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Le JPB > Sujet à la une 2007-08-08
Les débitants de tabac frontaliers "asphyxiés" par la hausse des prix
·Cette décision tombée en plein mois d’août arrive au plus mauvais moment selon la fédération des débitants

L’interdiction de fumer dans les lieux publics, intervenue le 1er février, s'est déroulée sans trop de heurts dans les entreprises et les administrations, et a fait chuter la consommation de tabac en milieu professionnel : 80% des salariés déclarent aujourd'hui travailler dans des lieux totalement non-fumeurs (sans fumoir) contre 42% en janvier. L’image de personnes fumant devant un pas-de-porte est devenue de plus en plus courante depuis l’hiver dernier, quel que soit le temps qu’il fasse.

Mais le recul du tabagisme reste insuffisant selon le gouvernement et a tendance à plafonner. Après les hausses massives de tarifs en 2003 et 2004 (+ 40 %), les ventes de cigarettes avaient plongé de 30 %. Elles se sont stabilisées ensuite et sont même légèrement reparties à la hausse depuis un an. Par ailleurs, une recrudescence est observée chez les jeunes.

L'interdiction totale de fumer dans les bars et restaurants à partir du 1er janvier, couplée à une nouvelle augmentation des taxes, devrait cependant avoir un impact important sur la consommation de cigarettes, ce qui réduirait les plus-values fiscales.

Dans ce contexte, l’Etat vient d’autoriser l’augmentation de prix de 6 % demandé par les industriels (voir par ailleurs). Une nouvelle qui fait très mal chez les buralistes du Pays Basque, qui n’en peuvent plus avec la concurrence du Pays Basque sud, où le même produit coûte moitié moins cher.

150 buralistes

"En Pays Basque, nous avons 150 buralistes à quelques minutes de la frontière. Avec cette hausse abusive des fabricants, ils vont être frappés de plein fouet", redoute le vice-président de la Chambre syndicale des débitants de tabac du Pays Basque, Patrick Raynal, buraliste au Grand Vizir de Saint-Jean-de-Luz.

"Depuis 2002, on a perdu 50% en étant frontaliers. Ca ne peut pas être pire", commente-t-il en ne gardant plus d’espoir sur une hausse possible du prix de l’autre côté de la frontière, qui limerait les grandes différences de prix depuis 2003 ; hausse qu’ils ont longtemps attendue. Cette nouvelle hausse est un nouveau coup porté à la profession. "Encore une fois, c’est au pire moment que cette décision est prise, en plein mois d’août alors que nous faisons le plus gros chiffre d’affaire" regrette Patrick Raynal qui constate les difficultés de ses confrères, notamment en Pays Basque intérieur. Et de déplorer un fonctionnement à deux vitesses dans la profession, sur les zones frontalières et non-frontalières : "ce n’est pas les débitants de tabac de l’île de France ou de Bretagne qui s’en plaindront".

Du coup, les buralistes sont condamnés à se diversifier, mais les marges sont de plus en plus réduites. "La vente de cartes téléphonique a baissé de 30 % et les marges de 50 %" précise M Raynal, estimant que la vente des timbres ou la Française des jeux ne permettent pas non plus de pallier le manque à gagner. Quant aux points Poste qui s’installent en milieu rural, ce service serait très mal rémunéré selon le vice-président de la Chambre.

L’installation d’une zone franche ou la réduction des charges pour les zones frontalières sont réclamées par la fédération des débitants, mais cette demande se heurte au refus de l’administration. "Le tabac est le premier produit d’appel outre Bidassoa" souligne-t-il en se basant sur une étude réalisée par la CCI. "Le secteur représente plusieurs centaines d’emplois, auxquels il faut ajouter tout le manque à gagner pour l’économie locale. Celui qui va acheter des cigarettes de l’autre côté achète également de l’essence, puis de l’alcool et encore des aliments. C’est autant d’argent qui n’est pas consommé ici", regrette-t-il.

L’harmonisation fiscale au niveau européen serait bien une solution d’après Patrick Raynal. Mais là encore, les regards se tournent vers Paris et les espoirs se placent en la volonté politique des autorités.



