Jean-François LEFORT / Askatasuna
Êtes-vous un terroriste?
V ous pensez que non ? Mais à cette question, la réponse qui compte n'est pas la vôtre, ni celle de votre entourage, famille, collèguesŠ C'est celle de la 14e section antiterroriste, elle-même au service de l'État français et de son nouveau président Sarkozy. Celui-ci, que nous entendons ces jours-ci parler de "faire de la France une démocratie exemplaire", a activement participé au développement d'un système de lois et de tribunaux d'exception. Car dans la série des méchants officiels, après le juif, après le communiste, voici le nouvel épouvantail des temps modernes, le terroriste. Très pratique pour les gouvernements actuels, il permet la mise en place d'un véritable régime de guerre pour tous ceux qui sont considérés comme tels. Chacun des attentats réalisés dans les capitales européennes par ce que les médias appellent la mouvance Al-Qaida a donné lieu à de sévères durcissements de ces lois d'exception. Or, la grande majorité des personnes faisant les frais de ces mesures injustes et arbitraires dans l'État français n'a strictement rien à voir avec la mouvance en question. La grande majorité est faite de Basques et de Corses. Si vous êtes militant politique, avocat, défenseur des droits, porte-parole d'un mouvement qui déplaît aux autoritésŠ vous risquez d'être dans la ligne de mire de la 14e section. Alors, vos droits disparaîtront, votre garde à vue sera plus longue, votre préventive aussi, votre condamnation beaucoup plus lourde (qu'il y ait des preuves ou non), les difficultés pour votre entourage plus énormes et toute solidarité envers vous sera criminalisée. Amnesty International épingle d'ailleurs sévèrement la France dans son rapport publié cette semaine et notamment la loi Sarkozy de 2006, prévoyant entre autres l'allongement de la garde à vue à 6 jours pour les "terroristes".
Itziar Larraz et Unai Errea, deux avocats du Collectif des prisonniers politiques basques connaissent ces lois d'exception. Accusés d'avoir "remis frauduleusement des documents à leurs clients", ils ont été mis en examen et lourdement condamnés (3 et 4 ans plus 5 ans pour chacun des quatre prisonniers basques soi-disant impliqués dans l'affaire) pour des faits qui auraient valu à n’importe qui une simple procédure administrative. Personne ici n'est dupe, la véritable raison de cette procédure est de les empêcher d'exercer leur métier et de porter atteinte au droit à la défense des prisonniers basques. L'appel de ce procès aura lieu les 19, 20 et 21 juin prochains.
C'est de ces sujets que l'on débat depuis hier soir à l'IUT St André de Bayonne, dans le cadre du forum organisé par le Comité de Défense des Droits de l'Homme en Pays Basque (CDDHPB) et Askatasuna pour la défense des droits et des libertés démocratiques qui fondent comme neige au soleil ces dernières années. Après une rencontre hier avec un représentant du Comité Anti Répressif corse (CAR), les discussions se poursuivront aujourd'hui toute la journée : à 9h30 "20 ans de lutte antiterroriste en France": débat réunissant les avocats Yolanda Molina (avocate du Collectif des prisonniers politiques basques), Didier Rouget (membre de Behatokia, observatoire des droits de l'Homme en Pays Basque) et Koko Abeberry, co-président du CDDHPB ; à 11h30 "Deux avocats devant la justice" avec les avocats du Collectif des prisonniers politiques basques Xantiana Cachenaut et Unai Errea ; à 15h "Le Pays Basque illégal" : deux autres avocats du Collectif des prisonniers politiques basques viendront parler du célèbre dossier 18/98 encore en cours dans l'État espagnol, instrument d'une terrible répression contre une large part de la société basque. La situation est grave, et est en passe de la devenir encore plus. C'est pourquoi invitons toutes les personnes concernées par le respect des droits de l'Homme et la défense des libertés à venir assister et/ou participer à ces débats.
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