Le micro-crédit donne espoir aux exclus des banques
·Les banques ne voulaient pas les aider, Pascale Urruty et les autres ont quand même créé leur entreprise
Il y a sept ans, Pascale Urruty était salariée à Toulouse. Formée dans une grande école de commerce, elle voulait revenir à St-Jean-Pied-de-Port et créer son entreprise. Son projet de lancer une société de nettoyage et de désinfection n’a pas eu la faveur des banques. Mais la jeune femme a croisé le Clefe (Club local d’Epargne pour les Femmes qui entreprennent). Ce groupe de personnes (5 à 15 hommes ou femmes) décide d’épargner de 15 à 50 euros par mois pendant un an et de prêter ensuite cet argent à une femme se lançant dans la création de son entreprise. Neuf mille euros sont ainsi avancés, à Pascale Urruty par le Clefe Eskukaldia de Garazi qui permettent à la nouvelle chef d’entreprise d’acheter un véhicule et du matériel pour lancer son activité en 2000. Elle compte aujourd’hui sept salariés.
"Cette aide a été très importante dans mon cas puisque j’ai démarré sans aucun client. Pour répondre à un maximum de chantiers, je me devais aussi d’avoir une gamme assez large de matériel et surtout un véhicule. Cela m’a permis de me lancer. J’ai par la suite bénéficié d’un crédit bancaire", explique Pascale Urruty.
Depuis dix ans que les Clefe existent en Pays Basque (sous l’impulsion de l’association d’animation économique Hemen), ils ont aidé à la création de 30 entreprises. Mais ces structures ne sont pas les seules à accorder des micro-crédits. L’Adie (association pour le droit à l’initiative économique) existe aussi en Pays Basque depuis 1996. Depuis cette date, elle a financé 70 personnes désireuses de créer leur entreprise dont Kattina Urruty de St-Jean-le-Vieux.
La jeune potière de 27 ans a suivi une série de formations pointues en arts plastiques et céramique. Depuis décembre, son atelier a pris place dans la maison de ses parents à St-Jean-le-Vieux. "Quand on veut être potière, il n’y a pas beaucoup d’alternative car il n’y a pas d’ateliers qui embauchent. Je me suis donc mise à mon compte pour pouvoir créer ma propre ligne de poterie", explique-t-elle. Son jeune âge et son statut de RMIste la classent comme insolvable auprès des banques. Elle se tourne alors vers l’Adie qui lui permet d’obtenir 7000 euros. L’essentiel de la somme lui servira à acheter un camion pour sillonner les marchés avec le stock produit en prévision de la saison estivale grâce au matériel acheté d’occasion au fil des ans. "Si c’est sans doute maintenant que les choses sérieuses commencent, il est sûr que sans ce prêt, je n’aurais pas pu commencer à faire les marchés", estime-t-elle.
Sachant que c’est elle qui doit se déplacer du fait de son activité, Kattina Urruty n’a pas souhaité s’installer sur la côte. "J’aimerais développer un travail en commun avec le musée archéologique de St-Jean-le-Vieux. Il y a de quoi faire ici même. Et puis, on est très attaché à notre petit Pays Basque intérieur", sourit-elle.
Exclus du système bancaire
L’Adie aide exclusivement des personnes qui n’ont pas accès aux crédits bancaires, les banques leur demandant des garanties qu’elles ne sont pas en mesure de fournir. En effet, 50 à 60% des personnes aidées sont des chômeurs de longue durée ou des bénéficiaires de minima sociaux. Ce n’est pas pour autant que ces créateurs d’entreprise ne réussissent pas, loin s’en faut. "Même si cela ne garantit pas la réussite de l’entreprise, on constate que les taux de remboursement sont très bons. Entre 2003 et 2006, les projets que nous avons aidés avaient le même taux de remboursement que les entreprises classiques", explique Charlotte Bouguet, responsable de l’Adie à Anglet.
Le Pays Basque hors BAB, soit 30% de l’activité de l’Adie Pays Basque affiche d’ailleurs le meilleur taux de remboursement de l’hexagone avec 99,55% pour des porteurs de projets dont 59% étaient RMIstes.
"De plus en plus de personnes se mettent à leur compte pour une plus grande stabilité de l’emploi. Dans les zones rurales, ça permet aussi de redévelopper l’économie locale" fait remarquer Charlotte Bouguet.
Un accompagnement en plus du prêt
Jusqu’à samedi, la semaine du micro-crédit a pour objectif de faire connaître cette initiative aux chômeurs et bénéficiaires du RMI qui veulent créer leur propre entreprise. Elle a aussi pour but de sensibiliser les décideurs politiques à cet "outil concret de lutte contre le chômage". Car l’Adie, principal promoteur du micro-crédit ne se contente pas de prêter de l’argent mais met en ¦uvre un réseau d’accompagnement de ces porteurs de projets, les difficultés venant souvent après l’installation. En Pays Basque, une dizaine de bénévoles, anciens chefs d’entreprise, experts-comptables, cadres, appuient l’équipe de permanents dans cet accompagnement. Ils apportent leurs compétences en gestion, marketing, vente, communication et permettent grâce à leurs connaissances locales, une bonne analyse du tissu économique du Pays Basque. L’aide est individuelle ou prend la forme d’ateliers de formation. Les créateurs sont aussi mis en réseau avec les partenaires de l’Adie.
A noter enfin que le micro-crédit a également beaucoup prouvé son efficacité dans les pays en développement. Le concepteur du système, Mohamed... ayant même obtenu le prix Nobel de la Paix en 2006.
|