver devant le PCF qui fermait le cortège. Du côté des politiques on a pu remarquer la présence de la maire de Boucau Marie-José Espiaube, ou du candidat socialiste malheureux aux législatives Jean Espilondo.

"Je suis là contre Sarkozy"

Les drapeaux CFDT le syndicat appelait à la grève à la SNCF et à EDF-GDF étaient rares. "Nous ne sommes pas nombreux parce que nous avons moins de capacité à mobiliser" a reconnu l’électricien Jacques Lannes, ajoutant que l’important est le comptage des grévistes, pas des manifestants. "Je suis parti chercher les drapeaux, personne n’a voulu les porter" râle son collègue. Tous deux espèrent que par cette grève une négociation aboutisse à un passage aux 40 annuités de cotisation en 10 ans au lieu de 5. "Certes Sarkozy a été élu avec 53%, mais dans l’histoire on mesure la place accordée aux minorités on en sait quelque chose ici au Pays Basque, et 47% c’est une minorité à considérer car sinon on s’expose à un retour de flamme comme avec le CPE" analyse J.Lannes.

Plus rares encore, ceux de FO. Bernard Lantonnet, conseiller prud’homal explique que le secrétaire est parti à Bordeaux, en renfort, avec l’habituel camion-sono. L’UNSA elle, était totalement absente.

L’écrivaine Itxaro Borda relate qu’elles sont trois grévistes au bureau de Poste de Saint-Esprit. Elle est là "pour le service public", "et aussi, personnellement, contre Sarkozy". Jéronimo Prieto de LAB se déclare favorable à une grève reconductible mais "cela ne se décrète pas". Le cheminot à Hendaye fait part d’échos en provenance "de la base" qui tousserait au fait que cette possibilité "n’a même pas été évoquée". Daniel Fajardo de Sud Ptt est plus sombre: "on a perdu ce mouvement-là il y a trois ans [réforme des retraites de Fillon]". Néanmoins "je suis là pour les cheminots, solidaire jusqu’au bout, mais réaliste".

Un réalisme qui se traduit dans le texte commun CGT-FSU, par une analyse de l’objectif de Fillon et de Sarkozy "de faire passer à marche forcée la politique de réduction du coût du travail et des déficits publics exigés par l’Union européenne et de satisfaire aux exigences du Medef". Pour Dominique Mélé, qui a lu la prise de parole aux marches de la sous-préfecture, "comme en 93! comme en 2003, l’objectif est de baisser de 20% le niveau relatif des retraites". Par cette grève, "il ne s’agit pas de défendre quelques privilégiés, mais de lutter contre l’escroquerie intellectuelle de Sarkozy qui tend à faire croire que la suppression des régimes spéciaux permettra la revalorisation des petites pensions du régime général". Et d’égrener une série de revendications comme l’indexation des pensions sur les salaires ou un financement des retraites avec une assiette de cotisations élargie à tous les revenus tels que les stock-options. Un résumé a été laissé au directeur de cabinet du sous-préfet. Fin du premier round.



"Sur la base de salaires minimes, nos retraites seront une misere"

"Nous sommes tous concernés. Les plus jeunes qui sont embauchés à la SNCF le sont à un âge avancé, alors si on augmente la durée de cotisation... donc les jeunes aussi sont motivés par la défense des retraites. J’ai 36 ans, et été embauché voilà 10 ans après 6 ans de CDD. Nos retraites sont calculées sur le salaire de base qui est minime, on n’a pas les moyens d’économiser, alors bien sûr on s’inquiète car nos retraites seront une misère."



"Je suis là par solidarité avec les cheminots"

"Je suis là par solidarité avec les cheminots. On est tous concernés. Avec mon syndicat le SNUIPP on veut arrêter la casse de l’école et l’on fera une grève en novembre, mais il me semble important de commencer dès aujourd’hui. Plus il y aura de métiers et de corporations impliqués et mobilisés plus on aura de chance de l’emporter. On a vu beaucoup de grèves aller à l’échec à cause de cela."



