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Le JPB > Sujet à la une 2007-09-15
Prisca BOITEAU DI MARCO / Technicienne à Euskal Herriko Laborantza Ganbara
«La publicité faite pour l´éthanol, c´est de la démagogie»
«Les huiles végétales pures ont une efficacité énergétique bien supérieure, de l’ordrede 4 à 6, alors que l’efficacité de l’éthanolde maïs par exemple est négative»

Sous la houlette de Euskal Herriko Laborantza Ganbara, la chambre agricole du Pays Basque, une quinzaine d’agriculteurs expérimentent la culture de tournesol et de colza dans le but de produire de l’huile végétale pure. Mélangé à du fioul, ce carburant permettra de faire tourner les tracteurs des exploitations. Mais le pressage des graines permet aussi d’extraire du tourteau qui sert à alimenter le bétail. Dix producteurs cultivent une vingtaine d’hectares de tournesol qui seront récoltés en fin de mois. L’hiver dernier, une demi-douzaine d’éleveurs avaient déjà produit du colza à des fins énergétiques. Prisca Boiteau di Marco est chargée de suivre le projet agrocarburants au sein de Laborantza Ganbara. Celui-ci a d’abord pour objectif de rendre les fermes basques plus autonomes et moins consommatrices en énergie.

Certains agrocarburants sont de plus en plus contestés. Est-ce justifié?

Pour l’éthanol oui. La publicité faite autour de l’éthanol, c’est de la démagogie. On fait croire aux gens qu’on va produire un carburant écolo, que ça va être la solution à tous les problèmes. Or ce n’est pas la solution au problème de la montée des cours du pétrole et ce n’est absolument pas une réponse écologique. C’est de la désinformation.

En quoi l’éthanol n’est pas écologique ?

L’éthanol est un alcool, il est obtenu par un procédé industriel. Plus on a d’étapes de transformation, plus on va utiliser d’énergie pour le fabriquer. En outre, le problème des filières industrielles c’est aussi qu’elles sont issues de l’agriculture industrielle, c’est-à-dire des modes de cultures intensifs, avec beaucoup d’intrants, pas de rotation culturale, donc gourmandes en eau, en produits phytosanitaires. De plus en plus d’études sortent actuellement pour dire que l’éthanol est aussi, sinon plus polluant que le pétrole et qu’au niveau énergétique, il n’est pas meilleur.

Laborantza Ganbara mise sur les huiles végétales pures. Ce sont les meilleurs agrocarburants ?

Les huiles végétales pures ont une efficacité énergétique bien supérieure, de l’ordre de 4 à 6 alors que l’efficacité de l’éthanol de maïs par exemple est négative. Si les huiles c’est beaucoup mieux, ça dépend aussi de la façon dont l’agriculteur va mener la culture. L’avantage de cette filière c’est quand même qu’elle est simple. On n’a pas beaucoup d’étapes pour produire de l’huile: on presse, on décante et on filtre. Sur l’étape culturale c’est pareil, ça dépend du paysan. En général, quand on fait ça à la ferme, on a tendance à le mener de façon économe. Si on le faisait de façon industrielle, on aurait peut-être des dérives.

Les producteurs de maïs d’Amikuze peuvent par exemple voir un débouché intéressant pour eux dans l’usine de Lacq...

Pour un agriculteur, c’est une façon de vendre son maïs certes. D’autant plus que les céréales se vendent au prix fort actuellement. C’est le cas aussi pour le tournesol et le colza : quand on vend les graines c’est un peu de l’or en barre. Ça peut encourager certains à produire pour vendre de la graine plutôt que de produire pour être autonome chez soi. Mais si le prix de la graine augmente, c’est aussi le cas pour le tourteau qui sert à nourrir les animaux. Chez les paysans que je suis, je remarque que si au début ils ont cultivé colza ou tournesol pour avoir de l’huile, aujourd’hui ils regardent de près le tourteau qui va avec, et ça passe presque avant le réservoir du tracteur.

Pour les paysans du Pays Basque, produire de l’huile c’est d’abord dans l’objectif d’être autonomes et non d’alimenter un parc automobile ?

Evidemment. Même la surface agricole mondiale ne peut pas combler les besoins énergétiques actuels. Dans la mesure où ces derniers vont encore augmenter, c’est impensable, il faut trouver une autre solution.

Les agrocarburants sont-ils quand même une partie de la solution ?

C’est une partie de la solution à partir du moment où on fait attention à ce que l’on fait et à la façon dont on le fait. Pas en détruisant la forêt ou un pays entier, pas en mettant les petits paysans à la rue, etc. Les terres doivent combler en priorité les besoins alimentaires.

Quel est l’objectif du travail que mène Laborantza Ganbara ?

Le but c’est vraiment d’essayer de rendre l’agriculture moins consommatrice en énergie, de faire en sorte qu’elle puisse produire son énergie, qu’elle va utiliser pour nourrir ses bêtes, pour nourrir la société. Développer une filière huile un peu moins artisanale peut être intéressant. C’est ce qui se passe en Lot-et-Garonne avec les communautés de communes.


 
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