Un spectacle qui ne tient pas ses promesses
Une voix off annonce que nous sommes dans l’Amérique latine des années 70, celle des dictatures, avec son lot de personnes assassinées, disparues, torturéesŠ Dans l’ombre, pièce à trois voix, presque trois monologues, paroles qui se croisent et s’échangent rarement autour de retrouvailles fixées au fameux passage à l’an 2000. L’occasion de se pencher sur ce que nous nous étions promis pour le changement de siècle parce que comme le dit l’un des personnages, cela n’arrive qu’une fois par siècle. Que sont devenues nos promesses oubliées?
Ici deux hommes, une femme qui doivent se retrouver, ils se le sont juré des années auparavant. On se cherchera, on se trouvera.
Lumière dans la salle. Pour replonger dans l’obscurité des retrouvailles des deux hommes autour de l’absente, la femme dans l’ombre. Que sont-ils devenus, qu’est-elle devenue ?
Deux hommes en costume blanc, l’un prolixe, l’autre muet. "les héros sont muets " disait-elle. Ils l’ont tous deux aimé. Mais que reste-t-il de nous s’interroge l’un. La femme dans l’ombre apparaît au fond et prend la parole. Elle raconte ce qui est advenu pour elle, ce qu’elle est devenue. Elle devient l’histoire de ce pays, l’écho de toutes celles et de tous ceux qui ont lutté, de toutes ces personnes qui ont connu la torture. L’homme en blanc, le muet, l’ambassadeur qui a servi son pays, raconte sa jouissance non pas de torturer mais de pouvoir décider quand cela doit s’arrêter ou continuer.
Elle ne viendra pas ce soir annonce-t-il à son ami. Pourquoi n’a-t-elle pas parlé? Qu’est-ce qui peut pousser les gens à l’héroïsme ? Que deviennent les amours, les utopies à l’épreuve du temps et de la barbarie ? Il ne l’a pas touché dit-il, son c¦ur a lâché.
La présence de la femme dans l’ombre, entre ombre et lumière, la danse de sa vie qui défile sous nos yeux nous tient en émoi. Ses disparitions scéniques laissent un grand vide et l’homme en blanc qui fait de l’import-export, devient un personnage encombrant qui masque le sens qu’aurait pu prendre ce serment de se retrouver dans l’avenir, quoi qu’il arrive. Peut-être manque-t-il un peu de silence, de respiration pour que Dans l’ombre nous transporte réellement dans ce voyage dans l’humanité qu’Agathe Alexis nous avait promis.
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