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Le JPB > Sports > Cyclisme 2007-07-27
Tour de France - 17e étape
Rasmussen éjecté, Alberto Contador hérite du maillot jaune
·Rasmussen écarté, les Rabobank ont pris le départ de l’étape remportée par Bennati. Contador est le nouveau leader

Alberto Contador a pris les commandes du Tour de France, que le Danois Michael Rasmussen a été forcé d’abandonner, dans la 17e étape gagnée hier à Castelsarrasin par l’Italien Daniele Bennati. Contador était déjà le leader virtuel au départ de Pau mais le maillot jaune n’avait pas été attribué après l’exclusion de Rasmussen, viré de la course mercredi soir par son équipe Rabobank pour avoir menti sur son emploi du temps d’avant-Tour. "C’est étrange de porter le maillot jaune dans ces circonstances", a reconnu Contador après la cérémonie du podium protocolaire. Le jeune coureur (24 ans) est désormais leader avec 1 min 53 sec d’avance sur l’Australien Cadel Evans et 2 min 49 sec sur l’Américain Levi Leipheimer à deux jours du contre-la-montre décisif à Angoulême et à trois jours de l’arrivée à Paris. Cité dans le dossier Puerto qui l’avait éliminé du Tour l’année passée à la veille du départ, Contador a été mis hors de cause par la suite dans cette affaire de dopage, a confirmé Patrice Clerc, président de la société organisatrice (ASO).

Pour le gain de cette étape de transition (188,5 km), courue sous une chaleur accablante, Bennati a devancé aisément au sprint ses trois derniers compagnons, l’Allemand Markus Fothen, le Suisse Martin Elmiger et l’Allemand Jens Voigt.

Bennati en jambes

La course, partie sans maillot jaune pour la première fois depuis 1991, a commencé tambour battant (47,3 km dans la première heure) avec l’échappée de huit coureurs (Voigt, Tosatto, Bennati, Righi, Quinziato, Elmiger, Fothen, Millar) lancée dès le 5e kilomètre. Le peloton, mené d’abord par plusieurs équipes françaises puis par la formation Caisse d’Epargne, a renoncé après une centaine de kilomètres à conduire la poursuite. L’écart a grandi par la suite jusqu’à dépasser 8 minutes à 20 kilomètres de l’arrivée, où un quatuor (Bennati, Fothen, Voigt, Elmiger) a distancé l’autre au bénéfice d’une petite côte. Bennati, le plus en jambes, a contrôlé ensuite les différentes tentatives de ses compagnons pour s’imposer largement au sprint et remporter son sixième succès de la saison.

Le Toscan, âgé de 26 ans, s’est imposé pour la première fois dans le Tour qu’il avait entamé dans la douleur, en chutant dans le final de la deuxième étape à Gand (Belgique). Il a signé la deuxième victoire italienne cette année dans la Grande Boucle après celle de Filippo Pozzato (5e étape) à Autun. Pour sa part, Contador (Discovery Channel) a franchi la ligne au sein du peloton, à plus de neuf minutes et demie du vainqueur.

Dans ce groupe, abandonné par Rasmussen et par l’équipe Cofidis suite au contrôle positif de son coureur italien Cristian Moreni (remis en liberté hier après-midi), six coureurs de l’équipe Rabobank ont terminé l’étape. Les coéquipiers de Rasmussen, lequel avait quitté son hôtel mercredi soir avant l’arrivée des gendarmes, ont décidé de poursuivre la course hier matin. Sans leur leader, qui a été licencié par Rabobank, suivant l’annonce faite hier par la puissante banque néerlandaise.

Les contradictions de Rasmussen

De ce groupe, seul le Russe Denis Menchov a abandonné au ravitaillement de Masseube (Km 86). "Il n’avait plus la tête à continuer", a expliqué son directeur sportif Erik Breukink. Rasmussen, pour sa part, a nié hier s’être entraîné en juin en Italie plutôt qu’au Mexique comme le lui reproche sa formation, en contradiction avec son programme annoncé. Rabobank avait précisé mercredi soir que le grimpeur danois avait reconnu le fait.

"Mon chef est fou...", a déclaré le Danois qui, c’est une certitude, a reçu plusieurs avertissements pour des problèmes de localisation pour des contrôles antidopage inopinés. Selon le règlement de l’Union cycliste internationale (UCI), Rasmussen aurait dû d’ailleurs être écarté de ce Tour avant le départ (pour avertissement pour contrôle manqué dans les 45 jours précédant un Grand tour). Le problème ne se serait alors pas posé et la tempête provoquée par cette affaire aurait été évitée.



