Les langues ne sont pas logées à la même enseigne
·D’Ajaccio à Brest, de Strasbourg à Bayonne, tour d’horizon des usages linguistiques de France Bleu lors de sa présentation de rentrée à Paris
La Breizh touch s’est installée pour quatre jours au bord de la Seine pour sensibiliser le public parisien à la culture bretonne. Ce même jour, France Bleu a voulu faire toucher du doigt à un parterre de journalistes invités de la PQR entendre presse quotidienne régionale-, mais aussi à ceux de la presse parisienne, la qualité et la réalité d’un réseau de stations de radios locales, de proximité, et de service public. "Avec ses 41 antennes réparties sur le territoire, le réseau France Bleu est la seule chaîne nationale engagée dans la valorisation des langues de France, reflets des cultures régionales" affirme la direction de Radio France. Un réseau qui cultive la différence dans la manière de laisser une place aux langues locales.
La présence du basque, du corse, de l’alsacien, ou du breton connaît une grande disparité. "Cela s’explique par l’histoire de chaque station" analyse Bernard Liot, délégué pour la région Grand Ouest. Pour Pierre Jean, délégué pour le Grand Est "ces disparités correspondent à l’adaptation aux réalités du terrain". "Cela traduit aussi les rapports de force qui existaient au moment de la création de ces stations" va plus loin un vieux routier de la Maison ronde : pour la Bretagne, "c’était l’équivalent d’un Haritschellar qui avait pris la tête de la station à sa création". Dans tous les cas, "ce n’est pas Paris qui décide et impose à toutes les stations ce qu’il doit en être en la matière" ajoute celui qui a sous sa responsabilité quatre stations France Bleu dont la très bretonnante Breiz Izel.
Une radio tout en alsacien
Bernard Liot décrit ainsi pour la Bretagne une station qui diffuse environ 20% de son temps d’antenne en breton. Lors de la conférence de presse générale il a précisé qu’environ 20% également de la musique diffusée était également locale et fortement celtique, et a revendiqué avec fierté que "c’est la radio généraliste qui donne la part la plus importante à la langue bretonne". La station de Brest diffuse ainsi 5 journaux d’information dans la langue de Per Jakez Helias trois le matin et deux le soir. En outre, en semaine, un magazine culturel ("An Abadenn") occupe les ondes de 18h30 à 20h, auquel s’ajoutent des "pastilles", soit des petites séquences pédagogiques sur un mot, une expression.
En Corse, la politique linguistique est diamétralement opposée. Le directeur de France Bleu Frequenza Mora, Robert Kudelka a d’emblée déclaré qu’il s’agit pour la station de "faire du corse sans oublier le français". "A l’antenne, le bilinguisme est la règle, notre équipe passe du français au corse, et vice versa, avec une dextérité exceptionnelle, comme on parle sur le marché d’Ajaccio ou sur le port de Bastia". Ainsi, "la langue corse n’est pas confinée dans un ghetto" justifie le directeur. Néanmoins une émission quotidienne de 14 à 15h ("Dite a vostra"), uniquement en langue corse, invite les auditeurs à parler à l’antenne. France Bleu Roussillon, avec cette autre langue romane qu’est le catalan, pratique une politique similaire, mais de moindre degré. Ainsi trois animateurs sont bilingues dans la station de Perpignan, où le catalan se glisse sous forme de "pastilles" précédemment évoquées. Les émissions ne sont pas bilingues, mais des mots, des expressions en catalan ont souvent leurs entrées.
L’alsacien bénéficie d’une tout autre configuration. Depuis une dizaine d’années, c’est une radio uniquement en alsacien qui émet sur les ondes moyennes de 7h à 17h. La radio "Elsasse" peut aussi s’écouter sur internet depuis l’année dernière. Le délégué pour la région Grand Est, Pierre Jean Ferrer, longtemps en poste en Catalogne, indique pour sa part que France Bleu Alsace (on revient sur la bande FM) ne dispose pas d’animateur bilingue, mais qu’il existe une émission quotidienne en alsacien en plus de chroniques sur telle ou telle expression de langue germanique.
On retrouve là une configuration similaire à celle de France Bleu Pays Basque la radio est intégrée dans la région Grand Sud Ouest, avec six autres stations (jusqu’au Poitou), et Jean-Paul Cluzel, patron de Radio France a annoncé que Freddy Thomelin serait remplacé en janvier à la tête de la délégation par Odile Rabaut, jusque-là directrice de FB Gascogne. La radio publique qui s’apprête à fêter ses 25 ans d’existence l’an prochain, et qui affiche des résultats d’audience qui la placent en tête, propose ainsi en semaine une édition quotidienne en langue basque avec le magazine de 12h à 12h30, et la chronique "euskaraz bizi" peu avant 9h ; soit "à des heures de réelle exposition radiophonique" selon le mot de Bernard Liot. Comparaison n’est pas raison. Cela peut néanmoins inspirer.
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