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Le JPB > Sujet à la une 2007-09-29
20 ans de luttes festives
·Le Patxoki célèbre aujourd’hui un anniversaire qui cerne son identité

Si peu de personnes savent où se trouve la place du Trinquet à Bayonne, c’est que le mouvement Patxa et le bar associatif le Patxoki qui la jouxte y ont imprimé une forte identité. Pour la petite histoire, le maire de Bayonne Jean Grenet lui-même, fut confus de ne plus retrouver le nom de la Œplace Patxa’ lors d’une séance du Conseil Municipal. Voilà 20 ans que ce mouvement de jeunes de la gauche abertzale occupe les lieux. Et si les temps ont changé autour de ce local du petit Bayonne qui voudrait devenir aujourd’hui une maison de quartier et s’ouvre à une multitude d’associations, l’identité du Patxoki reste intimement liée aux mouvements militants des années 80 et 90 en Pays Basque nord. Syncrétisme des pensées libertaires, progressistes, indépendantistes, anti-militaristes, anti-sexistes, cette identité s’affiche aujourd’hui pour célébrer cet anniversaire. Une journée qui promet de renouer avec le slogan qui régissait les lieux à l’époque : "besta bai, borroka ere bai" (Œla fête oui, la lutte aussi’). Concerts, repas, bertsu, agrémenteront une conférence qui reviendra sur le contexte politique de l’époque et une exposition de photos et d’affiches de ces 20 dernières années (programme p 29).

"A l’époque, on passait pour des anti-tout" se souvient Klodina, qui gère aujourd’hui bénévolement le Patxoki avec Xano. Mais si les manifs s’enchaînaient, comme les conférences, les slogans ou les occupations d’immeubles vides, le Patxoki générait aussi de nombreuses initiatives constructives dans le quartier. Concerts et pièces de théâtre étaient légion, pour animer la place du Trinquet ou pour accompagner l’avènement du rock basque. Pendant les fêtes de Bayonne, c’était au Patxoki que s’organisaient la prévention et la lutte contre les viols. Des bénévoles du "comité anti-viols" du Patxoki, en collaboration avec le planning familial, raccompagnaient notamment les femmes seules à leur véhicule. "Victime, témoin, réagit" prévenait une affiche. Une autre campagne concernait la lutte contre l’héroïne. Avec les slogans Heroina kanpora, ou "la meilleure défonce c’est l’attaque" on faisait la chasse aux dealers dans les rues du petit Bayonne. D’autres commissions étaient moins sérieuses, comme celle du "comité bronzage" dont l’activité essentielle consistait à se balader nu sur la plage de Tarnos. Et pendant que certains enquêtaient, au sein de la "section Oroi eta Sala" sur les implications françaises dans les attentats du Gal, d’autres organisaient des soirées "Cathala paf", hommage ironique à un commissaire d’époque et à la tequila.

Entre Batzoki et Patxaran, le Patxoki faisait ce lien entre la fête et la lutte. Chaque semaine d’été, les touristes étaient conviés à une soirée sur "les luttes au Pays Basque".Les photos d’époque, religieusement conservées par Xano, attestent de cette militance souriante.Un "côté un peu matheux" que cet ancien ingénieur assume pleinement, en assurant une gestion au cordeau, et en notant tout.Au sein du Patxoki, qui est prêté à toute sorte d’associations "pas forcément politiques ou abertzale" à condition d’être respectueux de la culture basque et des "luttes sectorielles ou féministes", l’organisation rappelle celle de la marine.Tout y est fonctionnel.Sur son livre de bord, Xano note tout.On sait ainsi que le bar fonctionne mieux en cas de beau temps.Que le kalimotxo permet aux associations de faire de meilleures marges.

Mais les temps ont changé."l’ambiance des années 80 n’est plus là" reconnaît Klodina.Pour le Patxoki, l’heure est à la maison de quartier, aux cours du soir pour les enfants dans le cadre, Xano et Klodina l’espèrent, du réaménagement de la place du Trinquet en véritable lieu de vie.



Un souffle libertaire
I.E.

Tout d’un coup, le champ de l’abertzaléisme s’est élargi. Non pas que les questions féministes, ou des squats n’aient pas existé jusque-là au sein du mouvement nationaliste basque. Mais cette mise en questions de l’ordre établi dans tous les domaines de la vie a rencontré l’irruption d’un mouvement de la jeunesse cristallisé autour de l’explosion du phénomène du rock radical basque à la seconde moitié des années 80.

