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Le JPB > Culture 2007-07-27
Le mystère Sly Stone reste entier
·Après une vingtaine d’années d’absence, l’un des inventeurs du funk est en concert ce soir à Donostia

L’Américain Sly Stone, enfant terrible d’un funk psychédélique déjanté à la charnière des années 60 et 70, sera ce soir sur la scène de la place de la Trinité pour célébrer, à 63 ans, son retour à la musique après une absence d’environ 20 ans.Pourtant, si ce passage est très attendu à Donostia et ravive de doux souvenirs auprès de plusieurs générations, ses prestations scéniques sont pour l’heure plutôt curieuses et décevantes et ne sont pas de nature à dissiper le mystère qui entoure sa personnalité torturée. Ainsi, jeudi dernier, au Nice Jazz Festival, alors que le concert a duré un peu plus d’une heure, Sly Stone n’a lui-même été sur scène qu’une petite vingtaine de minutes et n’a chanté que quatre chansons et demie. La scène avait été identique auparavant à Montreux, en Suisse, et lundi dernier à l’Olympia de Paris, comme dans tous les endroits où Stone, éclipsé par des années d’abus de drogues dures et de problèmes psychologiques, s’est produit auparavant. A Nice pourtant, lorsqu’il apparaît en rouge et noir pailleté sur les notes de If you want me to stay, envoyées par une Family Stone (nom de son groupe au temps de sa gloire) rajeunie et brillante, dont seule subsiste comme membre d’origine la trompettiste Cynthia Robinson, on se prend à rêver : même voix, presque même virulence qu’au temps de sa splendeur. Funk off.

Le rêve va rapidement se dissiper, comme Sly Stone. Fidèle à sa réputation de musicien ingérable, il s’absente au bout de dix minutes, comme il le fait depuis plus de 30 ans. Il reviendra un peu plus tard mais pour une dizaine d’autres minutes seulement. Difficile d’imaginer que derrière cette silhouette amaigrie, cette démarche un peu raide, ce visage enfoui sous une casquette et des lunettes noires se cache l’ancien golden boy du funk, créateur il y a 40 ans d’un son nouveau qui a ensuite influencé nombre d’artistes, au premier rang desquels Prince.

Psychédélique

A partir de 1967, en pleine période hippie et psychédélique, Sylvester Stewart, dit Sly ("le malin") Stone, élabore un mélange sulfureux de funk, de gospel, de rock psychédélique, d’acid-jazz. Musique ébouriffante, ultra-créative, délires vestimentaires, format du groupe, mixte et multiracial, textes acérés et engagés.Ce cocktail va valoir au groupe un succès rapide, des concerts devenus mémorables comme celui en clôture du festival de Woodstock ou en première partie de Jimi Hendrix au Fillmore East, des albums devenus des classiques (Dance to the Music, Stand!, There is a Riot Goin’ On).

Mais ce succès fulgurant est trop lourd à porter. A force de vouloir tout contrôler, Sly Stone va dérailler rapidement dans des délires paranoïaques et l’absorption à haute dose de drogues dures diverses. En 1971, alors qu’il attire des musiciens comme Miles Davis, Herbie Hancock ou Bobby Womack en mal d’inspiration, ce génie musical a déjà commencé sa descente aux enfers. Elle ne s’arrêtera jamais, même si le dandy black fait encore illusion deux ans plus tard, immortalisé par Richard Avedon pour la photo de couverture de Fresh, le dernier disque de la Family, où il pose en cuir clouté et "platform boots". Depuis, il s’est davantage illustré auprès des forces de l’ordre, comme par exemple aux côtés d’un certain George Clinton, fumant du crack en conduisant sur l’autoroute.Pendant ce temps, son disciple, Prince, se porte bien : il a provoqué la colère de l’industrie musicale en distribuant gratuitement et en avant-première son nouvel album avec l’hebdomadaire anglais Mail on Sunday.


 
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