Jean Haïra / Militant de la LCR Pays basque
Quel combat contre la spéculation inmobilière?
La spéculation immobilière et foncière sévit partout en France et dans de nombreux pays capitalistes avancés ou émergents. Ces pays sont ceux dont les gouvernements ont particulièrement libéralisé le secteur du logement. En France, tout une série de mesures destinées à diminuer l’offre publique et à favoriser la spéculation ont été successivement mises en place : diminution drastique du budget du logement, défiscalisations et subventions importantes pour développer le locatif privé (lois Malraux, Besson, De Robien), abandon de l’encadrement des loyers, destruction de nombreux logements HLM en pleine pénurie. De leur côté, les investisseurs immobiliers ont bénéficié de tout un panel de lois et outils destinés à développer leurs opérations immobilières : logements vides, démolitions, expulsions, prêts facilités etc.
Une bulle immobilière voulue !
La bulle immobilière qui a couronné ces dernières années cette politique a été voulue et fabriquée par la plupart des gouvernements afin de remplacer celle de la net-économie qui s’était effondrée en 2000-2002. Ainsi, à partir des années 2000, les banques centrales des USA et de l’Europe ont inondé le monde de liquidités de manière à faire baisser les taux. Les banques privées ont pris le relais et accentué le processus avec l’allongement de la durée des prêts, les baisses des exigences d’apport personnel, le développement des prêts à taux variable. Les gouvernements en ont rajouté au travers de nouvelles incitations fiscales ou dispositifs tels que les prêts à taux zéro. Cela a abouti à une financiarisation du logement sans équivalent dans l’histoire et la spéculation est utilisée aujourd’hui par les grands groupes internationaux pour faire tourner leurs capitaux
Au niveau local, amplifiée par l’attractivité du territoire, la spéculation immobilière est un véritable cancer qui ronge non seulement la Côte basque mais également l’intérieur du Pays Basque et le Bas Adour Landais. Depuis 1997, les prix de l’immobilier ont triplé et ceux du foncier doublé. La spéculation foncière augmente les coûts de production des agriculteurs et la non-reprise de nombreuses exploitations constitue un grave problème.
Sur la Côte basque, pour une production moyenne de 2000 logements par an, on est passé de 20% de logements sociaux construits de 1990 à 1995 à 10% depuis 1995. Ainsi, pendant la même période, dans l’agglomération du BAB, Bayonne est passée de 30% à 25% de logements sociaux, Anglet et Biarritz sont toujours en dessous de 10 %, Bidart est à moins de 5%Š Les constructions réalisées sont de plus en plus inaccessibles à la majorité de la population, ce qui fait dire au directeur du Comité Ouvrier du Logement que "80% de la production de logements s’adressent à 20% de la population" ? Les politiciens locaux justifient la non-construction de logements sociaux par le manque de réserves foncières, mais ces réserves existent quand il s’agit de construire d’autres catégories de logements haut de gamme.
Ainsi, les responsables politiques locaux n’ont-ils fait que relayer la politique spéculative des différents gouvernements. Délaissant la construction de logements sociaux, ils ont laissé l’initiative privée s’accaparer des réserves foncières en vue de spéculer. Au final, les demandes de logement HLM sont de 6 000 aujourd’hui sur la Côte basque.
Face à cette situation dramatique qui exaspère une grande partie de la population, les responsables politiques ne pouvaient rester inactifs notamment peu avant les échéances municipales. Le plan d’urgence du logement pour le Pays Basque (dit plan Borloo) ou la mise en place de l’Etablissement public foncier local (EPFL), même coordonné avec les activités de la Safer (Société d’aménagement foncier et d’économie rurale) sont dérisoires face aux besoins de la population locale. L’EPFL est un outil destiné à faciliter l’achat de réserves foncières. Mais le prix du foncier est tellement cher que son financement sera loin de suffire pour être réellement efficient. La construction des 2 000 logements du plan Borloo sur 4 ans, même si elle est réalisée, sera également insuffisante, à ce rythme, il faudrait 20 ans pour rattraper le retard actuel et obtenir un seuil de 20% de logements sociaux. De plus, les SAFER n’enrayent en rien la spéculation foncière, pour être opérantes elles devraient posséder des moyens d’intervention tels que la préemption avec révision des prix et des mesures de taxation à l’occasion du changement de destinataire.
Imposer des mesures d’urgence
Cette situation est particulièrement révoltante pour les jeunes qui vivent au quotidien chômage, précarité, mal logement ou cohabitation obligatoire. Pour autant elle ne justifie en rien la série d’attentats qui sévit depuis quelques mois contre les offices de tourisme, les agences immobilières et résidences secondaires. Ces attentats, qui plus est sur des fausses cibles, reviennent à un combat singulier entre des individus et l’Etat, combat dont les masses sont spectatrices. De tels actes ne peuvent en aucun cas être efficaces contre la spéculation immobilière.
Pour la LCR Pays Basque, la lutte contre la spéculation immobilière et foncière n’est pas seulement une affaire de volontarisme politique local, elle doit être ciblée à la fois contre la politique du gouvernement et celle de ses sbires locaux. Cette lutte passe par des mobilisations, exigeant en la matière des mesures alternatives à la politique du gouvernement Sarkozy et de ceux qui accompagnent sa politique au niveau local.
Il est temps d'imposer des mesures d’urgence anticapitalistes : réquisition des logements vides, arrêt des expulsions, réhabilitation de tous les immeubles insalubres avec des relogements décents et définitifs dans la commune, arrêt des démolitions de HLM, obligation pour chaque commune d'atteindre les 20% de logements sociaux sous peine de déchéance de la municipalité, blocage des loyers, création d'un service public de l'urbanisme et du logement donnant la priorité à la construction de logements publics et indexant les loyers sur le revenu.
Seules des mesures de ce type sont capables d’enrayer le phénomène et de rendre accessible à tous le droit de se loger décemment.
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