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Le JPB > Culture 2007-07-10
Bleue, saignante, à point carbonisée : le carnaval cru de Rodrigo Garcia
·Le metteur en scène agité sort du bois à Avignon avant son retour à Bayonne

Rodrigo Garcia fait encore des siennes. Le turbulent metteur en scène argentin installé en Espagne, n’en finit pas de cracher sa bile sur la société de consommation. Habitué du festival bayonnais les Translatines, où il reviendra en octobre présenter Arrojad mis cenizas sobre Mickey, cet "artiste moraliste" qui refuse d’endosser l’étiquette du provocateur, est en train de vomir son trop plein de sens au 61e Festival d’Avignon, comme tout bon boulimique qui se respecte.Après une pause de deux ans qu’il n’a pu entièrement mettre à profit pour digérer, faisant notamment une incartade gastronomique au festival de théâtre de Bayonne pour zigouiller un homard sur scène, le pimpant quadra revient fort avec des tas de denrées périssables, un style inchangé pour faire frémir le bourgeois et pas mal de couteaux à aiguiser face à ce public dont il regrette l’affection.Rodrigo Garcia est fort marri d’être à son tour devenu objet de consommation courante et il le dit sur scène en présentant, à Avignon, Cruda, vuelta y vuelta, al punto, chamuscada, une nouvelle création carnivore et carnassière.Un hommage à la "murga" de sa ville natale, Buenos Aires, carnaval cru et viril qui donne du jus, à défaut de sens, à cet intitulé viandar, Bleue, saignante, à point, carbonisée.

Le cloître des Carmes, qui accueille le spectacle jusqu’au 13 juillet, confronte étrangement le charme hors d’âge de ses vieilles pierres à l’énergie explosive d’une quinzaine de "murgueros", jeunes danseurs et musiciens non professionnels des faubourgs pauvres de la capitale argentine. Mais le fondateur de la Compagnie Carniceria Teatro lui-même fils de boucher, continue de faire sa cuisine dans les vieux pots qui ont fait sa renommée.Comme souvent dans le théâtre expérimental de Garcia, le spectateur est confronté à une forte exposition de la chair sur le plateau.

Les taquineries des murgueros, entre deux pas de danse soutenus par des percussions rudimentaires et quelques vociférations punk rock, virent vite à la bagarre de post-adolescents. L’image paraît sympathique mais le monde de ces jeunes gens est rude, comme on peut le constater quand certains d’entre eux, prisonniers entre des matelas et leurs emballages en plastique, sont passés à tabac lors d’une scène asphyxiante, presque insoutenable.

Rodrigo Garcia donne la parole à peine résumée en français sur un écran géant à ces comédiens amateurs qui en profitent pour raconter leur vie difficile, leurs enfants, leurs parents, en des confidences intimes mais parfois trop superficielles pour captiver. Le metteur en scène de la Boucherie théâtre semble dire l’inanité de la société de consommation, plusieurs fois brocardée par les commentaires à l’écran, et la vulnérabilité de l’homme, dont il malmène le corps avec un soin particulier. Il y a ce nu intégral couché que l’on recouvre de la tête aux pieds de pâte à pizza puis logiquement de sauce tomate, ou encore ces êtres se vaporisant mutuellement de mousse à raser, menaçant bientôt de transformer la piste de murga en patinoireŠ

Derrière cette foire aux odeurs, ces blagues de potache et ce désordre joyeux quoique parfois improductif, Rodrigo Garcia tente bien une sorte de parabole par la voix de son comédien fétiche, Juan Loriente, mais son appel à une "nouvelle éthique" fruit d’une fable de vache et de veau tombe à plat. Le Festival d’Avignon, qui avait déjà accueilli Rodrigo Garcia en 2002 et 2004, présente cette année encore une autre de ses propositions, Approche de l’idée de méfiance, dont l’atmosphère de recueillement devrait trancher avec le chaos de Bleue, saignante, à point, carbonisée.



Retrouvailles dans un nouveau Translatines
La 27e édition des Translatines aura lieu à Bayonne et Biarritz, du 17 au 20 octobre prochain. Nouveauté cette année, la Maison des Associations de Bayonne devient le village du festival de théâtre dédié à la création ibérique et latino-américaine. Les Découvertes à Biarritz et les Ecuries de Baroja à Anglet ouvrent leur porte pour un parcours autour de Solange Oswald metteur en scène du Groupe Merci. Rodrigo García présentera, dans Arrojad mis cenizas sobre Mickey, un monde progressivement escamoté par l’homme, un monde qui lui échappe de plus en plus et dans lequel, à son tour il finit par s’échapper à lui-même. Au programme également, de cette 27e édition, Dans l’ombre, d’Agathe Alexis, La huelga de Judith Farrés, Amours d’occasion des Chimères, Otra vez Marcelo du Teatro de los Andes, Seagull-play d’Enrique Diaz et Hysteria avec le retour de Marta Galan.


 
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