La naissance de l’irrévérencieux Patxa et de son local le Patxoki date d’alors. Sa première apparition publique se produit lors d’une manifestation contre un meeting de Le Pen en 1986, et son premier concert de rock organisé à Arbonne avec Cicatriz. L’onde de la musique punk et ska atteint alors les rivages du Golfe de Biscaye. Les fanzines, forme particulière d’édition au prix de la photocopie, se multiplient. Kalimotxo, Patxaran,... Tout comme les soirées "bombages". Et ce n’est pas qu’un phénomène côtier. A Garazi, on retrouve les mêmes ingrédients : autour d’un lieu (le batzoki), une bande de jeunes turbulents fait son apparition autour du groupe Uharteko punkak, d’une émission de radio sur Irulegiko irratia, et du fanzine Apoak. Les radios d’expression basque accompagnent le mouvement, enregistrant et diffusant les concerts des Kortatu, Hertzainak, et autre La Polla Records. Autant d’occasion pour Patxa de tenir des tables d’infos d’Hendaye à Esterençuby. La dimension festive, voire de défonce (mais contre les drogues dures alors en vogue), accompagne le nouveau slogan de Besta bai borroka ere bai. Toujours avec humour. Il n’est que de rappeler le programme politique défendu alors, celui de "l’alternative Gin-Kas" dont un des points cardinaux est la transformation de la Cathédrale de Bayonne en salle de rock...

Questions sérieuses

Une dérision qui n’empêche pas de se saisir de questions sérieuses. Celui du logement et de la propriété avec l’ouverture de squats, de Gaztetxe. Le soutien et la promotion de l’insoumission (au service militaire). Un antimilitarisme développé également au sein de comités lycéens alors inquiets des accords Education nationale-Défense (dont un certain Chevènement, déjà, est le pourvoyeur) et siégeant au Patxoki les mercredis après-midi et lors des nuits lycéennes, quand ce n’est pas au moment des grèves ‹nous sommes entre le mouvement anti-Devaquet et la grande grève des lycéens de 1990.

D’une première autodéfinition, farceuse, "d’éthylico-radical", le groupe Patxa se définit plus tard comme "indépendantiste, anti-fasciste, anticapitaliste, assembléaire, et féministe". Sur ce dernier point, le groupe, qui fonctionne beaucoup de façon affinitaire, sera à l’initiative de campagnes contre les viols durant les fêtes de Bayonne ‹au sein d’un programme de "fêtes alternatives"‹ avec affiches et permanences téléphoniques, ainsi qu’un travail régulier sur le vocabulaire (du type "enculé n’est pas une insulte mais une pratique sexuelle"...). Une "radicalité" qui s’illustrera jusque dans un look. Ce sont les beaux jours du tee-shirt militant et/ou du collant serré aux couleurs vives.

"Elections, piège à cons"

"Assembléaire", le groupe reprend à son compte les préceptes libertaires, fustigeant la délégation de pouvoir. Patxa ne manquera pas d’ironiser sur les candidatures abertzale unitaires de 1988 en représentant en "une" de son fanzine le trio Aurnague-Irazusta-Charritton avec les yeux masqués de repris de justice. Indépendantiste, le mouvement se distancie de mouvement abertzale proche d’Iparretarrak, accusé d’être simplement régionaliste ou autonomiste, tout autant d’Euskal Batasuna, alors proche d’Herri Batasuna, dont la revendication départementale est jugée tout simplement ridicule. Quant aux "frères du sud", la méfiance est de mise vis-à-vis d’une gauche abertzale taxée de "stalinienne". Ce qui n’empêche pas le mouvement de tisser des liens avec des groupes à Gasteiz, Donostia, ou dans quartier populaire d’Otxarkoaga à Bilbo. Ni de prôner un rapprochement dans le soutien aux prisonniers d’Iparretarrak ou d’ETA. Les choses se gâteront en interne au début des années 90. Une scission marquera le mouvement avec une partie qui opérera une critique de mots d’ordre jugés par trop radicaux pour privilégier un "travail de masse". Ceux qui restent continueront le travail en commun engagé avec Oldartzen, groupe issu de Laguntza-EMA, afin de constituer un "pôle de radicalité politique" au sein du mouvement abertzale.

Les "Rock eguna" annuels ont connu de fortes participations, dans le sillage du concert des Bérurier noir en 1987 à Arcangues. Le mouvement de désobéissance civile ­dont le Pays Basque sud a alors le record européen, devant les objecteurs de conscience allemands‹ se traduira par une dizaine d’insoumis. Ce sont des centaines de jeunes qui participeront à un degré ou un autre aux activités de Patxa. Un creuset générationnel.


 
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