Les fabricants ont bon dos
Avec l’augmentation de 6% du tarif des cigarettes lundi, le gouvernement estime répondre à la demande des industriels du tabac. Ces derniers, après plusieurs années de baisse de la consommation, estiment le marché stabilisé et souhaitent reconstituer leurs marges écornées par les hausses de taxes du gouvernement Raffarin. Les tarifs ont donc augmenté à l'initiative des fabricants, sans que la fiscalité soit modifiée (les taxes représentent 80% du prix du paquet).

Mais si le taux de prélèvement n’augmente pas, les recettes fiscales vont progresser. Les droits sur le tabac représentent 9,3 milliards d'euros et sont, à 90%, proportionnels au prix de vente. Il faut y ajouter 1,4 milliard d’euros de TVA (le taux est de 16,4%) qui suit, là encore, les tarifs. Ainsi, à volumes inchangés, les recettes fiscales issues du tabac augmenteraient-elles de plus de 600 millions d'euros sur une année pleine.



Hausse du tabac : les ventas en profitent
Cinq euros trente le paquet de cigarettes blondes américaines à Hendaye côté nord, 2,30 euros 50 mètres plus loin à Irun, côté sud : les buralistes frontaliers faisaient grise mine lundi, une fois de plus, à l’heure de la nouvelle hausse des prix du tabac.

"No comment", bougonne le buraliste bayonnais en suivant à la télé le tiercé, qui doit sauver son commerce avec le débit de boissons.

"Je prends toujours mes cigarettes de l’autre côté. 2 euros sur un paquet, à raison de dix paquets par mois, sur une année, ça fait beaucoup", témoigne Marc, à la sortie d’une venta à Dancharinea.

S’arrêter de fumer? "Pour l’instant, non, je n’y arrive pas", sourit ce commercial d’Ustaritz, âgé de 39 ans.

La jeune serveuse dans cette grande venta a constaté un afflux de touristes plus important que d’habitude hier et lundi. "Je pense que le mauvais temps y est pour beaucoup parce que c’est plein de monde. Mais il est vrai également qu’une grande partie de la clientèle repart avec des cigarettes, soit pour soi-même, soit pour les amis".

Même constat dans les petites ventas, là ou on peut discuter et prendre un pot tranquillement sans être bousculé par ces marées humaines qui traversent Urdax les jours de pluie. "Ici, la cartouche de 10 paquets de cigarettes blondes coûte 22 euros ; à Bayonne c’est plus de 50 euros", commente le tenant d’un bar, soulignant que la nouvelle hausse côté nord ne fait que creuser l’écart entre les deux versants. "Avant, les gens venaient surtout pour acheter de l’alcool. Aujourd’hui, le tabac est en train de prendre une grande place ; il même passé au premier plan" ajoute-t-il, tout en soulignant l’effet d’appel du prix de l’essence, 10 % plus bas en Navarre que dans les grandes surface en Pays Basque nord.

Néanmoins, tout n’est pas rose non plus pour les vendeurs de tabac outre Bidassoa. Depuis le début de l’année, les ventas ne peuvent vendre de tabac dans les magasins, et seuls ceux qui ont un débit de boisson peuvent en vendre. "Mais le tabac ne peut être vendu de main en main, comme auparavant" alerte le jeune tenancier. Les débitants ont dû s’équiper pour acheter des machines pour vendre des paquets, ou même des cartouches.

D’après la serveuse, les contrôles des Douanes sont fréquents au poste frontière d’Ainhoa, comme au pied du col d’Ibardin à Urrugne où l’on passe pourtant la frontière sans s’en rendre compte. Chaque personne a droit à deux cartouches, pas plus. "Mais avec l’excuse des contrôles de tabac, c’est plus souvent pour des alcootests que les gens sont arrêtés que pour des cigarettes" commente-t-elle, se faisant l’écho des consommateurs, pas toujours contents de devoir souffler après un repas copieux dans les ventas.


 
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