A Cannes, Breillat et Gray entrent en scène
·A jour J moins deux, des pronostics pour les palmes, dimanche, du festival
Les paris allaient bon train pour la Palme d’or remise dimanche au 60e Festival de Cannes, tandis que la compétition se poursuivait vendredi avec Une vieille maîtresse de la Française Catherine Breillat et La nuit nous appartient de l’Américain James Gray. Sur les 22 films en compétition, seuls deux, Promets-moi du Serbe Emir Kusturica, un habitué de Cannes qui a déjà remporté deux Palmes d’or, et La forêt de Mogari de la Japonaise Naomi Kawase, restaient à dévoiler aujourd’hui. Montré le même jour, le documentaire choc Rébellion: l’affaire Litvinenko d’Andreï Nekrassov, ajouté à la dernière minute en sélection officielle, hors compétition, était aussi très attendu. A charge contre les services secrets russes et le régime de Vladimir Poutine, Rébellion brosse un portrait intime de l’ex-agent russe devenu opposant, assassiné à Londres avec une substance radioactive en novembre (lire aussi édition d’hier).
Au traditionnel petit jeu des pronostics, hier, se détachaient plusieurs favoris pour le trophée cannois. Le Roumain 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu, récit cru et puissant d’un avortement clandestin, trônait en tête des critiques compilées par le magazine spécialisé Screen, talonné par l’américain No country for old men, virée d’un psychopathe magistralement réalisée par les frères Coen. L’émouvant De l’autre côté, où le jeune Fatih Akin 33 ans, récompensé d’un Ours d’or à Berlin pour Head-on en 2004, jette un pont entre ses deux cultures, turque et allemande, était lui aussi bien placé.
De son côté, la revue Le Film français pointait, outre le film des Coen, Alexandra, peinture humaniste du conflit en Tchétchénie signée par le Russe Alexandre Sokourov, et Le scaphandre et le papillon de Julian Schnabel, le portrait d’un homme paralysé, comme les chouchous de la critique française.
Interprétation
Pour les prix d’interprétation, circulaient notamment les noms de Mathieu Amalric (Le scaphandre et le papillon), Javier Bardem (No country for old men) côté masculin, Anamaria Marinca (4 mois, 3 semaines et 2 jours) et Galina Vishnevskaïa (Alexandra) côté féminin. La compétition se poursuivait hier avec Une vieille maîtresse, adaptation d’un roman publié en 1836 par Jules Barbey d’Aurevilly et premier film en costumes pour Catherine Breillat (Romance, A ma s¦ur). Dans ce récit d’une passion dévastatrice, l’actrice Asia Argento à l’affiche aussi de Go go tales d’Abel Ferrara et de Boarding gate d’Olivier Assayas y joue la Vellini, courtisane et maîtresse depuis dix ans du libertin Ryno de Marigny, campé par le débutant Fu’ad Aït Aattou.
Promis à la très pure Hermangarde, fleuron de l’aristocratie, Ryno peine à couper ses liens troubles avec la Vellini. Le film a reçu un accueil mitigé à Cannes, certains jugeant l’adaptation convaincante, d’autres trouvant figé le duel entre la virginale Hermangarde et une Vellini assez proche d’une gitane d’opérette.
De même, La nuit nous appartient suscitait des avis tranchés. Les fans de Little Odessa et The Yards, précédents opus de James Gray, saluaient la qualité du jeu du trio Joaquin Ph¦nix, Mark Wahlberg et Robert Duvall dans ce polar sur la mafia russe à New York, aux accents de tragédie urbaine. Mais le film s’est attiré quelques sifflets à l’issue de la projection de presse, pour sa psychologie expéditive et ses dialogues souvent plats.
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