Audiences records pour France Télévisions
France Télévisions, dont les retransmissions du Tour de France continuent de battre des records d’audience, "ne change rien pour l’instant" à son partenariat avec ASO, l’organisateur de l’épreuve, a affirmé hier Daniel Bilalian, directeur des sports du groupe. Interrogé sur l’accord avec ASO (Amaury Sport Organisation) après les dernières révélations de dopage, M. Bilalian a déclaré : "Ça ne change rien pour l’instant. Nous nous sommes engagés avec un propriétaire de droits, ASO, qui jusqu’à présent ne nous a pas déçus même s’il a été trompé et n’est pas arrivé au bout de ses efforts. Ça nous incite plutôt à renforcer ce partenariat et à sortir le Tour de l’ornière", a-t-il dit.

"Envie d’y croire"

Le contrat d’un montant annuel de 23 millions d’euros liant France Télévisions et ASO inclut le Tour 2008. Concernant le renouvellement de l’accord, "les négociations auront lieu l’année prochaine", a-t-il poursuivi. En attendant, le Tour bat des records auprès des téléspectateurs et enregistre "la meilleure audience depuis 2003, même s’il ne faut pas en tirer une gloire particulière", souligne Daniel Bilalian.

L’étape de mercredi a rassemblé 4 millions de téléspectateurs pour une part d’audience de 44,3%. Sur le profil des téléspectateurs passionnés par le Tour, Daniel Bilalian précise que "des études montrent un rajeunissement dans les tranches d’âge, les 15/49 ans, et une féminisation, car nous avons renforcé l’aspect visite de la France et de son patrimoine". Pour le directeur des sports de France Télévisions, il ne faut pas parler d’une éventuelle curiosité malsaine de la part des téléspectateurs. "Je pense que les gens ont envie d’y croire parce que c’est beau. Il faut se battre pour que cet événement redevienne clair et légitime et que les millions de gens qui le regardent n’aient pas d’arrière-pensée", poursuit-il. À propos des affaires de dopage, Daniel Bilalian évoque "une accélération dans les scandales qui fait penser que la situation peut se retourner. Nous sommes à un moment où l’avenir même de ce sport est en question. Ceux qui se dopaient dans le passé étaient des malins, aujourd’hui ce sont des imbéciles, ou bien des gens téléguidés pour détruire ce sport et cette compétition en particulier".



La presse danoise critique mais...
La presse danoise constate à la une, à l’instar d’Ekstra Bladet, que "la (belle) aventure est terminée", et que "Kyllingen (surnom donné à Michael Rasmussen) a été abattu par un mensonge". "Le succès de Michael Rasmussen au Tour de France a été un conte qui ne devait pas devenir réalité. C’est plus "Les frères Grimm que Hans Christian Andersen dans cette fin de l’histoire qui a été tout sauf heureuse", relève le journal. Avec une croix tombale sur laquelle est inscrit "Le Tour de France", Ekstra Bladet écrit que le "Kylling danois jeté aux lions (...) a été le symbole d’un sport cycliste mensonger". "Mais le mensonge (dans ce sport) ne disparaîtra pas avec lui", note son éditorialiste. "Jeté dehors", relève de son côté le quotidien B.T, titrant "la confiance s’est envolée", et "la crédibilité du sport cycliste est en morceaux", en rejetant la faute sur Michael Rasmussen, qui "a menti et menti beaucoup" sur ses lieux d’entraînement avant la Grande Boucle. Cependant le commentateur célèbre du cyclisme danois, Joergen Leth, s’est dit "dégoûté" pour sa part par "cette chasse aux sorcières contre Rasmussen". "L’expulser sur la base des faits qu’on connaît ne tient pas la route. Je crois que Rabobank a été pressé de le faire par les autres équipes ou par la direction du Tour" a-t-il souligné.

Pour sa part, la direction du Tour a admis implicitement avoir fait pression sur la banque néerlandaise Rabobank, parrain de la formation cycliste, pour qu’elle retire Rasmussen de la course.

Interrogé sur le rôle d’ASO dans cette décision de Rabobank, Patrice Clerc, patron d’ASO, a refusé d’utiliser le mot "pressions" mais a admis : "Oui, nous avons eu pas mal de discussions avec Rabobank ces derniers jours".


 
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