Donostiako zinemaldia
Wayne Wang envoie un message fort
·Le réalisateur de Smoke présentait en compétition A thousand years of good prayers, un duo père fille maladroit et très touchant
Après la projection mardi d’un premier film asiatique, Exodus de Pang Ho-Cheung, la sélection officielle du festival plonge dans l’univers de ce duo père-fille maladroit, mais très touchant. Un film drôle, attachant et profond, qui en dit long avec peu de mots et traite justement du langage ou de la communication, en relatant les retrouvailles d’un père chinois avec sa fille installée aux Etats-Unis.Le cinéaste d’origine hong-kongaise revient à ses origines."Un proverbe chinois dit qu’il faut mille ans de bonnes prières pour pouvoir dormir sur le même oreiller qu’un homme", explique l’héroïne du film, Yilan, à son amant russe. Dans Les mille années de prière, Wayne Wang, installé depuis de nombreuses années aux Etats-Unis, relate l’histoire d’un veuf pékinois, M.Shi, qui rejoint sa fille Yilan dans une ville moyenne des Etats-Unis lorsqu’il apprend que celle-ci vient de divorcer, et décide de rester chez elle jusqu’à ce qu’elle aille mieux. Le film, chaleureusement accueilli par le public donostiar qui a une nouvelle fois ovationné le réalisateur après la projection, met en avant les difficultés des deux personnages à exprimer leurs sentiments.
Communication
"Le père vient pour communiquer avec sa fille, mais finalement il communique mieux avec une vieille dame iranienne qui ne parle pas la même langue que lui", a souligné Wayne Wang en conférence de presse. Quelques scènes succulentes au passage, de cette amitié née sur un banc public entre deux êtres parlant si peu la même langue.Ou éclats de rire général dans le Kursaal lorsque deux Mormons tentent de convertir le vieux Chinois à leurs thèses.Des moments incongrus et bavards, qui tranchent avec les retours à la maison, autour d’un repas, lorsque les mots ne parviennent pas à percer entre un père et une fille.Un autre langage prend alors le pas, avec les mains, les regards, les attitudes.
"Le plus souvent, les Chinois ne parviennent pas à exprimer ce qu’ils veulent, à cause d’une langue très codifiée". La langue anglaise "est tellement pratique, c’est beaucoup plus facile d’exprimer ce que l’on ressent", a assuré Wayne à Donostia. Le réalisateur de Smoke, Ours d’argent au festival de Berlin en 1995, dresse un portrait tendre et drôle des premiers pas en Amérique de M. Shi. Après Coup de foudre à Manhattan avec Jennifer Lopez et Vacances sur ordonnance avec Queen Latifah et Gérard Depardieu, Wayne Wang revient au cinéma indépendant et à ses racines.
A Saint-Sébastien, il retrouve l’écrivain américain Paul Auster, président du jury de la sélection officielle, qui avait été le scénariste de Smoke et avec qui il avait réalisé Blue in the face (1995). Après ces collaborations, "nous avons eu des différends, mais j’espère que nous pourrons retravailler ensemble", a déclaré Wayne Wang, qui n’a pas parlé avec Paul Auster depuis plusieurs années. C’est sûr, c’est le moment.
|