Maia POMADERE / Chercheuse sur la Grèce antique
«J’aime la Grèce parce que j’y retrouve beaucoup de choses du Pays Basque»
Maia Pomadère mène actuellement des fouilles archéologiques en Crète. Sous les oliviers et par 35°... Cette jeune Senpertar travaille au sein de la prestigieuse Ecole française d’Athènes. Elle a soutenu sa thèse à la Sorbonne en juin dernier et s’en est sortie avec les félicitations du jury. Rencontre avec une chercheuse passionnée.
Comment atterrit-on à Athènes ?
Il faut remonter pas mal de temps en arrière : pour ma maîtrise d’histoire à Bordeaux (en 1997-98), j’ai voulu partir avec le programme Erasmus. Au départ, j’hésitais entre l’histoire contemporaine de l’Espagne ou de l’Amérique latine (vu la proximité culturelle et linguistique de ces pays), et l’histoire antique. Pour l’histoire contemporaine, on nous proposait de partir à Salamanque; pour l’histoire antique, c’était Athènes. J’ai alors surtout choisi de découvrir un pays et une culture que j’ignorais complètement. J’ai à la fois beaucoup aimé Athènes et mes premières recherches en histoire ancienne et en archéologie, que je poursuivais alors dans la bibliothèque de l’Ecole française d’Athènes.
L’escale à Paris fut nécessaire...
J’ai continué en DEA à Paris avec un professeur qui était aussi un ancien membre de l’Ecole française d’Athènes, qui m’a d’abord encouragée à passer l’agrégation d’histoire (condition pour entrer à l’EFA), puis à tenter le concours de l’EFA. Ça a marché à la deuxième tentative; après deux ans d’enseignement en collège en Seine-Saint-Denis et un an comme Attachée temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) à l’Université de Nancy. Et ça valait le coup : contrairement à ce que laisse entendre son nom, l’Ecole française n’est pas une "école", au sens où les membres n’y reçoivent ni n’y donnent de cours.
Si ce n’est une école, qu’est-ce-que l’Ecole française d’Athènes?
Nous sommes une dizaine à être recrutés pour un délai maximum de 4 ans pour y poursuivre nos recherches sur la Grèce ou les Balkans, de la préhistoire à la période contemporaine. Le tout dans des conditions à peu près idéales : un bureau personnel, une excellente bibliothèque à laquelle nous pouvons accéder 24 heures sur 24, et des dessinateurs, topographes et architectes qui nous assistent dans nos missions. Les membres antiquisants doivent s’intégrer dans des programmes de recherche menés sur les sites dont s’occupe l’EFA en Grèce ou en Albanie.
Vos recherches ont été menées en Crète...
Mon projet concernait le site de Malia, sur la côte Nord de la Crète, où l’EFA fouille depuis les années 1920 une ville autour d’un des quatre grands palais minoens. J’y ai commencé de nouvelles fouilles il y a deux ans, dans un quartier urbain : on fouille un grand bâtiment du Bronze Récent (la période des seconds palais crétois, environ 1600-1450 av. JC). Les édifices connus pour cette période à Malia ont été explorés avant les années 1960 et beaucoup d’informations ont été perdues. On essaie donc d’apporter du nouveau, autant sur la datation de l’occupation que sur l’urbanisme ou le mode de vie (alimentation, etc.).
De quoi alimenter une thèse en histoire...
Commencée il y a pas mal de temps Š Je me suis inscrite en première année en 2001, alors que je commençais comme prof d’histoire-géo en Seine-St-Denis. Pendant mes deux années en collège, je n’ai pas pu faire grand choseŠ J’ai surtout pu travailler là-dessus à Athènes. Elle porte sur les enfants dans le monde égéen (c’est-à-dire pas seulement dans la Grèce actuelle, mais aussi sur les côtes d’Asie mineure qui appartiennent au même ensemble culturel que le Sud de la Grèce pendant l’Âge du Bronze).
Pourquoi le choix d’une thèse consacrée à l’enfance dans le monde antique?
C’est un sujet assez neuf, il n’existait aucun ouvrage d’archéologie de l’enfance quand j’ai commencé mes recherches. C’est assez surprenant si l’on considère que les enfants (ou les individus de moins de 12 ans) formaient environ la moitié des populations anciennes : j’ai donc décidé de tenter de remédier (un peu) à cette invisibilité, due à la fois à des a priori anciens et modernes (les enfants ne pouvaient pas constituer un sujet sérieux, digne d’histoire, pour beaucoup d’historiens). J’ai donc considéré toutes les sources existantes pour essayer d’éclairer un peu la vie et surtout la mort des enfants du Néolithique au début de l’Âge du Fer (soit entre le VIe millénaire et 700 environ avant J.-C.).
Quelles traces ont pu laisser les enfants?
Ma thèse parle autant de la façon de représenter les enfants, de leur culture matérielle (biberons, dont les plus anciens remontent au Néolithique, jouets, etc.) que de leur traitement funéraire et de ses évolutions chronologiques et régionales. Cela m’a permis de mettre en lumière les conceptions de l’enfance qui est plutôt une période de la vie peu valorisée. Ainsi que l’identité sociale des enfants, en fonction du degré d’intégration dans les cimetières collectifs, de la spécificité des objets placés dans leur tombe, etc.
Vous avez été emportée par la Grèce comme les Romantiques de la fin du XIXe siècle ?
Pour ce qui est de ma passion pour la Grèce ancienne, oh non, je ne me pâmais pas adolescente en lisant Hugo ou devant les tableaux de DelacroixŠ Comme je le disais plus haut, c’est finalement le hasard d’une destination en maîtrise qui a tout décidé : si j’étais partie en Italie ou au Portugal, j’aurais probablement travaillé sur de tout autres sujets ou j’aurais pu pratiquer l’archéologie ailleurs. L’attrait pour la Grèce antique est pour moi inséparable de celui qu’exerce la Grèce actuelle. Et fouiller des endroits habités des milliers d’années auparavant, puis chercher à déchiffrer les traces qu’ont laissées (souvent par inadvertance) leurs occupants, ça me passionne vraiment!
Quels sont vos projets pour la suite?
L’avenir est encore un grand point d’interrogation : je termine ma quatrième année à l’école française puis vais me présenter sur les postes de maître de conférence à l’université. Les postes ne sont pas légion, et j’ai un profil de "protohistorienne" qui ne va pas m’aider à être recrutée sur des postes d’histoire ancienne. Sinon, je peux retourner pour un an en ATER à la fac, ou comme prof d’histoire-géo en lycée. Tout ça peut avoir lieu aux quatre coins de France, mais après être partie (volontairement) assez longtemps, j’aimerais me rapprocher du Sud-OuestŠ
Et le Pays Basque dans tout ça...
Šle Pays Basque, c’est finalement en dehors de tout ça. Mais c’est l’endroit d’où je viens, pour lequel j’ai un attachement très fort (quand je dis "chez moi", je désigne encore et toujours le Pays Basque), où vit toute ma famille et encore quelques amis, mais je ne me vois pas revenir y vivre, au moins pour le moment. Bon, si je pouvais trouver un poste dans une fac assez proche, je serais vraiment heureuse de pouvoir y aller plus de deux fois par an. Ceci dit, je crois qu’il n’y a pas complètement de hasard, j’aime la Grèce parce que j’y retrouve beaucoup de choses que l’on connaît et apprécie au Pays Basque : le mélange de mer et de montagne, les danses et chants traditionnels encore très vivants (et pas encore "folkloriques") qui ponctuent des fêtes, repas, soirées qui n’en finissent pasŠ
|