Tarantino pour rire et Schnabel pour pleurer
Treize ans après sa Palme d’or pour Pulp Fiction, Quentin Tarantino a amusé Cannes hier avec Boulevard de la mort, exercice de style et pastiche des films d’exploitation des années 70, tandis que Le scaphandre et le papillon de Julian Schnabel a ému le festival. Le beau film de Julian Schnabel a certainement vu couler les premières larmes des festivaliers, après une semaine de compétition. Le scaphandre et le papillon déroule le récit bouleversant, mais sans pathos, de l’expérience vécue par le journaliste français Jean-Dominique Bauby, fauché par un accident vasculaire brutal qui le plonge dans un coma profond. Lorsqu’il se réveille, cet homme de 42 ans en pleine ascension professionnelle, père de deux enfants, ne dispose plus d’aucune faculté motrice, atteint du "locked-in syndrome" littéralement enfermé à l’intérieur de lui-même. Prisonnier de ce corps inerte, il reste relié au monde extérieur par l’un de ses cils, papillon de vie grâce auquel il peut communiquer en clignant de l’¦il. De cette manière, il dicte chaque jour les phrases qu’il a mémorisées des heures durant pour raconter ce cauchemar et composer un livre, dont est tiré le film. Un personnage principal muet, immobile, sans expressivité ou presque : les contraintes qui auraient pu conduire le film au naufrage en font sa force.
Boulevard de la mort est né de l’amour commun de Tarantino et Robert Rodriguez pour les films de série B diffusés dans les "drive-in" américains et qui ont bercé leur jeunesse. Dans une version abrégée, ce film forme avec Planète Terreur de Rodriguez le diptyque "Grindhouse", hommage à toute cette sous-culture, tièdement accueilli aux Etats-Unis. Boulevard de la mort, qui sort le 6 juin sur nos écrans, est un pastiche de "slasher movie" (film où un tueur psychopathe massacre des ados) dans lequel Kurt Russell, se sert de ses voitures pour tuer ses victimes, une bande de jolies filles dont trois finiront par se venger dans une fin très féministe, après une poursuite d’anthologie. Le scénario n’a de toute façon pas grand intérêt. Le sel de Boulevard de la mort vient de son côté pastiche et ultra-référencé.Mais si Tarantino, en véritable fétichiste, a toujours ¦uvré à réhabiliter la sous-culture qu’il adore, l’exercice de style prend ici le pas sur l’ambition cinématographique.
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