Xipri ARBELBIDE / Ecrivain
Elections présidentielles et abertzale
S’il est un enseignement que l’on doit tirer du premier tour des présidentielles, c’est que le Pays Basque est bien ancré à droite : celle-ci a recueilli 114.152 voix, soit 63,6%. La gauche reste avec 65.196, soit 37,5%, à peine plus d’un tiers. Or, toute la perspective des stratèges abertzale se concentre sur cette minorité de gauche. Le reste semble quantité anecdotique. Les abertzale sont-ils réduits à être la force d’appoint de la gauche française Š jusqu’au jour où celle-ci n’aura plus besoin d’eux pour atteindre la majorité ?
On n’attend rien de la droite. Toute initiative de ce côté est ressentie avec irritation, depuis ŒGoiz Argi’ jusqu’à ŒElgar-Ensemble’. La presse abertzale a manifestement des difficultés pour parler sereinement du PNVŠ jusqu’aux semaines précédant les élections. Voir le cas de l’élu PNV de BayonneŠ Il n’y a pas de doute que les qualificatifs sont au moins aussi bien ciselés contre la droite basque que contre la française. On sent la droite comme concurrent et non complément. Et pourtant donc, elle est très largement majoritaire.
Tous ceux qui votent aujourd’hui pour la gauche abertzale, ne sont pas de gauche, et loin de là. Une alternative abertzale de droite enlève donc automatiquement des voix à la gauche abertzale. Dans le passé, la présence de deux candidats abertzale a donné des résultats supérieurs à ceux du candidat unique. La gauche accuse la droite de récolter sur ses plates-bandes alors qu’elle ne fait pas autre chose sur celles de la droite.
Et tout cela se passe dans une littérature d’union : Œeuskal Batasuna’, Œabertzaleen Batasuna’, ŒBatasuna’.. De quelle union s’agit-il ? Union des abertzale ou union de la gauche abertzale ? Un des leaders de cette gauche déclarait récemment : "Jamais je ne bougerais le doigt pour un mouvement qui ne soit pas de la gauche abertzale." (Bixente Vrignon, Une simple existence sentimentale, p. 357). Et qui peut croire à une union efficace dans le travail quotidien alors que depuis des années il est impossible de fêter ensemble l’Aberri Eguna ?
Sans compter qu’un certain nombre d’électeurs ne donneront jamais leur voix à un candidat dont ils ignorent la position sur la lutte armée. Il ne faut pas prendre les gens pour des innocents et se lamenter de ce que nous traînions depuis des années la casserole de Œterroristes’. Comment les gens penseraient-ils que nous ne le sommes pas, puisque nous ne le disons pas nous-mêmes ? Il faut se situer à gauche ou à droite, mais silence sur la lutte armée. Ce tabou est d’autant plus curieux chez nous, qu’au Sud, depuis le dernier attentat, certains dirigeants de Batasuna ne se privent plus de critiquer ETA. C’est le point sensible qui divise les abertzale bien plus que l’alternative droite-gauche.
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