Le texte d’introduction de la dernière page de couverture du livret Un déraillement, LGV Bayonne-Frontière de Jacques Saint-Martin ouvre l’appétit. "Une sous-information systématique et une argumentation chatoyante ont permis à la SNCF d’obtenir l’accord d’élus du Pays Basque sur son projet de LGV inutile entre Bayonne et la frontière. Ce livret décrit la campagne d’intoxication dont ils ont été l’objet, les manipulations statistiques et les prévisions aberrantes qui expliquent leur attitude(...). Il pourra intéresser ceux qui n’aiment pas qu’on les prenne pour des imbéciles ou s’inquiètent du gaspillage de l’argent public, c’est-à-dire du leur!"
L’appétit ouvert, le livret édité chez Atlantica basé sur un entretien avec Jacques Saint-Martin par Marie-Pierre Bazin-Cheneaux et mis en vente à 6 ¤, nous laisse, hélas, sur notre faim.
Le texte est un réquisitoire à l’encontre de la SNCF, en même temps qu’un pamphlet pour la voiture. Jacques Saint-Martin dénonce la façon dont s’est déroulé le débat public en Pays Basque. "Le dossier ne donnait aucune information sur le marché réel des transports sur la place du chemin de fer et de ses concurrents, ni sur les résultats de la SNCF dans une activité dont elle a le monopole depuis soixante-dix ans". Il dit même qu’il s’agit "d’un dépliant publicitaire pour vendre un projet en avertissant que la traversée du Pays Basque sera sûrement la partie la plus délicate". "Somme toute comme n’importe quelle entreprise qui vend de la lessive ou des appareils ménagers, il a enjolivé les performances de son produit pour convaincre l’utilisateur potentiel" écrit-il.
On regrette néanmoins le manque de références concrètes, dont certaines conclusions faites par les associations écologistes au lendemain du débat. Un exemple parmi d’autres, l’annonce du trafic de trains entre Bayonne et Hendaye donnée par la SNCF en début de débat s’est réduite comme peau de chagrin en arrivant à la fin du débat. De même, la contre-expertise du cabinet suisse aurait pu être reprise ou détaillée sur certains aspects.
L’image publique
Néanmoins les attaques contre le groupe ferroviaire ne manquent pas puisqu’il lui est reproché "d’utiliser son image de service public pour impressionner son auditoire avec des parcours minutés et des prévisions à vingt ans, alors qu’il est incapable de tenir celle qu’il a faite il y a six mois". Ainsi il annonce que le déficit évalué à 50 millions en juin avoisinera en réalité les 220 millions fin 2006.
Pour Jacques Saint-Martin, "la SNCF, juge et partie, n’est absolument pas fiable" et de rappeler que la seule question soumise à un cabinet indépendant, "a été démontée par le cabinet suisse".
En revanche, dans son épopée anti-train, Jacques Saint-Martin se lance dans la défense de la voiture qui pourrait sembler quelque peu démesurée. "Les automobilistes ne sont pas des malfaiteurs et rien ne les obligera à revenir par idéologie au système de transport d’il y a 50 ans !"
Il propose même la création d’une troisième voie pour évacuer le mur de camions. Le président d’honneur de la Chambre de Commerce prend le contre-pied de ses anciens collègues en se hérissant contre la nouvelle voie TGV. "Le Pays Basque est condamné à subir de plein fouet tous les inconvénients d’une voie nouvelle entre Bayonne et la frontière sans en retirer le moindre avantage. Il n’est pas concevable qu’une seule de ses collectivités accepte de participer à son financement" lance-t-il. Et de demander que soient vérifiés par des experts indépendants tous les chiffres avancés par la SNCF.