Askatasuna dénonce un montage politique
·L’association craint une transposition en France des "thèses du juge Baltasar Garzón"
L’association pour la défense des droits des prisonniers politiques basques Askatasuna a dénoncé hier le caractère politique de l’opération policière du 24 septembre au cours de laquelle 15 personnes ont été arrêtées en Pays Basque nord, dont cinq écrouées à Paris et deux autres qui font l’objet d’un Mandat d’arrêt européen. Selon la porte-parole de cette association, Anaiz Funosas, qui était accompagnée des avocates Yolanda Molina et Xantiana Cachenaut, l’opération est un "montage policier" ayant pour but de "criminaliser des associations qui militent pour des dynamiques différentes mais surtout celles qui travaillent contre la spéculation immobilière".
Askatasuna craint une transposition des "thèses du juge [de l’Audience Nationale espagnole, Baltasar] Garzón" ayant servi à mener des opérations contre grand nombre d’associations et organisations au Pays Basque sud, dont l’association Askatasuna elle-même. "Vu le pari répressif, vu les montages qui sont en place, on peut s’interroger sur une éventuelle illégalisation".
Anaiz Funosas a rappelé la situation des cinq personnes écrouées à Paris sous le chef d’inculpation d’"appartenance à une association de malfaiteurs" et "complicité de destruction et de dégradation par substance explosive" dans le cadre de l’attentat contre l’auberge ŒOstape’ du restaurateur Alain Ducasse en 2006. La porte-parole d’Askatasuna a expliqué que les interrogatoires des détenus ont été axés sur "l’activité de Batasuna, de Segi ou du collectif contre la spéculation Lurra, alors que les questions sur l’affaire Ducasse ont été assez brèves".
Selon cette association, "cela montre quel était l’objet de l’opération mandatée par les juges Laurence Levert et Marie-Antoinette Houyvet: criminaliser ces organisations". Anaiz Funosas a évoqué l’arrestation en 2004 du porte-parole d’Askatasuna Jean-François Lefort. "Alors que l’on nous avait vendu une histoire d’un lien supposé entre Jean-François Lefort et un membre de l’ETA, toutes les questions posées lors de l’interrogatoire tournaient autour d’Askatasuna de ses finances, de son travail".
Anaiz Funosas a ajouté que, comme dans le cas de l’arrestation de l’ancien porte-parole d’Askatasuna, "aujourd’hui encore c’est le témoignage d’une personne qui se trouve en prison qui est à la base de l’opération en Basse-Navarre. Or, ce témoignage date de 2006 et les arrestations se produisent en 2007, le jour du marché à Saint-Jean-Pied-de-Port, avec des GIGN (groupes d’intervention de la Gendarmerie Nationale) envoyés par le ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie".
Aucun élément de preuve
Les avocates des cinq détenus ont annoncé qu’elles ont fait appel de la décision d’incarcération et ont dénoncé elles aussi le caractère politique de l’affaire. "Tous les cinq nient depuis le jour de leur arrestation les faits qui leur sont reprochés. Au vu du dossier, nous pouvons dire qu’il n’y a aucun élément matériel, aucun élément objectif contre eux", a dénoncé Maître Molina tout en critiquant le fait qu’ils aient été écroués. "Ils ont tous un domicile, un travail, une famille, des enfantsŠ Et malgré ces garanties de représentation, il a été décidé de les incarcérer alors que des mesures de contrôle judiciaire auraient pu être prises".
"L’analyse que nous faisons c’est qu’il s’agit de répression pure et simple, d’une volonté manifeste d’intimider des militants", a estimé Me Molina qui a également dénoncé les "onze jours de galère" pendant lesquels les cinq détenus sont passés d’une prison à une autre et ont été retenus à Pau "sous prétexte que l’avion qui devait les transférer à Paris était tombé en panne".
L’avocate Xantiana Cachenaut a pour sa part évoqué le cas des deux jeunes de nationalité espagnole qui avaient été "arrêtés par hasard" lors de cette opération, Urtzi Garcia Montero, interpellé dans un appartement qu’il avait loué et où habitait l’une des personnes recherchées par la police française, et Gorka Betolaza, "qui était chez un ami lui aussi recherché". Pour tous les deux les autorités espagnoles ont émis des Mandats d’arrêt européens. "Le cas d’Urtzi Garcia est incroyable car le MAE concerne une affaire pour laquelle, par l’intermédiaire de son avocat, il s’était adressé au juge de l’Audience Nationale espagnole pour être entendu. Le juge lui a répondu par écrit que ce n’était pas la peine de se déplacer à Paris car il n’était pas du tout poursuivi. Or, une fois qu’il est arrêté par la police française, les autorités espagnoles émettent un MAE pour la même affaire dans laquelle il n’était pas poursuivi". Urtzi Garcia attend à la prison de Seysses (Toulouse) d’être remis en Espagne, car la Cour de Pau a accepté la demande espagnole. Concernant Gorka Betolaza, sa demande a été examinée et acceptée hier par le tribunal palois. Ce jeune était condamné en Espagne à six ans de prison pour son appartenance au mouvement de la jeunesse abertzale Segi.
Transferts
Askatasuna a par ailleurs informé des transferts de Pantxo Flores, Joan Bidart, Mizel Barnetche et Cédric Garay décidés par les juges d’instruction parisiennes Levert et Houyvet. Pantxo Flores a été emmené de La Santé à Poitiers; Joan Bidart de La Santé (quartier VIP) à Tulle; Cédric Garai de Fleury à Angoulême et Mizel Barnetxe de Fleury à Agen. Xabier Perez Susperregi, pour sa part, avait été transféré la veille à Bois d’Arcy mais "n’a pas été isolé des autres prisonniers basques comme les quatre autres", selon Askatasuna.
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