La Commission européenne a adressé hier une lettre aux gouvernements de France et d’Espagne en leur proposant de prolonger la pêche à l’anchois dans le golfe de Gascogne. Bruxelles propose que dix-huit bateaux poursuivent la pêche dite expérimentale et que les dix chalutiers qui ont accompagné les navires scientifiques rentrent aux ports "leur mission étant terminée", selon la porte-parole de la Commission des Pêches, Mireille Thom.
L’exécutif européen a pris cette décision après avoir constaté "une divergence de points de vue" entre les responsables gouvernementaux espagnols lors de la réunion de mercredi dernier à Bruxelles où les premiers résultats de la campagne expérimentale ont été examinés.
Alors que le directeur espagnol des ressources marines Fernando Curcio a demandé la fermeture définitive de la campagne car "on possède toutes les données nécessaires", le représentant français arguait du contraire. "La campagne expérimentale doit se poursuivre pour pouvoir continuer l’évaluation des ressources".
Bruxelles se range du côté de la France autorisant la poursuite de la campagne expérimentale à une seule condition: que les chalutiers se rendent dans les zones de pêche qui n’ont pas été pour l’instant examinées par les différentes flottilles. À cette condition s’ajoutent les réglementations fixées par la Commission le 20 avril dernier, dont l’avis favorable à la commercialisation de l’anchois pêché dans le cadre de la campagne expérimentale. Le commissaire européen Joe Borg avait alors rappelé que "l’accord politique de décembre 2006, n’interdit pas la commercialisation des prises". S’adressant aux autorités espagnoles, où les pêcheurs ont crié au boycott du poisson capturé par les Français, le commissaire a demandé d’"éviter de prendre toute mesure de nature à affecter la commercialisation des anchois pris dans le cadre de la pêcherie expérimentale".
Malgré cette déclaration, le boycott a marché en raison de la solidarité montrée par les grossistes d’outre-Bidassoa, principaux acheteurs de l’anchois capturé par les chalutiers français. Récemment, Dominique Lebrun, présidente du comité local des pêches de La Turballe se plaignait amèrement à la presse."Les Espagnols boycottent notre anchois. Ils ont donné des consignes à leurs acheteurs pour ne pas mettre d'enchères pendant les ventes". La conséquence: la baisse du prix de l’anchois qui est payé à 1,20 euro le kilo au lieu de 5 euros en temps normal.
"C’est dramatique. Nous avons de l'or sous les pieds mais les Espagnols bloquent le marché", avait pour sa part constaté Fréderic Charrier, président du comité local des pêches de Saint-Gilles-Croix-de-Vie.
Jusqu’au 15 juin
C’est dans ces conditions que la pêche à l’anchois se poursuivra dans le golfe de Gascogne. Bruxelles a fixé la fin de la pêche expérimentale au 15 juin, mais elle pourrait encore la reporter. Paris et Madrid doivent s’exprimer sur cette décision avant mardi.Si les divergences continuent, ce sera à La Commission de trancher.
Lors de la réunion de mercredi, les représentants français et espagnol ont informé la Commission du total des captures réalisées par les deux flottilles. La française, notamment les pélagiques, a capturé 50000 kilos d’anchois, alors que la flottille cantabrique n’a pêché que 1700 kilos.