"Je ne touche que la moitié de la pension de mon mari"

"Je suis veuve. Mon mari travaillait à l’EDF. Ma retraite est très petite. C’est la pension de reversion. Je touche la moitié de la pension. Donc je manifeste pour l’augmentation des pensions, et aussi par solidarité avec les actifs.



"On met en cause des acquis sociaux dans le public, avant le privé"

"La réforme ne se justifie pas. Il faut savoir que les régimes spéciaux contribuent au régime général à hauteur de 5 milliards d’euros. Et les départs anticipés ne concernent que les métiers pénibles. Il y a beaucoup de contre-vérités qui se disent. C’est un moyen d’affichage pour remettre en cause des acquis sociaux, d’abord dans le public, avant de s’attaquer au privé."



"Avec la réforme des retraites nous perdrions 200 euros par mois"

"Je suis là pour la défense des services publics, et contrairement à ce que croient souvent les agents territoriaux nous sommes aussi concernés par le projet de réforme du mode de calcul de nos retraites. Actuellement elles sont calculées sur les 6 derniers mois contre les 25 dernières années dans le régime général, ce qui en moyenne se traduirait par une baisse de 200 euros par mois. Signalons que nos cotisations sont supérieures à 30% alors qu’elles sont de 26% dans le régime général."



Une grève plus suivie qu’en 1995
Les grèves dans les transports, jeudi, contre la réforme des régimes spéciaux de retraite étaient très suivies à la SNCF (73,5% de grévistes) et la RATP, moins dans les transports urbains, pour la première mobilisation syndicale d'envergure qu'affronte Nicolas Sarkozy. Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, s'est dit dans la matinée "prêt à recevoir" les organisations syndicales sur la réforme "dès la semaine prochaine" mais le gouvernement, a rappelé son porte-parole, Laurent Wauquiez, n'entend "pas céder" sur l'augmentation de la durée de cotisation de 37 ans et demi à 40 ans.

Les syndicats de cheminots, unis pour la première fois depuis 1995, sont entrés dans l'action dès mercredi soir, jusqu'à vendredi 08H00 pour cinq d'entre eux alors que SUD Rail, FO et la Fgaac (agents de conduite) ont appelé à la reconduite de la grève. La Fgaac a toutefois entamé des "négociations" avec la direction de la SNCF.

La grève nationale à la SNCF était suivie jeudi à 11h00 par 73,5% des cheminots, selon la direction, contre 67% au plus fort du conflit de 1995. "Le taux de participation au mouvement social de ce jour, jeudi 18 octobre, s'établit à 11H00 à 73,5%", écrit la direction de l'entreprise publique dans un communiqué. "C'est un sacré taux !", a commenté un porte-parole.

Pour le secrétaire général de la CGT-cheminots, Didier Le Reste, "le mouvement est exceptionnel, recèle de fortes potentialités de mobilisation et porte des exigences très fortes en matière revendicative", a-t-il dit. "Le 13 mai 2003, 62,4% des agents avaient fait grève contre le projet de réforme qui portait sur le régime de la fonction publique", rappelle le communiqué de la SNCF.

Pour le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, les salariés concernés par les régimes spéciaux n'ont "pas d'autres choix que la grève". Il y a un "ras-le-bol général" qui dépasse la question des retraites : "les machines marchent mal, la hiérarchie nous pressure", déclarait jeudi à l'AFP un cheminot de l'Essonne.

A Lyon, Toulouse, Nancy, Rouen, Bourges, Tours, les transports en commun étaient perturbés, alors qu'il n'y avait pas de difficulté à Lille, Metz, Bordeaux, Rennes, Nantes ou Brest. A Paris, le trafic RATP était "très fortement perturbé", avec aucun RER A et B.


 
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