27 juillet 1912 il y a 95 ans :
Mansuétude évangélique : On lit dans la presse républicaine et anticléricale : "Deux jeunes et fringants abbés passaient, ces jours-ci, devant l’infirmerie militaire de Saint-Jean-Pied-de-Port. A la porte de l’établissement, un soldat chantait la chanson populaire : "Un canard déployant ses ailes etc." Chacun sait qu’un rapprochement même involontaire avec certains oiseaux offusque grandement messieurs les ecclésiastiques. Le soldat ignorait sans doute que le canard figurait dans la liste des volatiles abhorrés. Nos deux abbés en prirent ombrage. L’on aurait pu s’attendre à ce que, dédaignant l’insulte - si insulte il y avait - les représentants du Christ haussassent les épaules et fissent la sourde oreille comme eût fait leur divin maître. Point !
Ils interpellent vivement le soldat, lui demandent impérieusement et hautainement des excuses. Le soldat réplique vertement. L’un des abbés se jette sur le militaire et commet l’acte grave et répréhensible de lui arracher son képi pour s’assurer de son numéro de matricule ; le menace des foudres du ciel, de l’enfer et... de ses chefs. Il faut qu’il apprenne, le petit troupier, ce qu’il en coûte de se rebiffer contre des abbés des mieux cotés dans le monde militaire. Insulter un citoyen, passe encore, mais des ecclésiastiques, turbulents représentants de Christ... !
Cela n’a pas traîné. Quinze jours de prison dont huit de cellule. Le bidasse a dû se demander combien il lui en aurait coûté si, au lieu de déplaire à des vicaires, il eût manqué de respect à un évêque ou à un pape. Il a dû aussi, très amèrement, songer à la façon dont certains ecclésiastiques pratiquent le pardon des offenses et la mansuétude évangélique."
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