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Le JPB > Pays Basque 2007-05-05
La prison, un lieu de travail sans droits
·En cette semaine de 1er mai, l’OIP a voulu mettre en avant les conditions de travail dans les prisons françaises

Mardi 1er mai, était le jour de la fête du travail, la fête de tous les travailleurs. Des hommes et des femmes se sont rassemblés à cette occasion pour rappeler leurs conditions, faire part de leurs revendications. Parmi tous ces travailleurs, il existe une catégorie qui échappe à toutes règles concernant le travail : les prisonniers exerçant ou "ayant la chance" d’exercer une activité pendant leur détention. L’Observatoire International des Prisons, OIP, a voulu en cette semaine de 1er mai attirer l’attention sur les conditions "particulières" de travail de ces détenus.

Le travail, lorsque l’on est incarcéré, est un privilège au regard des possibilités offertes. 17 000 emplois sont mis à la disposition des 60 771 détenus. Avec un taux de chômage aux alentours de 60%, difficile donc de "se plaindre" pour un prisonnier quand il a l’avantage de faire partie des 40% restants. D’autant plus que pour beaucoup, ce travail carcéral est un moyen d’indemnisation des victimes, synonyme de remise de peine. Il n’en faut pas plus pour les entreprises utilisant le créneau prisonnier comme main-d’¦uvre de profiter de la situation dans un milieu où le travailleur ne possède aucun droit et, où beaucoup d’autres attendent au portillon.

Trois formes de travail existent en prison. Le premier consiste à employer des détenus pour participer à l’entretien et au fonctionnement de l’établissement carcéral dans lequel ils sont enfermés, cuisine, nettoyage, bibliothèque,... L’administration pénitentiaire les rémunère pour un salaire mensuel net moyen d’environ 189 euros pour 3 à 6 heures par jour. Il y a ensuite les travailleurs carcéraux embauchés par l’administration pour travailler au sein d’atelier qu’elle gère. Ils ont un revenu moyen de 482 euros par mois.

Les entreprises de cosmétiques

L’offre de travail la plus importante vient de la troisième source d’emploi : le secteur privé. Environ 9 000 détenus travaillent pour le compte d’entreprises privées qui ont installé leurs ateliers dans les prisons mêmes. Ce sont essentiellement des activités manuelles non qualifiantes qui sont proposées par les entreprises. Souvent même des activités qui n’existent plus à l’extérieur, car peu rentables, comme la confection d’échantillons de moquette, le tri d’oignons, la réalisation d’échantillons de maquillage... Un créneau pour beaucoup utilisé par les grandes marques de produits cosmétiques, comme Chanel qui fait confectionner des emballages à la prison d’Uzerche (Corrèze). Le salaire de ces ouvriers varie entre 350 et 500 euros.

Lorsqu’ils décrochent une activité rémunérée, les détenus ne signent aucun contrat de travail. Ils n’ont donc pas le statut juridique de salarié. Il n’y a donc aucune disposition relative à la durée de l’emploi et de la période d’essai, ni au contenu du poste, aux objectifs professionnels, au licenciement. Ils n’ont pas droit à des compensations financières en cas de maladie ou d’accident du travail. Ces "faux salariés" ne bénéficient ni de congés payés et n’ont aucune possibilité d’expression collective. Le travail est encore considéré par le personnel pénitentiaire comme un outil essentiel de gestion de la détention, plutôt qu’une mesure favorisant la réinsertion des personnes incarcérées.

Pas de droits des salariés, faible rémunération, nombreuse main-d’¦uvre disponible,... de là à voir le travail pénitentiaire comme idéal à l’heure de la mondialisation et de la flexibilité il n’y a qu’un pas que certains sans doute osent franchir.

Les avantages selon le ministère

D’autant plus que le Ministère de la Justice n’hésite pas à vanter les avantages d’installer un atelier en prison : "charge patronale nettement plus faible qu’à l’extérieur, mode de rémunération à la pièce très avantageuse qui paie un travail effectif et non une présence, une souplesse et une réactivité que l’on ne trouve pas à l’extérieur,..."

Dans la peine d’emprisonnement, la privation de liberté est la seule punition prévue par la loi. Les conditions d’exercice d’un travail en prison aujourd’hui en France s’apparentent quasiment à une "double peine". Le travail comme outil de réinsertion doit pouvoir être profitable aux prisonniers et non pas le contraire. Les règles pénitentiaires européennes, dans leur version de 2006, rappellent pourtant que "l’organisation et les méthodes de travail dans les prisons doivent se rapprocher autant que possible de celles régissant un travail analogue hors de la prison, afin de préparer les détenus aux conditions de la vie professionnelle normale".

 


 
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